I.IVnE PBEMIKU
coloi'ü italienne; où le prisonnier, enlin, dicte au greffier bien moins des explications et une défense qu'un large exposé de sa conduite, qu’un manireste et qu'un ultiimtum au gouvernement qui le poursuit. Non-seulement il ne dit rien qui ne soit entièrement vrai, mais il dit la vérité tout entière; toutes les polices du monde ne découvriraient }>as un incident k y ajouter. « J’ai cru et je crois que les mauvaises actions et les passions vicieuses ont seules besoin de mystère. J’ai donc toujours abhorré le mystère; j’ai toujours dit franchement, publiquement, mon opinion U tous et sur toute chose, né craignant pas les espions , mais allant au-devant d’eux comme moyens de dilTusion des idées, comme canaux pour faire arriver la voix du peuple k l’autorité »
Sur les faits, la franchise est donc absolue; l’habileté est dans la distinction qu’il maintient entre le gouvernement local et le gouvernement impérial , entre le souverain et ses agents, entre la loi authentique et les instructions particulières. Il o|>pose à ses adversaires leur propre principe monarchique, suivant lequel le souverain peut seul faire des lois , les abroger, les modifier ou, les interpréter; ce qui ôte toute valeur aux instructions, notifications ministérielles ou autres, si elles altèrent les lois. « Le jour où l’on jettera au feu toutes les dispositions non émanées du souverain sera un jour de délivrance. I)
L’habileté consiste donc k admettre que le monarque rendra justice et concédera la liberté et la nationalité, auquel cas Manin va jusqu’à parler des services extérieurs que l’armée
• Iiiferrog. du 17 février; ins.
italienne pourra rendre a l’Empire, et de l’intérêt stratégique qu'aura l'Autriehe à ce chemin de fer de Vérone et du Tyrol tant réclamé par la I^ombanlo-Vénétie. Le Smon , non , implicite sauvt'garde la dignité du citoyen.
A travers lès scènes de savante stratégie politique, on rencontre un touchant éqiisode. Comme le magistrat demandait au prisonnier des explications sur une des lettres saisies h son domicile , cet homme si fort sc mit ’a fondre en larmes. Cette lettre de Paris contenait une copsultation magnétique sur la maladie de sa fille. Après avoir tenté en vain tons les expédients de la médecine ordinaire contre la terrible affection nerveuse qui torturait cet ange de bonté, suivant l'expression du malheureux pÎTC, il avait recouru h un magnétiseur vénitien, puis consulté un célèbre propagateur du magnétisme h Paris ; mais l’action magnétique^ au lieu de calmer les crises de nerfs, en avait redoublé la violence; et la pauvre enfant, dans le tourment aigu de ses vertiges , ne cessait de supplier qu’on la délivrât de ce fluide qui tourbillonnait, disait-elle , dans tous scs organes! Le père, au désespoir, en était a se faire nn crime de scs efforts impuissants pour la soulager.
Tonte la vie de Manin est dans ce contraste : force indomptable dans la vie publique , tendresse et douleur dans la vie intime.
Un nouveau coup frappait en ce moment cette maison si sévèrement éprouvée. Le 23 janvier, Manin écrivait h sa femme et a ses enfants une lettre pleine de tendres effusions et d’héroïque fierté : * Si vous continuez d^être forts et courageux, ce seront les plus beaux jours de ma vie... Vous trouverez un peu d’or dans un tiroir, un peu d'argent dans un