LIVRE PREMIER
moyen terme, pro|M)sait de crier ; « Vive Rainieri (l’archiduc Régnier), roi conslitulionnel! » et de demander l’érection de la vice-royauté lombardo-véuilieiine en royaume. « Le Piémont? dit Manin, vous ne savez même pas s'il vous accepterait!- La constitution de Vienne? — Le roi Rainieri? — Non! non ! Ce qu’il vous faut , c’est l’enlii’ re indépendance ! Pas de demi-révolution, qui oblige ’a en i-efaire bientôt une autre! Pas de négociation avec l’.Vutriche, c’est perdre un tem{)s précieux! Ou n’alTrancliira la patrie que par la force. Avant tout, il faut prendre l’arsenal; si je vous ai réunis, c’est afin de concerter [wur demain un mouvement (Ktpulaire soutenu par la garde civique. Quant au gouvernement, il n’y a qu’un seul cri que puisse comprendre le peuple de Venise > Vive la République! »
Tou.s reculèrent, non par manque de sympathie, mais par manque de foi. La veille, un dt's meilleurs et des plus grands, lin cœur admirable , n'avait répondu aux confidences de Manin que par un triste sourire : « Ce peuple est incapable de sacrifices! — (Vous ne le connaissez [las, s’écria Manin-, moi, je le connais, et- c’est mou seul mérite! Vous verrez M »
Pinclierle entra. Manin le chargea d’aller dire au corps municipal qu’il ne pouvait confier ses desseins à toute la municipalité, mais qu’il les communiquerait au |iodcstat (maire), si celui-ci voulait bien se rendre chez lui le lendemain b sept
‘ Ce mot est dans A. de La Forge , t. i , p. 257-25S. Tous les détaUs sur ce qui se passa dans la nuit du 21 au 22 mars chez Manin et à la municipahté Bont tir(^ de la relation manuscrite de I)eÿi Autoni et des notes écrites, peu de jours apK‘s les événements, par la aignora Teresa Manin et par sa fille Lmilia. Ce qui regarde le Piémont se trouve dans les notes d^Emilia Manin.
licures : il pria Pincherlc de prendre à part un des membre» adjoints, l'avocat Avesani, homme de décision et forte tête, et de le lui amener cette nuit même. Lorsque Pinclierle revint avec Avesani , fort avant dans la nuit , Manin était seul , épuisé par les efforts qu'il’ avait faits pour convaincre ses amis -, la réunion cependant s’était séparée sans rien conclure'. Manin .SC ranima |>our persuader les deux survenants : « Il nous faut la République, et, au cri de Vive la Uéjmblique! il faut ajouter le cri de Vive Saint-Marc! il pouiTa trouver de l’écho jusqu'en Dalmatic*.
— Vive Saint-Marc! le vieux cri vénitien! vous avez raison, c’est le cri du peuple, et le seul possible! »
Comme les cités du monde antique , Venise avait , cn'cffet , depuis son origine, son génie topique, pcrsonniCcalion de la patrie, et ce génie était l’.Apôtre au lion ailé. Manin leur serra la main. « Donc, nous sommes d'accord! » Et il se retira pour méditer durant les dernières heures qui lui restaient avant l'action. Des gens dévoués gardaient sa porte, afin de le garantir des donneurs d’avis qui afiluaicnt a toute minute. Vers six heures du matin, un inconnu, iic pouvant forcer la con- .signe, déclara k l’ami chargé par Manin de recevoir les avis du dehors qu’il était le consul de Sardaigne Faccanoni, et qu’il venait conseiller aux Vénitiens le cri de « Vive la République! vive Manin, président! » et il signa hardiment son conseil M
' fiieordi di Degli Antoni. Suivant M. de La Foi^c, la réunion aurait con* ciu en Faveur do roi Rainieri ; il est probable que la niiqorité était restée du moins dans ce sentiment.
* Itkcordl di DfçH Antoni. {\x>yei ci-dessus , p. 6.)
* Voyez le rapport de Casariiii dans les pièces données par M. de La Forge , t. l,p. 347.