‹ Daniel ManinChapitre 25 sur 185 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

couleurs italiennes. Le 19 mars, le vice-roi, après beaucoup (l'hésilalioii , accorila la permission d'armer "quatre ccuts citoyens à Vérone et deux cents a Venise!

Venise n’avait pas attendn celte dérisoire concession pour s'armer. I^a veille, à la nouvelle que le gouverneur renvoyait les députés au vice-roi, Maiiin avait déclaré a ses amis qu’on n'avait pas le temps d'attendre; qu'il fallait la garde civique tout de suite ; et, se mettant à leur tête, il avait été présenter h la signature du corps municipal mie pétition au gouverneur, toute rédigée d'avance au nom de ce corps. (I termina son allocution aux ofTiciers municipaux par ces mots énergiques : « Nous avons défendu la liberté avec la parole : nous saurons la iléfendre avec le fusil! »

Le podestat et ses adjoints signèrent et se transportèrent en corps chez le gouverneur. Quand ils partirent : « Si vous obtenez l’autorisalion, leur dit Manin, tant mieux; si vous ne l'obtenez pas , nous saurons nous en passer » Et il se mit avec ses amis à préparer les cadres et les règlements de la garde civique. Pendant ce temps, la ville entière était soulevée, les ponts barricadés, les toits couverts de gens armés de tuiles. La lutte entre le peuple et l'infanterie croate recommençait , bien plus violente que la veille, sur la place Saint- Marc : la fusillade éclatait. On vient, comme la veille, appeler Manin ; il a de nouveau le courage de refuser : un général occupé à disposer son plan de bataille ne quitte pas sa tente pour aller jouer sa vie en soldat aux avant-postes!

Sur ces entrefaites, on apprend la réponse du gouverneur

* A. de La Forge, t. I, p. 5iC-24i.

au corps municipal : elle était encore négative^ ,« Allons, dit Manin, voici le moment! que chacun retourne chez lui chercher ses armes! » Et il court à San-Paternian , appelle son lils, ressort avec lui le fusil en main : en une demi-heure, il était à la tête d’un noyau de garde civique , bonrgeois et ouvriers ; sa première allocution k sa troupe est caractéristique : « Que ceux-ra seuls qui veulent m'obéir aveuglément restent avec moi! » — Tous restèrent.

Ia situation se modifiait en ce moment même : les instances réitérées des officiers municipaux, celles du patriarche, et surtout rincertitinle du succès si le combat s'engageait k fond , avaient enfin fléchi le gouverneur. Il consentait h ce qu'on organisât deu.v cents hommes de garde civique, qui recevraient leur règlement de la direction de la sûreté générale, c'està-dire de la police '.

Manin se préoccufia peu des conditions. Il retourna au palais municipal, calmant le peuple sur son passage, renvoyant les artisans à leurs ateliers, avec promesse de les rappeler au besoin, et faisant rouvrir les bontiques. OuxTiers et boutiquiers l’écoutaient avec une intelligente docilité et une entière confiance. Il monte au palais de la ville et y trouve le premier adjoint à la police, un .Vllemand, qui venait présider’a la rinlaction du règlement de la nouvelle institution. L’Autrichien SC récrie en voyant qu’au lieu de deux cents hommes , il y en a déjà plus de deux mille sur les cadres, et que l’on continue. « Vous préparez donc une révolte : vous voulez donc nous forcer de mettre la ville en état de siège! — Je suis ici ,

Rkorrii rfi DeijU Aii/oiii. M. A. de La Forge dit quatre cents.

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