LIVRE DEUXIÈME
du 14 mars, il y avait deux gouvernements à Rome) mandèrent U Durando de se mettre à la dis|K)8ilion de Charles-Albert, chef de la guerre. Charies-Albcrt prescrivit a Durando de venir appuyer ses opérations sur l’Adigc.
C’clait l'abandon de la Vénétie ; Manin , dans une lettre très-remarquable 'a Durando (18 avril), après avoir fait valoir énergiquement les raisons morales qui protestent contre cet abandon, en prédit avec sagacité les conséquences militaires; c’est que, la ligne de l’Isonzo n’étant pas défendue, le général Nagent laissera de côté, sans l'assiéger, la forte place de Palma-Nuova et ira « concentrer scs mouvements avec ce qui » reste de forces autrichiennes dans Mantoue, Peschiera et 1 ) Vérone. C’est évidemmentle plan des Autrichiens, et, comme » c’est le seul qui puisse les tirer d’atfaire, ils sauront vaincre » leur lenteur habituelle pour le mettre le plus vite possible « ’a exécution ‘. »
Empêcher la réussite de ce plan , empêcher la jonction de Nugent avec Radetzki, était en effet « la grande question » de la camiiagne , « comme le reconnut le général piémontais la Marmora, dans une lettre écrite de Venise au général romain Ferrari, pour le presser de marcher tout droit sur le Frioul avec un second corps romain formé î» Bologne (21 avril). Ferrari ne pouvait suflire a la défense de la Vénétie, et le gouvernement vénitien se décida à envoyer un de ses membres, le ministre Paleocapa, au quartier général de Charles-Albert, afin d’obtenir qu’il concourût sérieusement à arrêter la marche de Nugent (21 avril).
' Documrnts manuscrits.
La nature «les instructions dictées Paleocapa indiquait que la «ineslion militaire se compliquait d’une question politique, et que le gouvernement vénitien soupçonnait une arrièrepensée dans le délaissement de la Vénétie, qu’on voulait, crojait'il , obliger à se donner k Charles-Albert avant de la secourir. .« Si le roi ou ses ministres demandent si nous sommes M dis|K)sés 'a renoncer k la forme républicaine , que devrai-je » ré|M)iulre? — Que nous accepterons la forme «le gomerw'- » ment que la nation déridera. — Si le roi demamlc si nous » sommes décidés a n«>us constituer en un seul État avec la » Lombardie, que dirai-je.^ — Si l’Assemblée constituante 9 décide que cette union doit avoir lien , nous l’accepterons. 9 — Si le roi faisait sentir l’intention de former un seul État 9 de l'Italie septentrionale avec Milan pour capitale? — Nous 9 sommes aux ordres de l’Assemblée constituante. — Dans le » cas ou le roi insisterait sur le désir déjk manifesté pardui 9 que les provinces lombardes et vénètes fussent représenti'es » par une seule Assemblée? — La première proposition du 9 gouvernement k l’Assemblée vénète aura pour but de lui 9 demander si elle entend se fondre avec l'Assemblée lom- 9 banle 9
On voit quelle position prenait le gouvernement vénète, en présence du problème que se lisaient tous lés esprits : il gardait une résene légitime, mais ne repoussait nullement la solution unitaire que le voeu national pouvait lui im]K>ser. Noos reviendrons sur ce problème capital de la fusion avec le Piémont et sur les sentiments de Manin k cet égard.
' A. de La Forge, t. n, p. 71.
LiyRE DEUXIÈME. I0«
I.e rcsiiltat (le la mission de Palcocapa fut que Charles- Albert consentit h laisser Durando se porter enfin, avec tous les auxiliaires romains, dans les provinces v(^ucles (2A avril). Les marches et contre-marches de Durando avaient fait perdre un temps irréparable. Le généial autrichien Nugent, suivant exactement le plan deviné par Mauin, avait franchi l’Isonzo, masqué Palma-Niio^’a et enlevé, dc-s le 22 avril, la capitale du Frioul, Udine : il passa le Tagliamento et atteignit la Piave le 30. Ce fut seulement sur cette rivière , c’est-i-dirc au cœur de la Vénétie, que Durando, avec les Romains, et la Marmora, avec les croité* vénètes, purent commencer de disputer le terrain k l’ennemi.
Pendant ce tcmi>s, un événement d’une portée immense avait lieu k Rome. Le jiajie , qui avait paru d’abord s’associer k l'élan national , eu bénissant , du haut du Quirinal , les bannières des troupes pontificales et des corps francs parlant pour la guerre de l’indépendance (23 mars), s’était, depuis, abstenu de tout acte qui pût l’engager davantage de sa personne dans cette voie et n’avait voulu signer aucun ordre , aucunes instructions relatives k la guerre. Les troupes romaines , au moment où elles entraient en ligne contre l’ennemi , se trouvaient véritablement hors du droit desgens, puisque aucun acte officiel n’avait signifié dp rupture entre leur gouvernement et l’Autriche. D(‘jk l’on annonçait que les .\utrichicns avaient pendu un prisonnier romain. Ixs ministres du pape demandèrent énergiquement k Pie IX une déclaration de guerre ; les cardinaux allemands, de leur côté, signifièrent au pape que cette déclaration entraînerait leur séparation immédiate d'avec le saint-sic^e^ taudis qu'une déclaration contraire pourrait valoir
U l'Kglisc romaine la restitution de tous les privilèges que lui avait enlevi'-s Joseph H (23 avril)
Pie IX se décida, et, sans s’ être consulte avec personne, ]>rononça , dans le consistoire du 29 avril , la fameuse encyclique où il invitait les Allemands ù ne pas lui en vouloir de ce qu'il lui avait été impossible d’arrêter l’ardeur de ceux de ses sujets tem|)orcls qui , partageant la haine de tous les autres Italiens ])our la nation allemande, avaient voulu coopérer ù la cause commune... « Comme ]dusicurs aujourd’hui deman- » dent que, nous réunissant aux j^'iiplcs et aux autres princes » italiens, nous déclarions la guerte à l’.Autriche, nous avons » cru qu’il était de notre devoir de protester formellement et Il hautement contre une telle résolution, entièrement contraire Il à nos pensées; attendu que, malgré notre indignité, nous Il tenons sur la teiTC la place de Celui qui est l’auteur île la Il |iaix... et que... nous embrassons tous les pays, tous les Il jxniples... dans un égal sentiment de paternel amour »
Ainsi s’évanouit sans retour le rêve qui avait passionné l’Italie et étoiuié la catholicité , le rêve d’un roi-jiontifc personinOant la nationalité italienne; ainsi éclata riucompatiliilité alisoluc entre les devoirs du chef d’une religion cosmojiolite et lis devoirs du chef {lolitiipic d’une nation ou d’une fraction de nation. Aux premiers pas qUe faisait l'Italie vers ralTranrhi.ss4'ment |>ar les armes, son guide rahandonnait et pi-otestait
• renier, ij Edmuail Flngj, etc.; New-York, 185J. Celte publicalion fl'un ancien conul des Ëlatsdinis à Venise, aujourd'hui 8oas-secrii|aire d'État en AliiCrM|ur et auteur d'un vaste travail sur la statistique des Ëtals-Ciiis, est un des meilleurs ouvrages qu'on ait Cerits sur l'ilalic eontenqioraicc. L'Autriclie a tenu l'arole , contre sa routume , i<ar le Concordai de I8SS.