‹ Daniel ManinChapitre 21 sur 185 · LIVR'E PREMIER · texte numérisé non relu

LIVR'E PREMIER

autre.^.. Si la chose trame en lonpneur, nous penserons à y pourvoir en quelque manière. Aimez-vous, mes anges; soyez résignés : cela suffit. » ■

11 demandait, dans cette lettre, si sa so'ur était h Venise. Il avait h Trévise une sœur aînée, Ernesta Viezzpli, qui méritait d'être sa sœur par l’élévation des sentiments. Un affreux spectacle, le meurtre d’un citoyen égorgé par des soldats autrichiens, avait profondément ébranlé la santé de madame Viezzoli : la nouvelle de l'arrestation du frère tua la sœur. Ce fut la première victime dans cette famille martyre. Sa mort arracha au prisonnier le seul cri de vengeance qui soit jamais échappé à cette âme clémente.

La femme de Manin et scs amis se montraient dignes de lui. Ils agissaient autant qu'il leur était donné d’agir. Quelques jours après son arrestation , sa femme , dirigée par les avocats ses collègues, avait adressé au directeur général de la police et.an tribunal criminel une double requête pour obtenir , conformément à la loi , son élargissement sous caution , attendu qu’il n’avait été arrêté que par une simple mesure de police politique et non « sur indices légaux » ni sur « décision préalable de l’autorité criminelle. » La- requête offrait pour caution les signatures de tontes les jiersonnes notables de Venise, le podula (maire) en tête. Le pàtriarche presque seul a«it refusé son nom (24-27 janvier). Pareille requête fut envoyée en faveur de Tommaseo.

Iji police ne voulut, les tribunaux n’osèrent faire droit La police mentit : le conseiller instrocteur l'avait engagée b

' Nous disons les « tribunaux a , parce que le magistrat de Venise en référa au tribunal supérieur dé .Milan.

U faire comprendre à Térésa Mania » que Taffairc qui s’instruisait concernant son mari ii’i'lait pendante deeant aucune des autorité» judiciaire». La police ré|)Ondit à la signera Maniii qu’oftendu le» délibérations pendante» deeant le» autorité» judiciaires, le directeur général ne se croyait point autorisé ^ accéder à sa demande (2 février)

L’impression de ce déni de justice fut immense. La jwpulation entière délita , vêtue de deuil , le long du quai des Esclavons -, devant les fenêtres de la prison , toutes les têtes se découvrirent. Les avocats en corps s’étaient chargés du cabinet de Manin tant que tlurerait sa captivité ^ un artisan , un tailleur, ToHoli, vint solliciter rhonneur de jH)urvoir aux besoins de la famille du prisonnier ^ une foule d’oifres semblables se succédèrent^ Manin fit remercier ses concitoyens, mais préféra recourir à une autre ressource, ‘a la réimpression d’un petit traité sur la jurisprudence vénitienne. La permission fut demandée -, la censure locale se déclara obligée d’en référer 'a Vienne, puis, sur les réclamations du prisonnier, finit par lui faire répondre verbalement que l’autorisation était accordée, h condition qu'il n’y eût ni annonces, ni insertions dans les journaux, ni listes de souscription, c'est-à-dire à condition que l’auteur ne pût vendre son livre. Il va sans dire qu'on ne profita point de cette étrange tolérance. C’était le 28 février : quelques jours plus tard, on put se passer de la permission, et ce fut du produit de cette réimpression et de l'humble héritage d’Ernesta Viezzoli que vécut le dictateur avec sa famille pendant la dictature. .

* Procès manuscrit.

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