LIVRE ÜI'ATRIÈME
» — Vous voulez vous battre. Quand vous en ai-je empêchas? Les rôles ne sont-ils pas depuis longtemps ouverts? Enrôlezvous , et ne venez pas ici crier comme des femmes ! »
Il descend sur la place, se fait ap|M)rter une table et une chaise, et les registres d’enrôlement. « Maintenant, » crie-t-il en s'asseyant et en saisissant une plume; « que celui qui veut se battre me donne son nom ! »
Il n’en vint que dix-huit. Les agitateurs s'e^aient perdus dans la foule spectatrice et non actrice. Ce résultat n'avait rien de surprenant. Les hommes vraiment énergiques et sincères dans ce qu’on peut nommer le parti du désespoir étaient déj'a, comme toute l’élite virile de la |>opulation, membres de l'armée ou de la ganle civique , et ils excitaient en ce moment même parmi les corps militaires une agitation plus sérieusement menaçante que le mouvement de Tondelli '.
Des placards avaient convoqué les officiers de l’armée ce même soir ’a l'hôtel de la Grande-Bretagne. Les chefs de corps, mandés par le général en chef, se déclarèrent étrangers h cette convocation et dirent qu’il s’agissait de présenter requête au général pour une grande sortie. « La grande sortie est une grande folie ! » répondit sévèrement Pepe. » L’histoire ne cite pas d’exemple de place forte qui ait résisté aussi longtemps que Venise dans les conditions où nous sommes. Il ne s’agit plus que de ne pas compromettre cette gloire , et de terminer dignement la lutte. » Il ne défendit point cependant l’assemblée, h condition qu’elle se bornât 'a choisir des délégués qu’elle lui enverrait; mais, le lendemain matin, il déclara h .
' Raeeotta, t. ViJI , p. 321-323 ; FUjg , t. II , p. 442.
«ANIEL MANIN.
ceax-ci qu'il avait assez de troupes fidèles à la discipline pour venir à bout de tontes. les cabales; que leur demande était insensée; que c'était on crime capital 'a des soldats de délibérer en préseuce de l’ennemi; il voulait bien leur pardonner |K)ur cette fuis, mais il ferait fusiller, sur la place Saint-Marc, quiconque lui désobéirait.
Dans la journée, un ordre du jour du général en chef renvoya à leurs postes, sous peine de dégradation militaire , tous les oiliciersqiii avaient quitté les forts de la là^ne |iour venir dans la ville (9 août).
La vigueur inattendue que déploya le vieux guerrier arrêta ces dangereuses tentatives, et .Manin et Pepe furent aidés eflicacement |»ar la nouvelle que, dans la nuit même du 8 an 9, l'ennemi avait fait un nouvel effort pour surprendre la grande batterie du ]iont du chemin de fer. On supposa qu'il savait les projets des agitateurs pour cette nuit et avait voulu profiter du désordre qu'il espérait dans Venise '.
Les préoccupations de la masse du peuple, durant ces journées agitées, avaient été co(R'ndant au dehors plusqn'au dedans de la cité. I.a flotte, si longtemps sourde 'a tant d’ap|vels désespérés, tantôt , disaient ses chefs, à cause de troubles dans ses équipages, dont une longue inaction avait relâché la discipline, tantôt k cause du vent contraire (sirocco), tantôt pour insuffisance d'équipement , la flotte avait enlin mis à la voile le 8 août au matin , et , du haut du Campanile de Saint-Marc , on la vit prendre le large, tandis que la flotte ennemie, an lien d'accepter le combat, disparaissait à 1 horizon.
' Aacrolla, t. VIII.p. Fl«gg, t. II,p. 44&-44S.'’ ’ '