LIVRE QUATRIÈME
exemple; il n’y avait point «le rësencs; on le vit bien quand tout fut fini
Le choléra, depuis les premiers jours du bombardement, a grandi avec une ctfrayante rapidité. — Le 1o août, il frappe <|uatre cent deux personnes et on enlève deux cent soixantedix , proportion très-supérieure h celle des victimes de Paris dans celte même année. Le 16, les tribunaux cessent de siéger. On ne rencontre que convois se dirigeant par terre et par eau vers les cimetières de San-Micbele et de San- Cristoforo; de toutes les églises s’élève incessamment la plaiute funèbre des orgues répondant au mugissement du canon. « On voit sur une foule «le maisons des écriteaux avec cette inscription : « Fermé pour le décès du maître; * tandis que , comme contraste et marque de l'incomparable constance de .ce brave peuple, toutes les murailles portent en gros caractères : « Vive Maninl vive la Républi(]ue! vive Saint- Marc’! »
Tandis que les vivres achèvent de s’épuiser, que la population est décimée, les défenses de la place se ruinent de jour en jour sons « la grêle de fer qui se verse plus im|iétuensemeut que jamais sur la pauvre Venise » Les ouvrages extérieurs, qui sont k la portée ordinaire de l'artillerie, ont bien plus souffert que la ville. Plus de vingt arches du grand pont sont écroulées ; les batteries du pont et d'alentour, les batteries flottantes, la flottille de canonnières, sont a moitié détruites.
' A hi rentré de renacnii , le général autrichien voulut donner à éee troupéa noe augmentation de rations ; cela fut impossible ; il n’y avait rien dans la ville .
* Flagg , t. II 1 p. 467-468.
’ Ibid., 459.
La graiHle batterie de San-Antonio, éboulée, ruinée, est ur.(‘ autre Malgbera-, son magasin poudre a sauté-, elle a dû renouveler quatre ou cinq fois chacun de scs sept canons^ pendant près deux mois et demi, elle a, nuit et jour, soutenu le feu de batteries fort supérieures en nombre et en calibre.
— Partout, du milieu des débris, le feu néanmoins continue avec une inébranlable fei-meté. I^s canonniers vénitiens fc maintiennent b leurs pièces, entre ces parapets éclaboussés de cervelles, sur ces plates-formes noircies i>ar le sang; courage bien autrement difficile que celui du champ de bataille ; attendre la mort immobile, des semaines, des mois, jiusqii'û ce que votre tour arrive!
Toute cette jeunesse, élevée dans de molles habitudes, qui n'avait jamais tenu une arme ii feu avant 1848, reste Ih, tombant, impassible, k son poste. « Il n’est pas un pouce de cc sol, sur lequel roule le voyageur dans la course rapide des waggons vers Venise, qui n’ait bu le sang d’un héros ' I » Trois cent cinquante de ces jeunes gens furent la tués ou blessés, la plupart mortellement.
Tout ce que le courage et la constance |»euvent faire a été fait. Il faut donc céder, si l’on ne veut pas que l'étranger un jour clieicbe la place où fut Venise, comme celle où fut Aquiléel
La main qui avait aifranebi Venise rc la rendra pas toutefois . à ses oppresseurs. Ni le Président, ni l'Assemblée des repn'-sen'ants du peuple, ni aucun pouvoir imlitique légal n’ouvriront les portes de la cité. Comme .Manin l’a répété le 6 août,
• Flagg.t. ll,p. 466.
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UVUK OfATniÈME.
comme il l’avait dit maintes fois, et, avec lui, Pasini, Tommasco et tant d’autres, la force n'aura pas la sanction du droit, le pouvoir légitime n’inaugurera [tas le retour de l’usurpation. l ue commission de particuliers, sans droit ii représenter la souveraineté du peuple, et représentant tout au plus l’autorité purement administrative du corps municipal, se chargera de sauver matériellement Venise, en cédant de fait à la nécessité.
« .Manin réunit au palais ducal la Commis.sion militaire, l’amiral Graziaui, le général Cavcdalis et les ministres. On convint de déléguer auprès du général Gorzkowski ' des membres de la municipalité ]>nur défendre les intérêts de la ville, et un militaire ponr défendre les intérêts de l'armée. On choisit les citoyens Priuli, .Medin, Calucci, comme délégués de la municipalité-, Ântonini, comme délégué du commerce, et le général Cavcdalis pour l'armée. Ce dernier se fit longtemps presser avant d’accepter celte pénible mission*. »
Comme il avait été convenu entre Manin et M. Vasseur, les délégués prièrent les consuls d'Angleterre et de France et les commandants des stations navales française et anglaise, MM. Belvcze et Clowell, de leur accorder leur concours oflicieux.
Dans une réunion tenue le 18 août', chez M. Clinton- Dawkins, doyen des consuls, qui s'y prêta d'assez mauvaise
* CVtait CO même général qui roimnamlait À Manlone en 1S4K. l'n mot ile lui est reaté fameux en Ilalie. I.,a municipalité le priant <le ne |)as loger sea Croates dana les éditices ronaocrés à Dieu : ■ Il fi'y a point aujourd’hui à Maiitoue d'autre dieu que moi! ■» (Flagg, 1. 11 • p.
Guerre de VkHd^peudauce italienne , par le général l’iloa , f. II, p. 347.
grâce , fut rédigée une lettre au commandant de l'armée de siège. On y exposait que la « nécessité de mettre fin, par un arrangement , à la situation actuelle de Venise , était aujourd’hui démontrée 'a une grande partie de la population ; » qu’on avait h soumettre à M. de Brück diverses considérations sur le silence du maréchal Radeizki relativement au papier-monnaie , seul moyen* d’échange qui fût entre les mains de la population, et relativement aux noms des personnes qui seraient exclues de l'amnistie, ce qui laissait la terreur d'une réaction suspendue sur les têtes de tous ceux qui, depuis dixsept mois, avaient participé directement ou indirectement aux actes d’administration ou de gouvernement-, qu'il y avait aussi h éclaircir quelques points regardant l’armée.
Les signataires priaient le général de suspendre le bombardement jusqu'à ce qu'ils eussent pu conférer avec lui.
La lettre fut envoyée, le soir, au quartier général autrichien.
Pendant ce temps , le peuple , assemblé sur la place Saint- Marc, demandait avec anxiété des nouvelles. Manin répondit, comme de coutume, à leur appel.
« Vénitiens,
» Je vous ai dtgà dit, franchement et loyalement, que notre situation était grave
» J’ai été autorisé à négocier, et je négocie; vous le savez tous !
» Mais, si notre situation est grave, elle n’est point désespérée au point de nous réduire à une lâcheté, de nous réduire à nous rendre à discrétion.