LIVRE CINQUIÈME
Manin h Marseille. Mort de madame Maiiin. Maniii à Paris. .Manin et la^ France. Le père et la (ille. Mort d'Emilia. Manin rentre dans Taction. Conseils de Manin à ritatic. Indépendance. rn\ficut\on. Le drapeau italien à Paris. L'unité par le Piémont. Plan national tracé au Piémont. Le Piémont au congrès. Contre Tassassmat politique. Les cent canone d' Alexandrie, La Société nationale italienne. Maladie et mort de Manin.
Tandis que l'étatHaaajor de l'armce et de l’escadre vénitiennes, emporté par les navires qu'avait fournis aux exilés le consul de France, allait se disperser en Grèce, en Turquie, en Egypte, d'où un si grand nombre de ces malheureux défenseurs d'une sainte cause, épuisés par la misère et le chagriu , ne devaient jamais revenir en Occident , l'ex-présidenl du Gouvernement de Venise,
Ce déplorable chef du p»rti le meilleur,
après avoir touché aux îles anglaises de la Méditerranée, k Corfou et a Malte , débarquait a Marseille dans les premiers jours d’octobre i849. Malgré tant de déceptions, malgré tant d'amertumes, c’était k la France qu'il venait demander un refuge.
La destinée , qui ne se lassait point de frapper cette tête et cette famille dévouées, les attendait encore k Marseille. L’ami de Manin, un autre lui-méme, Pezzato, lui avait été enlevé par la mort au départ de Venise-, k l'arrivée k Marseille, l’hote
DANTEL MANIN.
sinistre qui avait visité les exilés dans la lagune et qui ravageait alors la Provence, le choléra, saisit madame Manin. Elle était frappée au eceur en quittant sa patrie, comme l’atteste une lettre touclianlc écrite deux jours avant de sortir de ce foyer sacré, qu’elle, ni sa fille, ni son mari, ne devaient plus revoir.
« Tout est fini, tout est perdu, sauf rhonnenr!... Je vais en terre étrangère ofi j’entendrai une langue qui ne sera point la mienne; ma langue si belle, je ne l'entendrai plus... jamais plus!... »
Elle fut sans défense contre le fiéau, impitoyable aux cœurs brisés comme aux corps épuises.
Le 12 octobre, Manin, au retour d’une funèbre cértimonie où des amis inconnus et improvisés étaient accourus faire cortège 'a l’exilé, Manin écrivait la lettre suivante ’a un chirurgien de Marseille, M. le docteur Barrai ;
« Veuillez accepter. Monsieur, et faire accepter aux autres » nobles cœurs qui se sont associés à votre action généreuse, i> mes plus vifs rcmcrcîmcnts de tout ce qui a été fait pour )> conserver les restes mortels et honorer la mémoire de la » compagne chérie qui a partagé toutes mes longues souf- » feances. C'est un cri de reconnaissance bien sincère qui » part du fond de mon âme Itrisée par tant de malheurs. Il frappée dans ses affections les plus sincères, dans la patrie Il et dans la famille. Je ne m'étais pas trompé , lorsrpic j’ai Il choisi la France comme asile; elle est encore le pays des » nobles sentiments et des élans généreux. Adieu, Monsieur; » permcuoz que je vous serre la main comme â un vieil ami! »
Le 28 octobre, le père et les enfants en deuil arrivèrent