LIVRE DEUXIÈME
» Nos ennemis se sont montrés làclies et cruels; mais la » déloyauté et la cruauté n'ont jamais porté bonlienr b aucun » peuple; la Répiihliqiic a garanti les propriétés privées; le » bâtiment du Lloyd en est une ; s’en emparer serait donc un » acte de piraterie. N'amoindrissons pas le renom si bien B mérite de la foi et de l'hospitalité vénitienne : opposez-vons » éneritiquemeut, au contraire, à tout acte qui frapperait le » commerce , l’ame et la vie de Vqnise. Toute autre conduite » serait digne de r.\utriche; laissoits cela aux Metlernichl » Quant k moi, Manin, je n'y consentirai jamais, dùt-il m'en » coûter la vie I »
I^e peuple se retira en criant : Vive Maitin! Vive la Répuhtiiiue! et, le lendemain, une proclamation, signée de Manin et de Tommaseo, rappela aux Vénitiens, dans le plus simple et le plus noble langage, que les citoyens avaient d’antres moyens de communiquer leurs désirs et leurs conseils au gouvernement que les clameurs de la place publique. « Nous » n'avons pas assume les soucis, les labeurs, l'effrayante res- » |M)nsabilité du gouvernement, pour perdre la dignité que » nous avons conservée dans notre vie privée et dans des » temps difficiles. — Citoyens, enlevez-nous d'un seul coup a votre confiance; ou bien, dans ceux qui vous gouvernent, a respectez-vous vous-mêmes! a
Tels étaient les ressorts par lesquels cet homme dirigea son peuple, qu'il no flatta jamais et ne trompa jamais. Et ce peuple, jiisqu'k la fin, se munira digne et capable d'être dirigé ainsi '.
* Relation nianuterite écrite le Jour même par Geriin , secrétaire de Manin.
— Dépêche du consul anglais Da«kins, du 31 mars; ap. A. de La Forge, t. II, ^
DANIEL SIANIN.
La guerre , cependant , absorbait toutes les pensées. Venise et la terre ferme témoignaient une égale ardeur : des bandes de volontaires avaient quitté la ville dès la fln de mars pour marcher sur Vérone, ce point décisif de la lutte, où Ion comptait trouver déjà les Piémonlais. Un second départ eut lieu le 7 avril , dans des formes solennelles où la tradition du moyen âge se mêlait à l'esprit nouveau : le patriarche bénit les croUét de Saint -Marc et de la liberté, qui marchaient avec des prêtres dans leurs rangs, et une bannière à l'image de la croix en tête de leur colonne. Quant à Manin, il acceptait et favorisait ces réminiscences d'un passé lointain, avec les sentiments non point d'un chef de croisade, mais d’un politique grec ou romain vis-à-vis des traditions topiques de sa patrie , et Saint-Marc était pour lui le populaire symbole de sa Venise.
Le peuple s'enivrait de tout ce mouvement , de tout cet enthousiasme; mais Manin ne s'en exagérait pas le résultat. Fort pour la résistance dans ses lagunes, il sentait l'impuissance de sa République pour la guerre de campagne, si, avant d'avoir pu rien organiser, rien créer en grand, l'on était obligé de défendre immédiatement les provinces^ avec quelques corps francs, contre une nouvelle armée autrichienne. Le sort, non de Venise, mais de la Vénétie, dépendait donc des secours qu'apporteraient les forces régulières des autres États italiens, mais, avant tout, des premières opérations de Charles-Albert. Quand Manin sut que Radelzki, après avoir d'abord reculé d'étape en étape avec ses troupes dénaora-
p. 313. — (iaielfe (i'AuQsbourg du 8 avril 184s; p. 35. — HaccoUa,