‹ Daniel ManinChapitre 144 sur 185 · LIVRE UL'ATBltME · texte numérisé non relu

LIVRE UL'ATBltME

U 11 ne se peut pas que la tliviiic Pruvidenec veiiiilc nous aliandonner ' »

Ia! soir, fut puitlié, dans la Cmciic de Venhe, l’arlidc suivant, écrit de la main de Manin :

« Les âmes se fortifient en raison même des souffrances. Tout nous semble désormais possible, boi-s de transiger avec riionneur; rhonneiir doit être sauf à tout prix, et il le sera, quel que soit l'avenir (jue nous réservent les événements.

» Un trop bel liérilage de gloire a élé légué a ce peuple par ses aïeux, pour qu’il se résigne jamais à voir tranquillement l'étranger reparaître sur le seuil de sa maison, d'où il l'avait chassé dans un jour de magnanime colère, et où l'étranger revient lui imposer de irouveau le dur servage dont il s’était affranchi.

» Nos souffrances actuelles ont consacré â la face des nations le renom d'intelligence, d'héroïsme, de piété du peuple vénitien.

N Sans doute, il faut déplorer que toute compassion semble morte dans le monde-, que la vertu n'y rencontre plus ni grâce, ni merci. Dans d’autres temps, qu’on appelle les temps barbares, devant une telle souffrance infligée â un tel peuple, il se serait trouvé parmi les puissants de la terre des cœurs assez généreux [K)ur imposer un terme h de si horribles barbaries. Aujoiml’hui , c’est tout au plus si l'on manifeste quelques sentiments de sympathie , sentiments froids et stériles, derniers débris de l’héritage moral des nations,

' Baecella, t. VIII, p. SOI.

DANIEL MAMN.

<]Band elles ne connaissent plus de patrie que la bourse, ni de loi que celle de l’arithmctiquc.

» Toutefois, si la vertu est à elle -même la meilleure récompense , nos sonlTranccs actuelles nous ont valu la plus grande des récompenses, et notre sort, submergés comme nous sommes dans le malheur de la patrie expirante , est plus beau que celui des heureux de la terre.

V Pour eux, la paie, c'est l'csclaTagc des ]>euples, c'est l'holocauste des nations les plus dignes de la liberté, et ils appellent ces abominations : Une dure néeeuité jjoliiique.

i> Pour nout, notre consolation est de penser qu’une paix durable n’est que dans la justice; qu'on édiOe mal sur l’abime; c'est de penser que, |)Our les nations, le martyre est aussi la rédemption ! »

Manin n’usa pas sur-le-champ de la faculté que lui avait accordée l'Assemblée. S’il eût rouvert les négociations le lendemain de la séance secrète, l’ennemi eût compris que toutesles ressources étaient épuisé-es et que Venise était k sa merci. Manin se concerta avec le consul de France. M. Vasseur écrivit deux dépêches , l’une k l'amiral autriclüen , pour lui demander s’il laisserait passer les -.huit navires nolisés afin 4’ emmener les personnes les plus compromises ; dans ce cas, tous les chefs civils et militaires de la Révolution, tout- le corps politique de Venise, pour ainsi dire, pourrait partir, laissant k la municipalité la charge de capituler; la seconde lettre était adressée au ministre de France k Vienne; au lieu d'être expédiée par voie officielle , elle fut envoyée k la poste de Trieste, afin que les Autrichiens eussent toute facilité de

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