LIVRE DEUXIÈME
riulie eo masse lui eûl tout demandé, ne fit pas ce peu que lui demandait une portion de Tltalie. Faut-il donc admettre qu'il y eût dès lors quelque part, dans le Gouvernement fran- . çais, une pensée défavorable 'a Venise, une pensée de transaction avec l'Autriche aux dépens de l'indépendance vénitienne ? — Nous pouvons affirmer que jamais cette pen.sée n’a été, nous ne dirons pas discutée, mais indiquée par personne dans les débats du Gouvernement provisoire. Toutes ses délibérations relatives h l'Italie ne respirent que le désir ummmu de passer les Alpes*. Maintenant, tous voulaient-ils les passer dans le même but, dans le but de l'afl'ranchissement complet de rilalie?
Pour la majorité du Gouvernement provisoire, il semble que ce soit précisément parce qu’elle veut traiter avec l’Italie en corps contre l’Autriclie, parce qu’elle veut forcer en quelque sorte l'appel formel et général aux armes françaises, qu'elle n’écoute pas le demi-appel de Venise cl qu’elle n’oblige pas le ministère des affaires étrangères b reconnaître la République vénète. Si Venise eût réclamé une inteneiition armée immédiate, cette interveution eût été accordée de grand coeur par la majorité du Gouvernement provisoire -, mais nous croyons que, dans ce cas, le miuistre des affaires étrangères n’eût cédé que malgré lui b la majorité.
Le peu que demandait Venise et qu’elle n’eut |K>int, parmi les grands chocs et les grandes choses qu’on rêvait, on n'en sentit poiut alors la conséquence. Ce peu était beaucoup en
* Cet que nous avançons ici sera ooniplétciuoot mis eu lumière par rimpor* taule publication que prépare M. -Isaniier-Pagès sur les évéœuieoU de la preluière moitié de l'année 184é.
droit, et, en fait, ce premier acte eût commencé d'engager la France. La recomiaissancc de la Itépublique vénète par la Suisse cl les EtaLs-lInis n’était que la constatation d’un fait; par la France, c’eût été davantage : une promesse. Et ce qu'il fallait, c’était d’engager la France ii tout prix.
C'était |>récisément ce que tâchait d’éviter le ministre des affaires étrangères , non par faiblesse , car le courage d’esprit n’était pas moindre chez lui que le courage de tempérament, mais par système. Passer les Aliæs , il le voulait plus fortement que personne; mais ce n’etait lu |)our lui qu’un moyen d’imposer la paix cl d'en dicter les conditions. Couvrir Venise contre l’Autriche, c’eût été la guerre ii fond. .M. de Lamartine ne voulait pas la vraie guerre, la guerre de nationalité ' ; M. de Lamartine n’avait pas dans le principe de nationalité cette foi absolue et sans transaction qui est , â nos yeux , l'àme de la Révolution : représentant avec splendeur les idées de liberté , d'humanité , de modération dans le gouvernement intérieur, il ne représentait pas avec inflexibilité au dehors le droit nouveau, le droit des Natioru contre les Étatt. De ce monde du passé qu’il avait renoncé pouf apporter h la République son grand nom ct'son génie, il n’avait pas tout quitté.
Ce fut un très-grand malheur que la dissidence intime qui existait â cet égard entre ses collègues et lui ne se soit pas
* Nous parlons diaprés lo témoignage de M. de I.aTnartinc lui-inéme dans le Conseiller du Peuple, dans VHistoire de la Révolution de lsi8. dans la discussion soutenue par .MM. de l.auiartiue et Bastide, en iSjK , eoiitre MM. de Cavour et de La .Mannora. Nous devons dire que M. Garnier-Pagés , dans son ouvrage inédit , n'admet pas que M. de I.amartine ait eu cette politique durant les premiers temps de la Révolution de Février. I.e public sera bientôt à même , nous l'esp<‘rons, de confronter notre travail avec celui de M. r.amier-Pagés.