‹ Daniel ManinChapitre 161 sur 185 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

vait-il un jour, « quelle tem|H'le de .souvenirs et de scntimenls ce nom réveille chez moi 1 — Ce nom me rappelle ma chère patrie que je ne verrai peiit-êtrc plus! Il me rapftellc mes parents bien -aimés, qui reposent dans une Ile que care.sse le flot marin ! Il me rap|>elle mon ange saint , qui devait mourir loin de sa mer natale qu’elle aimait tant ! — Pour me maintenir dans un calme arlifieicl, il me faut enfouir, ensevelir mon cœur et mon âme dans l'apathie et dans l'oubli !... » .Aucune souffrance morale ne de\'ait lui rester inconnue. Habitué h vivre dans l’action, dans lu devoir immédiat, h absorber le penseur dans le citoyen, comme il arrive lâ où la patrie est h refaire et où la vertu prend surtout la forme politique, il avait |»eu vécu par l’esprit dans la sphère où .se forment les croyances claires et sereines sur les destinées éternelles ; il y louchait plus par les sentiments que par. les idées. Tantôt il s’élançait, par ce qu’on peut nommer le plus noble «les instincts naturels, vers ceux qui l’avaient précédé dans l’autre vie, et qui, espérait-il, pouvaient le voir et l’entendre; tantôt, en voyant le mal légner sur la terre, tant d'injustices triomphantes, tant de douleurs écrasant les justes, des doutes cruels le prenaient sur les principes memes des choses! « Je ne puis faire le mal , parce que je l’ai naturellement en horreur ; parce que je suis né ainsi ; mais où est Je mérite ? Où est la loi? Où est le but de ce monde ? »

En doutant de la loi , il l’affirmait, puisque cette distinction du bien et du mal était le fond même de son être; cette impo.ssib'dité de faire ou de subir le mal était déjà-, dans - l’excès même de ses misères , une auguste récompense ! Rarmi les moments les plus sombres de ces ébranlements

moraux , deux cliosos ne Airent jamais ébranlées chez lui : le )>alriotismc et la Itonté. Cet homme, accablé d'un malheur sans bornes, et en présence duquel aucun de nous n’osait, pour ainsi dire , donner une pensée 'a ses propres chagrins , cet homme gardait assez de liberté d’esprit et de cœur pour a|iercevoir la moindre ombre de tristesse sur le front d'un ami et pour en prendre im|uiétude !

doute, rébranlement ne |>ouvaient être que passagers dans cette grande âme. Déchiré, mutilé, il se releva invincible et rentra dans l’action. Il n’avait plus à se partager entre sa patrie et sa fille; il donna désormais uniquement â la cause italienne les restes de scs forces et les derniers de ses jours.

Durant les quatre années qui venaient de s'éconler, Manin n’avait eu aucun moyen d'agir directement sur sa patrie, et il avait sévèrement condamné les tentatives d'insurrection qui, « sans aucune chance raisonnable de succès , eu augmentant le nombre des victimes, diminuaient celui des futurs combattants. O Maintenant la situation générale changeait. Les trois premières puissances de l Eui-ope s’entre-heurtaient dans une grande guerre qui |K>uvait réagir sur l'Italie et lui offrir l’occasion de SC relever. Comment devait-elle se préparer à une nouvelle guerre de l'indépendance? a' ait-elle ’a faire dans

ce but? Dt! (|uelleJaçon devait-elle disposiT d’elle-mcme?

I>e chercher, l'enseigner, fut l’exclusive occupation des dernières années de Manin. L'histoire de scs vues et de scs plans ayant été esquissée récemment avec fidélité ', nous

‘ Mania el l'Italif, par C. L. Cbaaiiin; Paria, Pagnerre, 185». — M. A. de La Forge , qui a été , quant X l’ikiatoire de .Uanin et de Veiiiae aoua Manin , le généreux ouvrier de la première heure, a publié aon lirre en 1851, axant U

Page 1