LIVRE ClNQUlfeME
» Si la France entrait en lutte contre l’Autriche, elle ne
trouverait pas la résistance qu’elle a trouvée chez la Russie....
M Puisque'les papistes et les fauteurs de l’Autriche s’attachent à injurier la maison de Savoie, c’est qu’elle est une grande force italienne. Quand ils la loueront, c’est qu'elle aura cessé d’être force nationale. »
Une autre fuis, il posait à la France la question suivante :
<( Si nous pouvions parvenir a atteindre notre but, si l’Italie, cessant d’étre une simple dénomination géographique, pouvait devenir une individualité (lulitiquc puissante et prospère , cela pourraitpil être dangereux , ou nuisible , ou simplement désagréable b la France.^ »
La petite politique, celle des vieilles routines diplomatiques, celle qui croit qu’une nation ne p<‘ut être riche et puissante que par la faiblesse et la pauvreté de ses voisins ' , répondrait peut-être : Oui. La grande politique, non pas seulement celle des sentiments et de la justice, mais celle des grands intérêts, des alliances naturelles et des vues d’avenir, doit répondre : Non.
La monarchie constitutionnelle italienne de Manin rencontra, au début, indé|H'ndamment des séparatistes pui's, des hommes du passé, prétendant maintenir l’isolement des États, plusieurs sortes d’adversaires : l’ les républicains unitaires; 2" les républicains fédéralistes, qui, n’espérant pas la réalisation prochaine d’un idéal que Manin eût accepté avec eux , jwéféraient à l’unité par le Piémont le passage par une fédération de princes, au moyen de révolutions dynastiques ou de réformes consti-
* I.4I iiièine qui , en économie, voulait toujours vendre et jamais adieter.
lulionmJlos locales ' ; 3* enfin, au premier abonl, la plupart des Piémoiitais eux-mémes. Le plus grand nombre des journaux piémonlais commencèrent par repousser, avec luie sorte d’effroi, le programme audacieux et grandiose qu’on offrait a leur prince et à leur pays. La monarebie unitaire italienne leur semblait trop grande, b eux, qui u’aspiiaicnt qu’au royaume de la Haute Italie.
.Maiiin répondit avec dignité aux inculpations d’ambition téméraire dirigées œntre sa pei sonne.
« Cette baimière de conciliation (juc je propose est celle qui a p«‘rmi.s ’a Venise de résister la dernière, après avoir été la première au mouvement italien.
>1 Pour me juger, il conviendrait d’avoir étudié toute la marche de ma conduite politique. On verrait que j’ai toujours eu le même but et que j’ai toujours ebeminé j«r la même voie.... Je ne demande ni n’espt-re justice.... Je me contenterai et me contente de la conviction d’avoir agi et parlé jrour l’avantage «le mon pays, sans aucune préoccupation personnelle. »
Il fit cependant un nouvel clfort. Le 12 février 18o0| il adressa aux journaux piémontais un noble appel :
« . . . . Je fais une loyale tentative |)our réunir sous une même bannière les forces de la nation. — .Accueillez cette tentative avec sympathie -, discutez-la avec calme. — Homme de bonne foi , je parle aux liommi^ de Imnne foi. Pour quiconque aime rilalie , je suis un ami et un frère. — Je vous en supplie , au
' Il y aurait à distiiiRuer, dans rollc opinion , les hommes qui ne veulent pas de ruiiiti^ par le Piémont, tout en la croyant possible, et ceux qui en repoussent le projet , parce qu'ils ne croient |tas au succès de ce projet.
MVnE CINQLIÈME.
nom <le notre malhcMireiise latriel que la diseussioii soit telle qu’il conviejit enlie fières et amis. — Le but auquel je vise est saint. Si je me lrom]H‘ sur les moyens, démontrez-moi mon erreur amicalement. — Je vais criant ; I.a paix! la paix! — Paix entre nous, si nous voulons que retenlis.se un jour, terrible aux ennemis de l’Italie, notre cri de s«erre! »
Sa voix fut entendue. La justice, qu’il n’espérait point naguère, commença de venir. Ses vrais motifs furent mieux appréciés. Le nombre des adhésions s’acenit; la discussion devint plus grave et plus aiq)rofondie , et le mouvement ne cessa «b? grandir autour de son idée, (ju’il expliqua et développa dans plusieurs pirècs intéressantes.
« Comme penseur et à priori, » <*crivait-il k M. Valerio (II septembre ISèJO), « je crois que la République est le meilleur des gouvernements, et que rexerciec de la liberté est plus large et plus sûr avec la forme fé-dérale.
» Comme homme |Mditi<pie, je vais ebercbant ce qui est pratiquement |K)ssible..,. »
« » Indépendance, Unification L'Italie ne peut être
unifiée si elle n’est indépendante;' et elle ne peut rester indépendante si elle n’est pas unifiée.
«J’accepte la monarchie, pourvu qu’elle soit unitaire. — J’accepte la maison de Savoie, jmiirvu qu’elle concoure loyalement et eflicacement 'a faire l ltalie, c’est-k-dire k la rendre
INDÉPEND.XNTE et L’KE. — SiNON , NON. »
Et si la monarchie piémontaise manque a sa mission?
« Le parti national ne devra pas , pour cela , se désister de sonceuvrc ; » il cherchera « à faire l'Italie par d’autres moyens,
DAMF.L SIAMN.
3Hi
et aussi en ayant rccoui-s, s'il est besoin, aux idées qui diver- ' gent du principe munarcliique. »
H La monarrhie piémontaisc , pour être fidèle à sa
mission, doit toujours avoir devant les yeux... le but final : riNDfj'ENDAXcE et rUfiiFiCATioN dc l’Italio.
» Elle doit |irolitcr de toute occasion... qui lui permet dc faire un pas eu avant dans la voie qui conduit !i ce but-,
» Elle ne doit par aucun li-ailé, et sous aucun pi-étexte, faire aucun pas rétrograde ou divergent...
» Elle doit éviter tout ce qui... lui pourrait lier les mains; s’abtenir de tout accord avec les perpétuels ennemis de f Italie, l'Autriche et le pape ' ; SOUS aucun prétexte, ne prendre part à des traités qui confirment cl reconnaissent les positions territoriales et politiques qu’elle est appelée ’a détruire;
» Elle doit SC maintenir le noyau, le centre d'attraction dc la nationalité itancmie;
» Elle doit empêcher que d’autres noyaux, d’autres centres d’allraction ne se forment;
» Quand la grande bataille de l’aiTrancliisscment national sera entamée, elle y doit prendre part résolùment, cl ne pas déposer l’épée avant que l’Italie ne suit faite, risquant sans
* I/lioiutn<^ pratique avait, autrefoia, arcopté ralHance d"un pape qui pre* liait Tinitiative du mouvement; le tlii^iririeii , appu>é sur une décisive e\pé* rience, c-omlamnait le principe de la royauté |>oiitilicale. Il a, un jour, résumé rudement sa pensée dans un mo! connu et cité, mais qu'il n'eût pas publié sans IVvpliquer; car ou sait la motlération habituelle de son langage. «i Tant que dure dans le souverain pontife J'uniun des detix imuvoirs, il ne |)Out pas être pa|>e et galant homme. » H voulait dire que deux |M)uvoirs incorniMtibles imposent deux devairs contradictoires, et qu'il est impossible de ne pas mam|uer à l'un ou à l'autre.
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