I.IVnK PHEMIEH
avait voulu sortir, retenu 'prisonnier ])ar la parde civique. Il fait sonner la cloclie |K)ur rappeler les ouvriers de l’arsenal, renvoyés après la mort de Marinovitch, et demande les clefs de la salle d’aiws. Les gens de Martini prétemleiit ne pas les trouver. « Si je n’ai pas les clefs dans cinq minutes, je fais enfoncer les portes. » Ou apporte les clefs : Manin arme les pardes civiques et les ouvriers, orpani-e ceux-ci en compapnies, et distribue les commandements. Il y eut là une scène touchante. Tu vieil officier, le colonel (Iraziani, nommé commandant de l’arsenal et de la marine à la place de .Martirti, combattu entre la relipion de la patrie et la relipion du drapeau, supplia, à penoux et les larmes aux yeux, son ancien chef Martini de le délier de son serment. Martini refusa. Oraziani com|irit qu’il y a des devoirs naturels et inviolables contre lesquels ne sauraient prévaloir les conventions arbitraires des hommes ; il 9C décida '.
Sur ces entrefaites, on crie ; « Aux armes! » Une colonne d’infanterie de marine débouchait devant la porte de l’arsenal. Les gardes civiques se mettent en défense. Le major Broday, commandant du corps d’infanterie, ordonne le feu. Les soldats restent l’arme au bras : ils étaient Italiens. Un d’eux lance au major un coup de baïonnette. Le peuple se jette sur lui ; sans Depli Antoni, il était perdu. On le fait prisonnier ’.
L’œuvre était faite k l’arsenal. Manin sortit, et, en passant la iwrtc : « Vive la marine vénitienne 1 vive ritalie ! vive Pie IX! VIVE Saint-Mahc! » s’écria-t-il ’.
' Birordi rfi Dfgli Antoni.
’ Bicorrii rfi Dfffli Antoni.
' .Notes (te madame Manin.
Le vieux eri vénitien, après eiiiqiianle ans de silence, réveillait de nouveau les échos de la laijune.
« Vive la République! » reprit Manîn. Eide longues el unanimes' acclamations lui répondirent.
n la place Saint- .Marc! » dil-il aux groupes qui l’entouraient; « allez, répaixlez-vous par la ville; convoquez le peuple à Saint-Marc! »
R entra dans une taverne, avec son fds el deux amis, pour prendre un peu de repos et laisser le temps a la foule de répondre à. son ap[iel. 1! «Kait trois heures. A quatre heures, il re])araissait, acclamé comme un sauveur par tout uii peuple, sur cette place Saint-Marc qu'il avait traversée a midi en croyant marcher à la mort avec son fils. Il monta sur une table, el, de là , planant sur la mer de têtes qui couvraient le forum de Venise , élevant d'une main son épée el déidoyant de l'autre le <lrapeau tricolore italien :
« Viniitieiis , nous sommes libres ! el nous pouvons doublement nous glorifier de l'être, puisque nous le sommes sans avoir versé une goutte de notre sang ni du sang de nos frères; car tous les hommes pour moi sont des frères! — Avoir renversé l'ancien gouvernement, ce n'est pas tout ; il faut en constituer un nouveau ; le meilleur pour nous me parait la République, qui rap|iellera les gloires passées et y joindra la liberté des temps nouveaux. Nous ne nous séparerons point par l'a de nos frères italiens; mais nous formerons au contraire un des centres qui devront servir à la- fusion successive de notre Italie en un seul tout! Vive donc la République! vive la liberté! vive .Saint-.Marc ‘1 »
' Notes «t’Kniilm Manin.
LIVUK PIlKMItiU.
l'ii tonueiTc d'acx'laniutioiis rcleiUil d'ile en ile jusqu'aux extrémités de Venise. La garde civique se forma d'elle-même en carré, tira le sabre et jura de défendre au prix de son sang la nouvelle République et son fondateur.
(I .\insi, M écrivait, quelques semaines après, la digne femme de üfanin : « Ainsi, dans Venise, prit fin la tyrannie, ainsi ressuscita la liberté; ainsi s'accomplit une révolution qui saisit de stupeur les contemixirains et que la postérité croira fabiileusel... La parole humaine est trop faible pour exprimer l'ivresse, le délire qui s'était emparé de tout le peuple. Les vieux pleuraient, les jeunes s'embrassaient : les mains battaient avec frénésie ou s'élevaient au ciel en actions de grâces. » Un vieillard, en entendant proclamer la République, tira «le son sein une vieille image de lion scidptée en bois : « Je savais bien, s'écria-‘t-il , que Venise ressusciterait; voil'a cinquante ans que je garde ce lion pour le remcitrc hors, le jour on il sera redevenu républicain. Je n'ai plus rien a demander 'a Dieu; je puis mourir maintenant ' ! »
Une immense procession populaire reconduisit on triomphe le libérateur et le déposa, brisé de fatigue et de joie, auprès de sa femme et de .sa fille, qui s'évanouit en le revoyant. Depuis sa sortie de prison, depuis cinq jours et cinq nuits, Maniii n'avait pas, pour ainsi dire, fermé l'onl, et c'était en proie aux soufTranccs les plus incompatibles avec l'activité physique d'un tel rôle, qu'il avait pensé, parlé, agi sans relâche depuis le 17 mars ; torturé par une âcre irritation de vessie et déjà ressentant les sourdes atteintes d'un mal plus profond encore ,
' HimiiiisceiKC (ti A. CiusHiiian.
DANIEL JIAMN.
il s'affaissa (répiiisenicnl en disant ; « Qu'on me laisse au moins celte nuit, ou je meurs! »
Il savait du reste que d’autres avaient entrepris d’achever et de régulariser en quelque sorte son œuvre révolutionnaire. Pendant qu’il s’emparait de l’arsenal, ce même général de la garde civique, Mcngaido, qui avait refusé de coopérer h l’attaque, avait tenté d’arriver pacinquemeiit au même but en allant inviter le gouverneur à remettre toutes les ressources et toutes les positions militaires entre les mains des autorités civiques, ou, en d’autres termes, b capituler. Palffy demanda une conférence au corps municipal '. I.a municipalité dépêcha au gouverneur des commissaires, .\vesani, orateur de la commission, se signala par son énergie et posa imp<‘rieusetrM'nt la question de l’évacuation. Ce dut être un moment bien amer pour ce superbe comte Palffy, qui jadis dixlarait qu’avec les Italiens on n’avait que faire du canon j que le bâton siiflisait. On savait la prise de l’arsenal. Les cris de la place Saint-Marc acclamant Manin et la Képnbli<pie retentissaient jusque dans le palais du gouverneur. Palffy résigna scs pouvoirs , non dans les mains de la municipalité, mais dans celles du commandant de la place, le lieutenant-feld-maréchal comte Zichy. Le Hongrois Zichy était un homme éclairé et humain, et ses plus chères affections privées l’avaient fait Italien ; il comprit qu’il risquait sa tête en ne se défendant pas, mais qu’en se défendant il commettrait un crime de lèse -civilisation; qu’un combat â outrance , dans cette ville remplie des trésors de l’art , causerait des malheurs irréparables , et que ce combat,
' Jlicordl di Drgli Anloiii.