LIVRE PREMIER
il ne pouvait le gagner, l.cs iroupcs italiennes ou semi-italiennes lui eussent fondu dans la main , et ce n’est p.is avec deux bataillons de Croates et quelque artillerie allemande (moins de deux mille cinq cents hommes '), qu’il eût reconquis Venise! Il signa la capitulation qui devait lui coirtet si cher ’ : que l'histoire, du moins, lui rende justice en écartant de sa tête les imputations de làclieté ou de faiblesse!
Le commandant autrichien abdiquait dans les mains du gouvernement provisoire, dont les commis.saires municipaux assumaient la responsabilité : il s’engageait ’a évacuer Venise avec les troupes étrangères. Les troupes italiennes, le matériel de guerre et les caisses publiques restaient.
Le soir, une proclamation du gouvernement provisoire annonça ofliciellemcnt la chute du gouvernement autrichien et le pacte qui venait d'être conclu. Le peuple s’étonna et s'irrita de ne pas voir, sur ce document, les noms de Manin et de Tommaseo, ni celui de la République. Dcgii Antoni alla communiquer cette impression h Manin. « Ils font œuvre de miséricorde eu me laissant tranquille, s'écria celui-ci; j'ai assez travaillé ; mais communique-leur cette pièce ! » C'était l'adbésion donnée d’avance par le consul sarde à la République. « Il y a bien autre chose k faire k cette heure que de discuter la forme du gouvernement, » répondit Avesani a Degli .\ntoni. « Qu’ils fassent comme ils l'entendent! dit Manin en relevant celte réponse; je m’en lave les mains! — Comment prends-tu la chose avec celle indifférence? — Sois tranquille,
' Lettre du coiitul augbkU Dawkins dans A de la Forge, t. II , p. 905 . ’ Il fut condamné à mort , et la peine cniiimui’>e en détention peri>étueUc.
lu verras qu'il leur faudra encore recourir à moi. » Et, crai- ^’iianl les cITcls du mécojitentcmeiU populaire, il dicta de son lit la proclamation suivante ;
« Vénitiens!
» Je sais que vous m’aimez -, el, au nom de cet amour, je vous demande de vous conduire, dans la manifestation légitime de votre joie, avec celte dignité qui convient aux hommes dignes d'être libres.
» Votre ami,
» Manin. »
Son beau-frère et Degli Antoni. firent aussitôt imprimer et
placarder dans tout Venise ces nobles paroles.
Le |ieuple les entendit : la première nuit de la liberté se passa sans aucun désordre; seulement, les membres les plus notables de la bourgeoisie vénitienne se réunirent et envoyèrent signifier à la commis.sion gmivcniemcntalc leur mécontentement de re.\clusion de .Manin, et réclamer la démission du président de la commission, Avesani. La commission abdiqua et remit ses pouvoirs -à un de ses membres, le commandant delà garde civique, Mengaldo. C'était le 23 mars, h trois beures el demie du malin, trop tard d'une heure ! car il avait été commis, cette nuit, comme nous le verrous, une faute dont on ne put arrêter les conséquences ' .
’ Hicordl (li Degli Anfoni. Il s'f'talt aerréditï^ centre Avesani des pi^ventions que nous iravons point k discuter. Avosani .sup|>orle aujourd’hui l’evll avec une dignifi^ <jui vaut à sa stoi<|uo vieillesse le respect de tous. Ce qui est sûr, cVsl que Manin, comme l’a dit M. de La Forge, ne partageait pas ces préventions et eût désiré l’associer à son gouvernement.