LIVRE CINQUIÈME
ouverte, pourrait compter sur le concours des trois quarts des liabitants de sou empire '. »
Maniii avait fait, quelques mois auparavant, un court voyage • en Angleterre. Il jugeait utile de contracter quelques relations directes avec les hommes d'Klat anglais, justes appréciateurs de la capacité {Ktlitiqiie che/. autrui, et susceptibles il’élre inlluencés, a l'occasion et jusqu'à un certain point, par ces rapports personnels’.
L’n acte important du Gouvernement piemontais fut vivenieiil approuve de Maiiin, et influa sur ses déterminations ultérieures. Ge fut l'alliance de Viclor-Kmmanuel avec la Frame et l’Angleterre, alliance qui donna au Piémont en Europe une situation fort au-.les.sus de sa force matérielle, lui assura désormais l’appui de la P'rauce, et, par un heureux concours de c'ux^onstances , ne souleva point contre lui, pour l’avenir, le ressentiment de la grande puissance contre laquelle il prenait les armes, et qui porta ce ressentiment ailleurs.
« Eu servant sous le drapeau tricolore de la rédemi»tion italienne, » écrivait-il , « les soldats qui combattent en Crimée ne sont pas les solilats de la province piémontaise, mais de l’Italie. »
Le premier moment de véritable joie qui eût |)cut-étre fait
' Estafrtte du 26 mai 1855.
' « L'accucil personnel est flatteur, » <^rivait>U de Londres; « mats, pour ce qui me tient le plus au «ueur, le \eiit S4)ult1e peu propice. On dit ici que rutile est le juste, et moi je n^itoinls que le juste est Tutile; tluk>ries qui sembleut identiques et qui produisent iKHirtant des résultats bien difrérents. J'espère toutefois que le voyage ne sera i«s complètement inutile. 11 est toujours bon de semer : il [»eut arriver des conditions favorables qui fassent lever le grain. » 24 juin 1854.
ItaUre le cœur du proscrit depuis la clmte de Yeuise, fut celui où il vil flotter sur les boulevards de Pans les « couleurs de la Révolution italienne unies dans un fraternel embrassement aux couleurs de la Révolution française , » le jour de l’arriTéc de la reine d'Au^'letcrre. Ce fut pour lui comme une vision de l’aveuir : c’était la grande Ralie, sœur de la France, qui lui apparaissait dans ce drapt'au conservé et arbore courageusement par un petit État italien.
Le travail qui se faisait dans sou esprit éclata bientôt à l’occasion des affaires do Naples. Le roi Ferdinand étant mal avec la France et l’ Angleterre, des projets de révolution dvnastiqne à Naples s’agitèrent dans l’émigraliou, et une bi'ocbure fut mise au jour en faveur de ces projets.
Manin puldia b Londres, à Paris, b Turin, les déclarations, suivantes :
« Fidèle b mon drapeau : Indépeudunce et untfieatkm, je reiHHisse tout ce qui s’en écarte. Si l’Italie régénérée doit avoir un roi , ce ne doit être qu’un uul. et ce ne peut être que le roi de Piémont.
» Le parti républicain , si amèrement calomnié , fait de nouveau acte d’abnégation cl de sacrifice b la cause nationale.
» Convaincu qu'avant tout , il Jiau faire l’Italie, que c’est là la question principale, celle qui prime toutes les autres, il dit h'Ia maison de Savoie : Faites l’Italie, et je suis avec vous! Sinon , NON.
» Il dit aux conslilulionnels : Pensez à faire l’Italie, non à agrandir le Piémont; togez pt^otes italiens, et non exelusivement Sardes, et je suis avec vous! Sinon , NON.
» Le dissentiment véritable est dans deux camps :