LIVRE DEUXIÈME
Une déplorable et inévitable défiance réciproque le séparait donc des républicains de France et d'Italie : les républicains français étaient persuadés qu'il n'attaquait rAutricbe que ])our s'approprier Milan, alfrancbi sans lui, et traiter ensuite aux dépens de Venise et se retourner contre nous. Lui , de son côté , croyait que, si les Français descendaient, ce serait pour lui passer sur le corps et renverser son royaume. Dans le cas le plus favorable, il était convaincu, non sans raison, que la France n'admettrait pas qu'il pût devenir roi de la hante Italie en restant duc de Savoie , et il n'était ni assez ferme politique ni assez exclusivement Italien pour sacrifier le vieil héritage aux destinées nouvelles. 11 débuta par protester diplomatiquement auprès de notre Gouvernement provisoire, avec une persistance opiniâtre , non-seulement contre l'intervention de la France, mais contre la formation d’un simple corps d'observation sur la frontière française, corps qui lui était présenté comme la réserve éventuelle de l'Italie, et, dans la proclamation où il annonçait l'entrée de son armée en Lombardie, il lança ces mots devenus trop fameux : « Dieu a mis l'Italie en état de se suffire à elle-même »
Bien loin de demander les conseils , les encouragements et l'appui, même éventuel , de la France, il ne notifia pas même son entreprise au Gouvernement provisoire , qu'il n'avait pas reconnu officiellement. La correspondance du marquis l’areto, ministre des affaires étrangères de Sardaigne, avec l’ambassadeur piémontais à Paris, marquis de Brignole, et ses conversations avec l'ambassadeur anglais 'a Turin, sir IL Âber-
‘ Fore da sè (iz mars).
cromby , dtaient remplies des témoignages de ces craintes et de ces défiances \is-Ji-vi8 de la France La conduite amicale du Gouvernement français, lors de l’échauffourée de Savoie (commencement d'avril), ne changea rien k ces dispositions.
Le H avril, M. de Lamartine écrivait ceci ii M. Bixio, ambassadeur de France à Turin : « Les événements d'Italie » nous inquiètent asser pour nous faire penser k l'évenlualité » de la descente d'un corps d'obsenation en Piémont, avec le » consentement préalable du gouvernement sarde, on meme » en devançant au betoin ce conunlement. Tâchez de savoir par » voie indirecte si, dans le cas de la marche d'un corps d'armée » français par la Savoie, les forts qui se trouvent sur la route » de la Maurienne feraient feu sur nous. »
M. Bixio répondit, le 15 avril, que l'intervention de la France, sans que son concours fût réclamé, serait regardée par tous les partis comme un acte de déloyauté. Les commandants des forts se défendraient avec énergie. L’intervention ferait en ce moment sur l'Italie l'elTct qu'a pro«luit sur l'Espagne la surprise de 1808. Le 20 avril, il insistait de nouveau ; « Le caractère essentiel du mouvement qui agite l'Italie et qui la distingue profondément de tous les mouvements antérieurs, c'est qu'il est avant tout italien. » Et il se résumait, dans toutes sés dépêches, en disant : « Ne devancez pas l'appel : attendez-le ; il viendra ! »
Charles-Albert était donc entièrement contraire k l'appel aux Français, comme Venise y était entièrement favorable;
' Voir les d^pAclirs de sir R. Abrrrroiiib>' à lord Palmcrsten, des 30 mars et 14 avril , ap. Correupondencr rrsprcling Hie a//airt of Italg, part. II, p. 27R, 353.