‹ Daniel ManinChapitre 19 sur 185 · LIVRE l'RESHER · texte numérisé non relu

LIVRE l'RESHER

L’Ilalic autrichicane ne pouvait demaiuler moins, sans renoncer tout à fait à être italienne : mais co moim, rAulriclio, étant ce qu’elle est , |>ouYait-elle l’accorder? — Nous ne le pensons pas,, et Manin ne le pensait pas non plus: il importait donc essciitiellemcut que la réforme par l’Autriclie fût démontrée im|K)ssible et la révolution nécessaire.

En attendant, Manin, comme il l’écrivait a ses amis des provinces, gardait pour devise: légalité, publicité, et, comme il l’avait dit au représentant de l’Autriche , il dissuadait les siens de toute violence, de tout trouble matériel, de toute menée secrète^ mais, en même tem|)s, il ne cessait d’exhorter les jeunes gens à s’exercer au maniement des armes , trop négligé à Venise, et, pour sou compte, il employait ses dernières économies à acheter trois fusils de chasse ' . Il prévoyait cependant

des.|)érils d’une autre nature que ceux du combat. .Après quelques jours d’hésitation, le jMMivoir se décida, en effet; le i8 janvier, avant l’auron-, toute la garnison fut mise sur pied : Manin et son digne allié Tommaseo furent arrêtés. On conduisit ^Mauin à cette fameuse prison de A’euise qui avait reçu tant d'hôtes illustres.

Au moment où il passa ainsi brusquement d’une activité fébrile à un repos imposé - par la violence , Manin était au bout de ses forces : taudis que, depuis plusieurs années, il cumulait les occupations toujours. croissantes de la politique avec les travaux nécessaires à l’existence de sa famille, il souffrait d’une affection de la vessie qui le tourmenta jusqu'b • sa mort, sans qu’une seule plainte laissât deviner scs souf-

■ A. de La Forge, t. I, p. 159 .

DAMi"L MAXIN.

fraiices a scs meilleurs amis -, a laiU d’efforls cl de iiciiios se joignait une dernière cause et de fatigue physique et d'immense douleur morale : la cruelle et incuralde maladie d’une fille tendrement aimée et près de laquelle il partageait les tristes veilles d'une mère , ne voulant rien laisser de ces soins |)ieux à des mains étrangères. Il succombait à la tâclie, et les Autrichiens, en le condamnant à l'inaction forcée, le sauvèrent peut-être, et certainement le retrempèrent pour de nouvelles et de plus grandes luttes ,

Ia;s adversaires qui s’étaient saisis (je sa personne comptaient bien lui rendre ces nouvelles luttes impossibles. En même tem|)s qu’une double instruction contre les deux prisonniers était confiée à deux conseillers au tribunal criminel de Venise, le .directeur général de la [lolicc, ce -M. Call qui avait eu avec Maiiin une entrevue si courtoise, expekiiait au president du tribunal la note suivante :

« En cas d’acquittement , avertissez-moi immédiatement et » ne les mettez pas en liberté. » Il y a tout un système de gouvernement dans ces quelques mots : la justice était un simulacre; la ])olice était le commencement et la fin de toute chose.

L’instruction contre Manin fut commencée le 21 janvier. Le chaleureux historien <le Venise sous ilanin a déjà fait ressortir le caractère extraordinaire de ces interTOgatoires où le magistrat , doux et honnête Italien servant ’a regret l’étranger, tremble pour le i)risonnier (jiii ne tremble |)as! où le jeune auditeur {ascoUante) qui assiste le magistrat dévore les paroles du prisonnier en cachant sur son cœur la cocarde tri-

' A. di» La (. I, |>. \~l.

Page 1