‹ Daniel ManinChapitre 26 sur 185 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

répond Maniii, pour rétahlir l'ordre-, mais, si vous mêliez obslacle aux mesures nécessaires pour le maiiilenir (et il se leva impélueusement en saisi.ssanl son fusil), j'appelle aux armes le peuple que j'ai apaisé , et je me mets à la tête de l'insurrection '. »

L'officier de police se relira. Le gouverneur fil inviter par un négociateur officieux la municipalité à désavouer l'œuvre de Manin et li rappeler au peuple , par une proclamation , que le ^puiieio statario (le rescrit impérial décrétant la peine de mort pour toute rébellion) était encore en vigueur. Manin réitéra sa menace. Le négociateur insista. • Supi>osons, par impossible, que vous vous empariez de la ville, esl-ce que vous pourriez la garder vingt-quatre heures? — Faites que la ville soit dans mes mains, et je saurai la défendre »

Le gouverneur apprit a la fois le refus de la municipalité et des nouvelles de Vienne d’après lesquelles le gouvernement impérial confirmait et étendait ses promesses à la révolution viennoise. Il se résigna 'a suivre cet exemple , voulut faire de la popularité , lut an peuple , du haut de son balcon , la dépêche de Vienne, et déclara qu'il avait demandé à l'emiierenr des réformes radicales, et qu'il sc réjouissait d'être le premier gouverneur constitnlionnel de Venise.

Venise s’illumina, et, durant toute cette nuit, les patrouilles de Manin parcoururent la cité sous les bt'-nédictions populaires.

* Rieord'i di Degli An(oni.

^ A. de La Forge, t. I, p. 247*248. La contradiction apparente entre M.M. de La Forge et l>egU Antoni tient à ce qo'il y eut deux soèoea saceeasivea au palais de la \ille et que chacun u'en rapporte qu'une.

DANIEL MAXIN.

Le premier mol d'oitlrc donné a la garde civique avait été : Frutellanza (fraternilé). Venise y resta fidèle!

Le lendemain malin, 19 mars, la Gazette ojjirielle de Venise fit, au nom du gouverneur, l'éloge de la révolution de Vienne. Dans le premier moment d'etfusion auquel s'abandonnaient ces bonnes natures italiennes, il y eut des vivat! pour tout le monde, même pour le comte Palffy. Manin, lui, restait de sang-froid. Il connaissait la foi autnefatenne ; il savait qu'on devait être en garde contre les surprises, contre les retours offensifs ; des avis de desseins sinistres , de projets de bombardement, ne lardèrent pas à lui être expédiés ]>ar des ouvriers de l'arsenal et par un officier de marine. Et d'ailleurs, les Autrichiens fussent-ils sincères, où en serait-on, si la Révolution s’arrêtait? — Venise et la Lombardie, membres de l'Empire constitutionnel d’.Vutriche! — Avant le 24 Février, c’était là une étape à laquelle Manin /laraissait se résigner jiour sa patrie ' ; mais les choses avaient mûri vile ; au lieu de la Réforme, la Révolution était venue : maintenant il fallait brûler l'éta|)e et aller droit au but ; Indépendance nationale! expulsion de l’étranger’.

Manin a en main une force organisée ; il faut s'en serv ir : l'occasion est venue : la garnison est peu nombreuse ; un seul régiment croate est sûr; deux régiments italiens sympathisent avec la [lopulation -, il ne faut pas laisser à l'ennemi le temps de se renforcer. Manin n’a plus d'autre jiensée que la lutte :

' Nous disons puisquMl demandait on comptant no pas obtenir. * Il eût été trop tard, on tout cas, pour s’arrêter. A cette heure mémo, ce que Manin ignorait , dos torrents de sang coulaient dans Milan ; la guerre à mort avait coinineucé.

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