‹ Daniel ManinChapitre 170 sur 185 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

ÉTUDE SUR MAMN,

PAR M. FELIX MORXAND.

Nous roproJiiisons ici, comme nous l'avons aunoncc, en rcU’aiicliaiit quel(|ues details purement aiiectlotiques, deux excellents articles puldiés par M. Félix Moniaïul dans le feuillelon du Courrier de Par», peu de jours apr^s la mort de Manin, les 9 et 10 octobre 18ü7. Ces fidèles et précieux souvenirs, en complétant pour le lecteur l’homme privé, si vivement saisi déjh dans le poème de M. Legouvé, achèvent d’éclairer la vie de l’homme politique.

Je commence par déclarer que je n’entends point traiter ici de l’homme politique.... Celte place n’est point la propre : il faut savoir rester dans son domaine et se garder de la confusion des genres.

J’ai eu, du reste, l'occa-sion de peindre ailleurs Manin sous a radieuse face qui, immortalisant son nom, le désigne pour Jamais h la mémoire et à la reconnaissance des homnias. Ce portrait que je fis de lui , sans le connaître alors personnellement , et sur la simple étude de .scs actes, lui parut néanmoins assez ressemblant pour qu'il vuidûl bien s’enquérir de l’auteur, et de là data l’ainilié dont ce grand homme m’a honoré durant les cinq ou six dernières années de sa vie, et dont le souvenir animera, guidera le reste de la mienne propre.

Je vois d’ici sourire plus d’un lecteur sceptique et j’en entends

ÉTUDE SUR MAMN.

plu3 d’im tirer tout simplement de ces dernières lignes l’induction courante et la preuve nouvelle que tous les hommes, sans en excepter les plus grands, et ceux-là même parfois un peu plus que les autres, ont de l’amour pour la louange. C’est ce qui fait de celle-ci une pratique à la fois si facile et si fructueuse. Mais les tout h fait grands esprits échappent à cette servitude de l'humaine débilité. Ils aiment à être loués sans doute ; mais ils exigent que ce soit avec propriété , en pleine cpnnais.sancc de ce qu’ils savent leurs mérites, leurs talents, leurs dons fonciers, et le moindre ton faux ou seulement banal dans le panégyrique qu’on tente de faire d’eux les insurge et les aliène....

11 me lit engager, par un ami commun, à l’aller voir.... dans ce modeste troisième étage du n“ 70 de la rue Blanche où sa tille et lui sont morts; je trouvai l’ancien président de la république de Venise, le successeur de tant de doges, attablé et travaillant dans un petit cabinet éclairé d’une seule fenêtre , meublé de quelques chaises et d’un bureau très-simple , et dont les murs étaient tendus, pour tout ornement, des portraits de quelques hommes politiques. Son accueil fut cordial et expressif, bien que bref et dénué de tous compliments et remercîments inutiles. Presque instantanément, je me trouvai avec lui en expansion et même cii une sorte de familiarité affectueuse. 11 ne vusait point à imposer aux hommes : U aimait mieux les attirer. C’était l’homme simple et libre par excellence, et, avec plus d’adresse et de dextérité pour manœuvrer les choses et pour les diriger, personne n’eut plus que lui, non-seulement de droiture, mais de mépris souverain pour toute mise en scène, tout. artifice extérieur. Sa physionomie, au premier abord , dénuée de majesté et d’auréole poétique , semblait ne refléter que ce lento comune dont il faisait profession d’aimer et de servir uniquement le culte modeste; mais bientôt l’impression changeait: pour peu qu’il s’animât, la tête et la nature du lion se décelaient dans ses beaux yeux pleins d’éclairs , dans Sa lèvre toute frémissante d’emportements refrénés, souvent et longtemps muette, puis s’ouvrant soudain pour livrer passage aux flots d’une éloquence à la fois pratique et inspirée , véhémente et sensée , ironique sans être amère, et au contraire toujours marquée au double coin de la conciliation et de là bienveillance, dans ce front immense, large, haut, plein, bombé, surplombant la face comme un dôme, dans

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