LIVRE QUATRIÈME
Déjà les cœurs des Véniliens sc rouvraient li l’cSpt'rancc ^ le pauvre peuple s’imaginait voir arriver au port les blés de la Romagne et de la Dalmatie; il oubliait les diOicultés presque insurmontables d’un ravitaillement sur des côtes dont tous les ports étaient occupés par l'ennemi. Dès le 10 au soir, la flotte rentra , sans autre succès que la capture d'une barque chargée de vin I
C’était la dernière lueur qui s’éteignait.
Le lendemain, 11 août, Manin écrivit au ministre autrichien de Brück en ces termes :
K L’Assemblée des représentants, par son décret du G de ce mois, m’ayant donné tous les pouvoirs nécessaires, je m'adresse de nouveau à Votre Excellence, en déclarapt que je suis disposé h entrer en négociation toucirant les clauses positives d’un traité conciliable avec l’honneur et le salut de Venise. »
Le 12 furent émis; d’accord entre le Gouvernement et le Conseil municipal, les derniers six millions de livres de papiermonnaie votés par l’Assemblée ; leur principal emploi devait être de secourir les soldats devenus invalides en servant la patrie, d'indemniser les troupes qui allaient être licenciées,, et d’assurer la subsistance des citoyens qui seraient forcés de s'exiler.
Le 13, la garde civique fut convoquée une dernière fois sur la place Saint-Marc : Manin voulait faire ses adieux à ces patriotiques légions qui l’avaient proclamé chef de la République le 23 mars et qui , jusqu'il la fin , l’avaient soutenu. Malgré le choléra, le bombardement, l’épuisement général, les quatre légions vinrent presque au complet. Après le
(lélilë, elles se formèrenl en colonnes serrées devant le palais du Gouvernement. Manin parut It ce balcon du haut duquel il avait si souvent annoncé an peuple les bonnes et les mauvaises fortunes de la patrie, on il avait attiré tant de regards et reçu tant d’acclamations. Une douloureuse pensée comprimait tous les c(curs. « Chacun pressentait (pi'il allait entendre pour la dernière fois le grand patriote, le grand homme d'Étal, le grand orateur' » qui avait persounibé Venise. Il se lit un vaste silence.
•Manin commença d'une voix profondément émue :
« Soldats citoyens,
» Durant les dix-sept mois de notre Révolution, nous avons gardé pur ce nom de Venise, naguère méprisé, aujourd'hui respecté des amis et des ennemis.
U Le principal mérite en est dû an zèle constant, 'a l'infatigable vigilance de la milice citoyenne.
I) Un peuple qui a fait et souffert ce qu’a fait et souffert, ce que souffre encore notre peuple , ne saurait périr. Le jour doit venir où de splendides destinées répondront a scs mérites !
» Ce jour est dans la main de Dieu!...
» Nous avons semé : la bonne semence fructifiera dans le bon terrain. De grands malhcui's |K>urront nous accabler : ils sont imminents peut-être-, des malheurs parmi lesquels nous aurons la haute consolation de dire : « Ils sont venus sans notre faute. » S'il n'«st pas en notre pouvoir d'écarter de nos
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