‹ Daniel ManinChapitre 39 sur 185 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Pour le malheur de l'Italie, pour le malheur de la France, l'appel ne vint pas!

Une agitation étendue et bruyante s’était propagée en Italie contre le recours h la France: beaucoup d’esprits en étaient venus à méconnaître la dilTérence radicale qui sépare le coupable appel b l’étranger dans les luttes civiles, de l’appel tout naturel aux amis du dehors contre une tyrannie étrangère. Dans ce grand réveil des nationalités op))rimées qui éclata en 1848, a force de sentir leur individualité, elles sentirent peu , tout d'abord , leur solidarité nécessaire et se heurtèrent isolément b leur ennemi commun, le régime de 1815, ou même s’entre-heurtèrent b son profit, et ce fut la principale cause de leurs revers. Pour ne parler que de l'Italie, il y eut dans l’opposition b l’assistance étrangère un mélange de sentiments généreux et irréfléchis chez un grand nombre , d’antipathie systématique chez quelques-uns , de rancunes trop fondées b certains égards sur nos anciens torts, d’appréhensions beaucoup moins fondées, enfin d’intérêts et de passions politiques chez ceux qui redoutaient l’esprit républicain et les sectes françaises, tout en haïssant l’Autrichien.

Cette dernière situation morale était surtout celle d’un homme qui allait jouer le principal rôle dans la guerre d'Italie, d’un homme qui a été et a dû être bien diversement jugé, l'infortuné, roi de Sardaigne. Ce n’est pas nons qui troublerons sa mémoire par des paroles amères! Il est mort pour sa patrie! Le dévouement de ses derniers jours a noblement

rpjette pas , tant a'en faut , l’alliance françaiae , maia dit que trente mille homniea aulBront , et alors , c'était vrai. (O'ul. dei révolutkmt et det guerrtt (fllalie, par le général Pepe , p. ii.)

expié les erreurs de sa vie, et sa dernière consolation a dû être d'entrevoir, avec le regard prophétique des mourants, l'avenir meilleur dont les germes , fécondés par ses mallieors mêmes, devaient croître sur sa tombe. Comme nous le disait, devant le ])ortrait de Charles-Albert, le grand exilé de Venise, qui pourrait garder un ressentiment et se défendre d'une émotion douloureuse k l’aspect de cette figure sillonnée de tant d'angoisses, agitée de tant de troubles et de poignantes incertitudes, tourmentée et comme déchirée entre tant d'impulsions contraires? Compromis, au début de la vie, par une faute et par un malheur qui lui ont valu la double haine de l'Autriche et de la Révolution, dominé par le parti jésuitique qui abuse de sa dévotion rigide, qui le lie au dehors k toutes les causes rétrogrades , qui le pousse k des rigueurs cruelles, mêlées de secrets remords, envers les amis, les complices des généreux de. seins de sa jeunesse-, et, pourtant, gardant toujours au fond de l'àme le courage et les ambitions traditionnelles de sa mai«on , associés k une passion sincère pour la patrie italienne , k une aversion profonde pour le dominateur tudesque , il s'était vu tout k coup entraîné, par le cours impétueux des événements, des bras des jésuites et des absolutistes dans ceux des patriotes et des libéraux, et porté k la tête d’une guerre de révolution, avec l’Autriche en face et la République française et le socialisme en arrière. Qu'on juge du chaos où se débattait, entre tous les éléments du passé et de l'avenir, cette âme indécise, qui ne sut se trouver résolue que devant les canons ennemis! C'est Ik le secret de tant de paroles et d'actions contradictoires qui lui ont été imputées k perfidie , avant que l'auréole du sacrifice et de la mort eût tout couvert.

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