‹ Daniel ManinChapitre 41 sur 185 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

celle sa^e population, la seule de l'Italie qui eütt un terrible et trop légitime grief contre la France nouvelle, était précisément la seule qui se fût mise au-dessus de toute prévention antifrançaise, comme de toute présomption italienne. La question dépendait de la Lombardie. Si elle appelait les Français et s’unissait a la Vénétie, notre Gouvernement provisoire répondait à l'appel, et Charlcs-.\lbert était obligé d'opter entre l'alliance de la France et celle de r.4utriclic.

Milan était divise : les hommes de tête et de main, parmi les chefs (le la bourgeoisie et des artisans , les Cattaneo , les Cernnsclii, etc., dont riiérolsmc avait accompli la révolution préparée parles luttes légales de l'aristocratie, voidaient l'alliance française et la République lombardo-vénitienne ^ l’aristocratie voulait l'union de la Lombardie h la monarchie constitutionnelle du Piémont, et repoussait les Français parce que Charles- Albert les repoussait '. C'étaient l'a deux partis sérieux ; entre les deux, il n’y avait point de place pour un troisième^ ce troisième, pourtant, apparut: ce fut le parti des républicains qui ne voulaient ni de Charles-Albert ni des Français! et ce

• Sa première penaée n'aTait pas ètè de les repousser. Le a? mars, le Gou- Ternement provisoire lombard écrivait au Gouvernement provisoire français dans les termes suivants : « Nous avons cru pouvoir adresser au Gouvernement de la République française l'expression de notre respect et de notre sympathie.... C'est à ce Gouvcrneincot , qui a déclaré si solennellemeiit de vouloir venir en aide à toutes les nationalités opprimées et d’en hâter la délivrance , c'est au Ciouveniement de la nation la plus brave et la plus généreuse du monde, de trouver le moyen de nous aider dans nos eircoiistances si difficiles. Vire la République française ! vire l'Italie iiuiépendante !

> Signé ; Cas.vti, Bordosko, etc. ■>

Charles-Albert se hâta d’obliger le Gouvernement lombard à désavouer sa lettre , sous prétexte de l’expliquer.

parti de rini|>ossible eut malheureusement h se couvrir d'un . nom alors en possession d’une grande autorité, du nom d’un homme qui avait conquis une vaste influence dans tontes les parties de l'Italie par ses écrits éloquents, par ses menées infatigables, par cet esprit absolu de nationalité qui, en réagissant avec une extrême énergie contre les vieilles habitudes d’égoïsme local, de *éparatisine, faisait de lui intentionnellement le représentant de l’Italie entière , et non de telle ou telle province. Jaloux de la Révolution française et rêvant, dans sou patriotique orgueil, non-seulement la délivrance, mais la primauté morale et politique de celte Italie qui avait déjà deux fois dominé le monde, Mazzini répétait le Fora éa tè arec [dus de pa'sion que Charles-Albert lui-même; entre ses ^randeSjÜKa!lés, il a eu rarement celle de distinguer la réalité du rdrel

Celte division paralysa l'opinion républicaine en Lombardie ; l'appel n’eut pas lieu ; Cattanm et Cernuschi donnèrent leur démission dès le 31 mars; et Manin, ne roulant heurter ni la Lombardie ni le prince qui marchait en ce moment cmitre l’ennemi commun, dut limiter, comme nous Tarons ru, MS demandes de concours à la France, sans jamais en abandonner le principe.

Dans cette situation, que restait-il à faire à la France? Elle ne pouvait franchir les .\lpes malgré le Piémont et la Lombardie. Elle devait, telle est du moins notre profonde conviction, reconnaître immédiatement la République rénète, comme réparation de Campo-Formio et comme négation en fait des traités de 18lo, niés en droit dans le manifeste de M. de Lamartine.

Il n'en fut rien. La République française, qui eût tout fait si

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