‹ Daniel ManinChapitre 36 sur 185 · LIVRE UEUXlfcXIE · texte numérisé non relu

LIVRE UEUXlfcXIE

tUc* Vcuise qui ciU bloqué Tricslo, cl pcul-èlre enlevé Pola cl Fiume cl soulevé ristric cl la üalmalic, où vibraient les sympalbies les jilus ardentes

Le j glorieuses nouvelles <le la terre ferme ne permirent pas a la population vénitienne de sentir alors toute la portée de ce revers maritime. Le 2ü mars, on avait eu enfin l'avis assuré de la victoire des .Milanais : une ville de l(K),fMI0 âmes, sans organisation et pres(pic sans armes, avait, après cinq jours de carnage, chassé de ses murs un corps d'armée de |)liis de 15,000 hommes, commandé par le général en chef autrichien en personne *. Los sauvages atrocités commises par les troupes

* R(‘latiou du capitaluc Maffii , ap. (iazeffa di VenezUt, du là a\nl. — iiicftrdi di Dffjli Ayifoni. — Autre Relation, par le comte Coinello; ms;

> Rarletzki a^ait, le premier jour, dans Milan, plus de div mille linmines (dix bataillons, ciiM| esradroin, ^ingt-quatre pièces de canon, outre les pièc^ de position de la citadelle^ les hatailluns autrichiens otaieiil de près de mille homhies), et il fut renforcé |iar toutes les garnisons voisines, eu-epté deux bataillons qui furent faits prisonniers h Monza et à Coinp ftar les. insurgés des petites villes et des cauipagnes. (Vovez IVtat ofUciel de rarmée autrichieiuic dans de l,a Fon(e , 1. 1 , p. âr>9.) Lniidifférence (lolitique de» campagnes louitiardes a été fort evagénV : dans la première phase de la guerre nationale , les lûiysans se levèrent (lar tnilliers autour de Milan , de Como , de Mantoue , etc.; ils vinrent très-résolùment au secours'^ Milan et coutrihuèreiit beaucoup à obliger rarmée autrichienne à la retraite en lui coupant les vivres. — Suivant les réi'its italiens, un millier de citovens de tout sexe et de tout ^ge auraient péri dans Milan, et la perte de rennemi aurait atteint quatre mille hommes. Les journées de Milan sont, il faut le dire à rhoiiiieur des Italiens, le plus beau combat , ou plutôt la plus Indle série de comlmts de rues , qu'on ait vu depuis le coiuuiencemeiit de la révQlution fraïujaise ; une |H)pulalioii cinq fois moindre que n'était celle de Paris eu 1S30 délit un corps d'armée sujiéncur aux forces que vainquirent les Parisiens en Juillet. Paris, en effet, n'eut sérieusement affaire qu'à uue dizaiuc de mille hommes de la garde; les quelques ré^ments de ligne présents on Juillet, fort peu sympathiques aux Rourboos, ne prirent qu'une faible part à la lutte.

autrichiennes n'aYaient seni qu’à exalter l'ardeur de l in>urrection saus l’entraîner à des reptcsailles qui eussent souillé son triomphe Radctzki se retirait dans un aiïreux désordre, et les divers corps autrichiens semblaient comme submergés dans les flots d’une mer soulevée. Toute la Lombardie se réunissait autour de Milan^ toute la Vénétie autour de Venise. Le 24 mars, le gouvernement vénitien avait proclamé l’égalité des droits entre la cité et ses anciennes provinces, et annoncé que la constitution de la République vénèle devrait être l'œuvre commune des députés dé tout l’État *. Toutes les provinces, moins Vérone, encore occupée par l'ennemi, répondirent en envoyant leur adhésion ’a Venise. Le 31 mars, un nouveau décret invita les comités provinciaux k élire chacun trois conseillers pour former une consulte auprès du gouvernement vénitien en attendant la réunion de la Constituante. Tommaseo eût voulu davantage pour les provinces : il demandait que leurs délégués fissent partie du gouvernement. Dans un état normal, c'eût été très-juste; mais, dans la crise de la révolution et de la guerre , mettre le pouvoir aux mains d'un comité de vingt-cinq personnes pouvait tout perdre, et Manin n'y consentit pas.

' l^e trop fameux comte Bolia , le chef de la police , objet de si légitimes lutines, ne fut pas même maltraité par ceux qui l’avaient pris. Sur les barbaries autriebieimes , voyez une lettre de M. Cesare Cantb dans la Raccolla di tutli gli alli, etc., 1. 1, p. 475, et l’ouvrage de M. de La Varenne:/es Autrichieiis et iltalie, p. 217-230; IS58; in-12.

’ • 1,’exemple que nous devons donner est , avant tout , celui des réformes socialés et morales , plus importantes même que les réformes politiques , et celui d’une égalité , non pas subversive , mais juste et religieusement observ ée.» (Raecoltn, eü\, t. I , p. 9B.)

LIVRK DEUXIÈME.

Il n'y avait pas lieu de se relâi^her d'une vigoureuse unité ni de s'endormir sur les premiers succès. Un moqicnt, on avait pu espérer que la Lombardo -Vénétie s'affranchirait seule et d'un seul effort, avant tout secours du reste de l'Italie. Dans l'impétueux élan des premiers jours, il avait semblé que les deux grandes places d'armes de l'ex-royaume, Vérone et Mantoue , auraient la même fortune que les autres chés. Lh aussi le peuple s'était levé en masse sous l’étendard aux trois couleurs, et, si les Véronais et les Mantouans eussent trouvé parmi eux, sinon un homme d'Ëtat tel que Manin, du moins des hommes capables de diriger et de soutenir le mouvement , le succès eût été possible à Vérone , malgré la force numérique d'une garnison que paralysaient la peur du vice-roi et l'anarchie dans le commandement. A Mantoue, le succès eût été certain : presque toute la garnison était italienne, ët l'on fût entré b peu près sans coup férir dans la citadelle et dans les forts. Vérone et .Mantoue perdues, Radetzki n’avait plus qu'à s’enfuir sans armée en Tyrol. La perle de Mantoue, même sans Vérone, eût suffi pour changer tout l'ensemble des opérations militaires.

Des hommes bien funestes à leur patrie, k Vérone la municipalité, à Mantoue l'évêque, s’interposèrent, négocièrent, leurrèrent le peujde par de vaines paroles 5 un temps irréparable se perdit; les garnisons menacées se renforcèrent des troupes allemandes et croates qui évacuaient les villes voisines, et Vérone et Mantoue retombèrent sous le joug.

La guerre était donc maintenue dans la Lombardo-Vénétie , l'ennemi conservant des placcs de refuge. Cetté guerre, l’Italie entière, peuples et gouvernements, paraissait s'apprêter k y

DAME!, MAMN.

concourir. La jeunesse de Gênes cl de Turin avait couru aux armes en apprenant rinsurreclion de Milan. Le roi Charles- Albert, après quelques jours d'hésitation, avait compris que riionncur cl l'avenir de sa maison cl de sa couronne étaient perdus s'il n'agissait pas, et il avait pris le grand parti d'ent rer en Lombardie h la tête de son armée : le grand-duc de Toscane, tout prince autrichien qu'il fêt, n’osait refuser d’autoriser par ses proclamations la marche des volontaires toscans vers le Pô; d'autres volontaires partaient de Rome, et les troupes régulières du pape se portaient de Bologne sur Ferrare, sous les ordres du général Duraiido. Naples répondait k l'appel : le roi Ferdinand, ou plutôt le ministère libéral (]uc les circonstances l'avaient obligé de subir, promettait le concours de toutes ses forces de .terre et de mer. Enfin, comme pour ré|iondrc aux voix qui commençaient k demander une constituante italienue supérieure k tous les gouvernements locaux, le parti national imposait partout k ces gouvernements l'unité du drapeau, l'étendard tricolore de la Révolution italienne.

L'Italie devait-elle tenter de se suffire k elle-même? L’opinion de .Manin, nous l'avons vu, était parfaitement arrêtée d'avance sur ce point capital. Manin n'admettait pas qu'on décidât une question de vie et de mort par des motifs d’orgueil national et de poûil d'bonneur exagéré ; il ne s’agissait jilus, pour l'Ralie, armée et vaillamment engagée dans sa propre cause, de se laisser disputer, comme un corps mort, aiusi qu'en 1796, entre la France et l'Autriche, et il n’y avait point k craindre que la France intervint autrement qu'en auxiliaire. Manin savait bien que ce n’était pas au deik des

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LIVBK DKCXIÈMK. 75

Alpes qu’elle souhaitait d'exercer des revcudicalions de territoire; il ne craignait donc point les conséquences de l’intervention française, et il jugeait les intérêts de la République française et ceux de la Révolution italienne trop étroitement liés pour supposer que cette intervention pût être refusée. Dès le 23 mars , le vice-consul français avait déclaré au gouvernement vénitien qu’il ne doutait pas d'être immédiatement autorisé par le Gouvernement provisoire de France ’a reconnaître la nouvelle République. Le 28, Manin, comme président du Gouvernement provisoire vénitien et ministre des affaires étrangères, notifia la reconstitution de la République vénète aux cabinets italiens et aux cabinets de Paris et de Londres. Dans sa lettre au gouvernement français, il remerciait d’avance la France d’un appui « qui donne beaucoup à espérer, rien b craindre; les secours venant d’un pays dont Lamartine est ministre ne sauraient être dangereux'. » Deux jours après

' RaccoUa, etc., 1. I, p. La lettre au tniiiistre des affaires élraiigi‘res d'Aiigloterro était trè»-l>elle Pt (rés-habile; jamais homme n"a su mieux approprier son langage au caractère des hommes et des |>euple8 avec lesquels il traitait.

Gouvemment provisoire de Venue au vicomte Palmerston.

« Vcnjfttf, 28 man.

« Ah fiUnUtre des a//aires étrangères du royaume britannique.

»» Les provinces de Tancien État vénitien , en prenant le nom de République , ont cru obéir à leur passé et à la nécessité des choses, l.'ne nation telle tjue la nation anglaise, dtei laquelle le respect des traditions est une esi>èce de dogme social , doit sentir ce qu'il y avait de sacré pour ces provinces dans leurs anciens souveuirs.... l*n gouvernemeot constitutionnel, dans ce pays et dans IVtat actuel des esprits, u’aurait été qu'une transition incommode, dangereuse , et la cause de révolutions |)eut-étre suivies d'un despotisme pire que

(30 mars), Manin écrivit une seconde lettre au ministre des affaires étrangères de France, ii M. de Lamartine :

« Par une circulaire adressée k vos agents diplomatiques « (4 mars), vous avez déclaré que les traités de 1815 avaient » cessé d’exister en droit, et que les circonscriptions territo- » riales de ces mêmes traités n’éiaient plus admises ifu’à titre de » fait. Aujourd'hui, par rapport au territoire vénète, ce fait » n’existe plus! L'heure de la reconstruction a sonné, pour la naît tionalité opprimée des Italiens, dans les décrets de la Provi- » dence »

Tommaseo, membre du gouvernement vénitien et ami personnel de M. de Lamartine, avait joint k la dépêche de Manin une lettre où il demandait au ministre français un envoi immédiat de fusils et la cession d'un navire de guerre *. Deux agents vénitiens partirent immédiatement pour aller négocier cette affaire k Paris.

Tommaseo réçut de M. de Lamartine une réponse privée,

leu piwi'tlent». Nous avons cru que le seul moyen de rester indépendants, c’était d’être libres ; mais le même sentiment qui nous conseillait une telle résolution nous impose le respect de tout gouvernement établi. Nous ne doutons point des sentiments de cette grande nation où le sentiment de liberté est un instinct , et qui. par la grandeur de ses vues et la persévérance de ses volontés , rappelle plus que toute autre tes succès et les gloires de Rome ancienne. Le drapeau vénitien, en rencontrant sur les mers le drapeau britannique, recevra toujours, nous l’espérons, un salut amical.

s Pour le Gouvernement provisoire de la République vénitienne,

<• Le président :

Signé : Mam.v. k

' Allusion à une phrase de la circulaire de M. de Lamartine sur l’intervention éeenluelle de la France en faveur des nationalités opprimées.

V Documents inédits.

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