‹ Daniel ManinChapitre 17 sur 185 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

SI

au 'gouvernement de l’étranger qu’aucune de celles que Manin avait essayées jusque-la ^ mais il fallait se .sentir force et appui pour s'en saisir. .V côté de l'inquisition judiciaire, il y avait, dans le régime tudesque, quelques apparences de libertés politiques ; en 18 lu, sous le coup du 20 mars , rAulriebe avait accordé à la Lombardo-Vénélie des assemblées représentatives centrales et provinciales' -, dans ce système de mensonge universel , les instructions secrètes de Vienne annulaient en jtratique tout ce qui jniuvait sembler libéral eu théorie ; les congrégations n’avaient jamais été que de vaines ombres de représentation nationale. La loi, cependant, la loi extérieure, les autorisait k quelque chose de plus, tout au moins h formuler des vœux. Manin , en même temps qu’il écrivait , dans un recueil intitulé le Guide, une étude comparée des lois judiciaires de l’Autriche et de celles de l’ancienne Aï'uisc, bien moins dures en réalité , conseilla ouvertement à scs concitoyens de faire rendre aux lois (mlitiques tout ce qu’elles pouvaient donner.

Milan prévint Venise. Le 9 décembre 1847, Nazari, député a la congrégation centrale lombarde, lit la motion de présenter au gouvernement impérial les griefs du pays. Personne n’osant suivTe cet exemple parmi les députés a la congrégation centrale vénète, Manin signa seul, comme particulier, une pétition k cette assemblée dans le môme but (21 décembre). « Les congrégations, disait-il, ne se sont jamais rendnes les interprètes de nos besoins ni de nos désirs.... leur silence est venu

' Cc8 a&sembléeA oa congré^tions étAÎent élues psr les conseils communaux et composées moitié de nobles, moitié de propriétaires. Le gouvernement se réservait le vtto sur les élus et U nomioatiou des présidents.

DANIEL MAMN.

de la crainte de dé|ilairc au gouvernement -, mais cette crainte est injuste et injurieuse : car H est injuste et mjurieux de supposer que le gouvernement ait accorde a ce royaume une représentation nationale dérisoire, qu’il ait trompe et qu'il trompe ce pays et l’Europe, en faisant des lois qu’il ne veut point qu'on observe , en |>oursuivant et en punissant ceux qui entendent les observer. »

Toute la pièce est écrite dans ce style bref, clair, nerveux , axiomatique, qui caractérise la plume d'acier de Manin. 11 y respire, sous les formes les plus strictement légales, une ironie terrible. « 11 a fait son devoir », dit sa femme eu apprenant que la pétition était déposée: « advienne que pourra. » (ihacun sentit que c’clait la grande lutte qui s'engageait. Tout Venise s’inscrivit chez Manin. Milan députa vers lui pour le féliciter. Le lendemain de Noël , à la réouverture du théâtre de la Femce, on donnait le Macbetio de Verdi. Quand les acteurs commencèrent le choeur :

« La patria tradita a aorgor t'inrita.

« l'ratelU , corhamo la patria a salvar! m *

le public entier se leva et entonna ce chant d’insurrection. La muette Venise parlait enfin. Elle écrivait aussi I tous les murs non-seulement de Venise et des villes véiiètes, mais des moindres villages, étaient couverts de ce Yiva Pio Nono! qui sem- < blait alors l’équivalent du Viva l'iialia! et auquel se mêlait l'inscription menaçante : Morte ai Tedeschi! (mort aux Allemands!)

' 1 La patrie trahie t'invite à te lever. Frères, courons sauver la patrie! >

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