‹ Daniel ManinChapitre 158 sur 185 · LIVRE Cl N g LIÉ ME · texte numérisé non relu

LIVRE Cl N g LIÉ ME

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dans ce Paris sur Ici|ik’1 le Dictateur de Venise, avait tant de fois levé de loin son regard plein d'attente et d'angoisse. Ils s'installèrent, ^ l’entrée d’iiii sombre hiver, dans nn étroit et obscur appartement de la triste cour des Petites- Kcuries. La nature comme les hommes, tout devenait ennemi aux proscrits, exilés de leur soleil comme de leur cité! Les premiers mois de leur séjour h Paris furent bien désolés. l.a plus dure, des solitudes est celle qui glace l'étranger perdu dans lés Ilots des multitudes inconiuies.

L'étranger!... Manin ne resta j)as longtemps étranger dam la grande cité. — Incapable de s’abattre et de s’abandonner, il était de ceux (|iii meurent debout, et (pii pensent qn’il y a toujours lieu et moyeu d’agir tant qu'il est pos.sible de vivre. Il n’avait pas choisi la France pour -s’y éteindre dans l'ombre, sans y laisser de trace. Il avait à compiérir li une influence morale pouvant se tiansformer en influence piditiipic; il avait des liens à nouer en vue d’nn avenir piissible; il avait à accueillir et h retenir tous les hommes qu'attirèrent promptement autour de lui la sympathie, le respect, le regret, et pourquoi ne pas dire le remords pour leur patrie, le désir d’expier, autant qu’il était en eux, la funeste inaction de la France. L'impression des premières entrevues est demeurée chez tous inefTacablc. Son portrait, dans les nuances les plus accentu(‘cs et les plus délicates de sa mâle et douce physionomie, a été tracé par une plume émue, sous le saisissement du coup (]ui menait de nous le ravir; nous n’essaierons pas de redire ce qui a été si bien senti et si bien exprimé '. Happe-

' Voyez, à K'i fil) <le ce volume, les fraginenlâ de M. FVIK Muniand sur Manin. Nous les reproduîaoiis comme un coiiiiiléineiit m'^cessaire de notre O'U^re.

ions seulement, comme le trait le plus saillant, que son aspect UC frappait point par la beauté ni par la distinction des lignes du visage, et n'émouvait d'abord que par l'impression de force que donnait cette tête au front vaste et régulier, au front de penseur, si noblement portée et si fermement assise sur le cou robuste cl les larges éjiaules de l'bomme d'action. Le regard, en s'animant, transfigurait le. visage, et l'on était bientôt entrainé par le mélange d'une autorité à la fois brusque et atllraute, et d’une grâce affectueuse, venue du cœur, qui semblait le donner tout entier 'a chacun de ccuv qu'il subjuguait v on était subjugué et l'on se plaisait â l'étrc. On s'y plaisait, parce qu'on se sentait dominé par une vérité, par un principe de justice, non par un homme; parce que cet homme était, sans réserve aucune, le serviteur de sa foi; les plus purs, les plus détachés des inUirêts vulgaires tiennent à l’intérêt d’amour-propre, aux situations et aux influences légitimement acquises, à la popularité; ils y pensent souvent; lui, jamaisl C’était.lc détachement le plus absolu associé h la irersonnalitc la plus forte.

Fait pour être partout centre et principe d’action , connaissant et sentant profondément la nature française, il ne tarda pas â se voir entoure d’amitiés indestructibles et de chaleureux dévouements alliés â sa propagande morale ; scs amitiés, si désintéressées quant à sa personne, ne l'étaient pas quant à sou pays; un ami, c'était une conquête; il faisait des Italiens autour de lui; il prenait par l’esprit, par la raison, par le cœur, quiconque se trouvait sous le coup de sa parole sobre, pleine et incisive, afin de convaincre l’auditeur de l'idenlilé d’intérêts entre la France et l'Italie; de montrer là l’un'ique

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