‹ Daniel ManinChapitre 29 sur 185 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Eu ce même moment, Maiiin, qui n'avait pris dans la pardc civique que le rang de capitaine, venait de mander chez lui le commandant en chef de celle garde , Mcngaldo. « La ville est menacée d'être hombardée : je veux a tout prix enlever l'arsenal : il me faut pour un jour le commandement en chef. Des six bataillons formez deux brigades, et mettez les chefs à ma disposition pouC Imit heures. »

Le général, subjugué par l'autorité de l'audacieux avocat, sortit sans répliquer.

Un instant après arriva le podestat, le comte Correr. Manin lui déclara nettement qu'il allait, ce malin même, chasser les Autrichiens de Venise. « Yoilk ]>ourquoi je ne suis point allé au palais de la ville; ce n’était pas chose h délibérer en conseil. »

Mengaldo revint. 11 avait rédéchi. (Vêlait un homme de courage et un bon patriote , mais un vieil olHcier de l'Empire, peu confiant , comme tous les militaires , dans les forces irrégulières et les élans des masses. « Avant de te livrer la vie de milliers de citoyens, il faut que je sache comment tu l’y prendras. — Je ne sais pas encore ; je sais seulement que je réussirai. — C’est une folie; je ne puis m’y associer'. » Et il se retira.

C’était grave : ce refus entravait et compromettait tout. Manin passa outre. Il fil demander sa compagnie. L’adjudantmajor de son bataillon, l’avocat Benvenuti, la loi refusa. De toute la compagnie, sou fils revint seul. U dépécha Degli Anton! h tous les chefs de la garde civique sur lesquels il croyait

■ A. da La Forge, t. I, p. 262.

DANIEL ^lAMN.

pouvoir compter, en les convoquant avec leurs gens |K)ur midi, les uns à la place Saint-Marc, les autres aux environs de l’arsenal. A dix heures, le jeune oflicier de marine qui était déjà venu plusieurs fois, Salvirii, accourt : « A l'arsenal! à rarscnal ! Tout de suite ou jamais! La marine est pour nous! Faites vite, ou Venise va être bombardée et mise à sac! «

Degli Antoni rentrait : Manin l’envoie pour la seconde fois en toute bâte conjurer Benvenuti de lui donner au moins quelques bommes résolus et bien armés. « Je ne mettrai pas mes gens à la merci d’un fou! » répond Benvenuti '.

Manin eut un moment de vrai désespoir. Avoir tout amené si heureusement jusqu’à l'heure décisive, et se voir arracher des mains, par les siens mêmes, la délivrance de sa patrie! « J’ai fait mon devoir, s’écria - 1 - il ; la faute ne sera pas mienne! »

S’il ne pouvait alfranchir la cité, il voulut du moins la sauver. Il dicta à Degli Antoni des billets pour les ])rincipaiix consuls, les priant, au nom de l'humanité et pour la sûreté de leurs nationaux, de protester contre le bombanlement *.

Il était onze heures et demie. Arrive le chef de bataillon du quartier San-Polo, Olivo-, celui-ci enfin répondait à l’appel. Un rayon de joie réparait dans l’adl de .Manin : « A midi, tous, place Saint-.Marc! » Sur ces entrefaites, on a'pporte une grave nouvelle. Le colonel Marinovitch, commandant en second de l’arsenal et l’agent présumé des plans de bombardement, vient d’être massacré par une bande d’ouvriers de l’arsenal. Les

• Ricordi di Degli Aufoni; notes de madame et de mademoiselle Manin.

’ Voyez la correspondance de Manin avec le consul anglais dans A. de La Forge, I. I, p. 264, 348, 349.

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