‹ Daniel ManinChapitre 149 sur 185 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

la Révolatioii, en proclamant la Rc)Hiblique ! « Non, >■ rt>poiid4l dans une pièce inédite qui jette de grandes lumières sur sa j)olilique « non; je me suis trompé en comptant sur l’appui de la France. I>es événements ont démenti mon espérance ; et, pourtant, malgré la longue histoire <le nos malheurs, je n’ai jms renoncé, je ne puis renoncer ’a cette illution... je compte encore sur la France, comme un frère sur mi frère!... »

Manin ne devait plus revoir en corps son armée citoyenne : il vonint néanmoins une fois encore partager sou dévouement et ses dangers. Les patrouilles civiques avaient toujours continué de parcourir périodiquement les quartiers bombardés, à travers les projectiles qui jonchaient des débris des cheminées et des murailles ces rues étroites, abandonnées de la [diipart des habitants. Le 1 4 août au soir, Manin , à la tète d’une patrouille, visita les quartiers les plus ex(iosés, et dirigea en personne les courageux cfTorls des pompiers pour éteindre le feu qui venait de s'allumer dans un coin de la ville, comme il arrivait plusieurs fois par jour : tout le monde travailla sans s'inquiéter des bombes qui, attirées paé l’éclat de l’incendie, tombaient plus pressées de ce côté.

Les flammes éteintes, le curé de la paroisse (c’était celle des Frari), qui était bravement resté dans sa cure dévastée par le feu de l'ennemi et par le clioléra, ramena le président et la patrouille voir chez lui une collection de onze boulets et de trois bombes : c’était la part de sa cure dans les faveurs aiitri-

' Pn^ de lettre en r^ome à on artkie du CofUtUutiomiel du S novembre isss.

DANIEL MAMN.

cilicuiics. Le bon prêtre, après avoir récoDfortê Maiiiii e( son corlêpe avec deux dernières bonlcilles de vin, ouvrit son cœur au présidait :

Il (i’esl après-demain la Sainl-Rocb : toutes les autorités, depuis les premiers doges jusqu’aux étrangers qui ont régné sur notre pauvre Venise, ont toujours assisté, ce jour-là, dans notre église, à la grand'messe. Otte anniV, les temps sont trop durs; nous ne pourrons pas faire un beau senice; mais si, du moins, le président Manin voulait assister à une simple messe basse, pour ne pas interrompe les bonnes habitudes?... — Bien, monsieur le curé, » dit Manin ; « c’est convenu, nous viendrons. »

I.e 10, au matin, en effet, Manin s'embarqua pour l'église des Frari; comme il approchait de celte parois«e, un boulet em|)orla le fer de sa gondole. Fa*s gondoliers voulaient ebrousser chemin. « En avant, » dit Manin; • ce serait lâchelé! Le curé nous attend |K)ur prier avec nous pour notre malheureux pays! » Ils abordèrent, et Manin, entouré de tou! ce qui restait d’habitants dans la paroisse, entendit l’oIRce, qu’accompagnait, au lien du chant de l’orgue, le sifflement incessant des boulets ennemis ' .

Ce n’était plus seulement son indifférence natnrelle pour le danger qui rendait alors si facile à Manin de défier la mort; il no la bravait pas seulement, il la désirait; il eût voulu recevoir un boulet ou une bombe. « Je le croyais utile à la

* KeUtion manoterite du major Casariiii , compagnon do Manin dans oetto double excursion. Lea souvenirs de M. Casarini Tont tromp<^ sur la date, que nous avons rétablie diaprés le journal de Peazato*

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