‹ Daniel ManinChapitre 145 sur 185 · LIVRE orATRIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE orATRIÈMK

l’ouvrir. Le consul y disait que Venise |K>uvail tenir encore un mois, en ménageant ses vivres; que le gouveanement français, s'il se décidait, avait encore le temps d'intervenir.

Les gouvernements français et anglais avaient vu de mauvais œil l'intervention russe en Hongrie, et M. Vasseur pensait qoe r.Vutriehe pouvait n'avoir pas encore perdu toute appréhension de quelque revirement ï Paris; que cette lettre avait chancede valoir de plus sup|M>rtables conditions h Venise (7 août).

L'amiral Uaidnip réiwndit négativement 'a l’autre dépêche. Manin attendit quelques jours afin que la seconde lettre eût produit son effet; il n’écrivit que le li août 'a M. de Brück, à Milan, afin de rouvrir les pourparlers. Il dépassa donc, de fait, les trois ou quatre jours d'attente que réclamait si instamment Sirtori dans la séance du B août.

Des incidents assez graves se succédèrent dans l’intervalle.

Quoi qu’en eût dit l’Assemblée, quoi qu’eût dit Manin luimême , la ma-sse du peuple n'avait ]>as perdu sa foi dans son chef. Quand le |>cuple eut compris que Manin voulait traiter, son impression fut l’accablement, et non la colère : il pleura sur lui-même; il plaignit son chef et ne l'accusa pas-, le mot de capitulation cessa d'être un arrêt de mort, et l’on commença de discuter ’a demi-voix sons les arcades de la place Saint-Marc, comme une lamentable nécessité, ce qui eût été un crime trois jours auparavant '.

Cependant le parti de la résistance ’a tout prix, qui, la veille, était tout le monde, subsistait comme minorité, et

' FI*Kg, I. II ,p. 441. ' ■

parmi ces Vénitiens que frappait d'horreur la pensée de revoir rAiitricliien dans leur patrie, et parmi ces braves proscrits de tout(*s les provinces italiennes qui s'étaient dévoués h Venise et qui allaient être condamnés a traîner leur misère à travere l'Europe. Des i)assions désespérées fermentaient, aigries peut-être encore jwr les agents secrets de l’ennemi, qui eût voulu h tout prix souiller la sainteté de la Révolution mourante. On faisait courir le bruit que tous les soldats qui avaient quitté le drapeau de l’Autricbe ou celui des princes italiens seraient exclus de la capitulation.

I.e 8 août, on alliciia par les rues un placard qui invitait tous les hommes en état de porter les armes b sortir de la \irie avec l’armée, et à n’y pas rentrer que Venise ne fût approvisionnée |>our un an. « Qui ne prendra pas les armes » pour la levée en masse sera de droit mis b mort par son voi- » sin. — minuit, sur la place Saint-Marc, sera prêté le'scr- » ment de vaincre ou de mourir pour la patrie ! »

L’autenr du placard, appelé Tondelli, fut arrêté; mais, le soir, une démonstration tumultueuse eut lieu sous les fenêtres

du Gnavernement. On criait ; « Levée en masse! Manin au

baleon! »

Manin prut; il était pbic et portait sur son visage défait la trace de longs mois d'anxiétés : <■ Que veut le petiple? » demanda-t-il avec douceur. « Que veut mon peuple ?

» — Le peuple de Saint-Marc veut sortir en masse ! »

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