‹ Daniel ManinChapitre 48 sur 185 · LIVRE DEUXIËUE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIËUE

plus satisfait que ses agcuts k I*aris avaient commencé de lui inspirer des im|uiétudes sur les dispositions du gouvernement français.

Six jours apn'% la frégate française, l’escadre napolitaine parut en vue du Lido (lü mai). L’escadre autrichienne s’était retirée devant elle. L’escadre sarde ne pouvait tarder. On annonçait la prochaine arrivée de (|uatorze mille hommes de l’armée de terre napolitaine, qui, déjk précédés par des volontaires, s’avançaient par la Romagne, et que devait suivre un second corps de vingt-quatre mille liomnH'S. Ces bonnes nouvelles balancèrent l’cfTet des fâcheux événements de la Terre Ferme. Les deux corps des troupes et des volontaires romains, formant eu tout, avec les eroûét vénètes, une armée d’opératioad'une vingtaine de mille hommes ' , et commandés par deux cJiefs qui ne s’entendaient pas, le circonspect Durando et l’ardent Ferrari, retardaient, mais n'arrétaient point elliçacemenl la marche du général Nugent, qui les poussait avec des forces un peu inférieures en nombre, mais fort supt'ricures (ur l’organisation ’. Du 8 au 9 mai, Ferrari, avec une fraction des volontaires et des troupes romaines, lutta très-vigoureusement, a Corn uda , contre une partie de l’armée de Nugent : l’cniiemi se renforça-, Ferrari ne sut pas concentrer son corps trop espacé et ne fut pas secouru par Durando , qui avait , de son côté, divers points 'a garder^ il dut enfin céder le terrain; le dé:ordrc se. mit parmi ses gens, dans la retraite; les coramen-

' Lc 8 RoiiiainR n'avaiciit jaiiiai.s compté en tout quinze mille hommes, et se trouvaient réduits par divers défachements.

> 1.^ trois quarts , au moins , de Farmée romaao-vénète étaient sans aucune expérience des armes.

tairos qu'on faisait sur la tro|> fameuse eneyciiqiie du 29 avril démoralisaient ses Romains^ il fut obligé de se replier surTrévise, puis sur Mestre, en laissant Trévise gardée.

Diirando , avec son corps et les croités vénitiens , s’était i étiré sur la Ureiita , |>our tâelier de fermer k rennemi la route de Vicence et de Vérone. Nugent fit une faus.st! atta()ue sur Trévise. .Aux cris des (xipulations, Durando abandonna sa position pour retourner au secours de Trévise, (pii .s»‘ défendait tri“sbien. Nugent lâcha Trévise, passa la Brenta et marcha droit à Vicence. Durando suivit le mouvement de rennemi.. Dans la nuit du 20 au 21 mai, le gouvernement vénitien fut informé (juc Vicence avait été attaqiuMi la veille par l’avant-garde de Nugent : un bataillon de garde nationale romaine, la garde civique de Vicence et ipielques volontaires vénètes et lombards avaient défendu vaillamment, contre cinq à six mille ennemis, cette plaec tout ouverte; mais il fallait s’attendre ’a ce (|ue l'attaque fût renouvelée par des forces plus considérables. Le 21 , a 0 heures du matin, Manin et Tommaséo ]mrtirent pour Vicence, par le chemin de fer, avec le général Antonini, commandant de Venise ' , et un renfort d’un millier d’bomnn's. Le combat recommença dans l’après-midi. L’avocat et l’homme de lettres qui gouvernaient Venise montrèrent qu'ils craignaient peu la mitraille autrichienne, la: courage de Manin, qui, dans mainte occasion, slupi'dia les plus intrépides, était d’une nature tonte particulière; c’était une indifférence absolue pour le danger et pour la mort : il lui fallait un grand elfort

‘ RCteinmnit arrivé de Paris avec Une troupe de réfugiés organisés eu li^iou.

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d’imagiiialion pour comprendre ce que c'est que rinstiiicl naturel de la peur.

La canonnade et la fusillade durèrent jusqu'à la nuit : le renfort amené de Venise eut li's honneurs de la journée; le lii-av(! général .Vntonini eut le bras droit emporté par un Imulel; mais Duraudo était arrivé à son tour, à marche forcée, avec quatre mille hommes de troupes régulières ' ; les Autrichiens battirent en retraite, et Manin et Tomraaseo retournèrent à Venise' le letulemaiii 2:2 , au point du jour.

Viccnce , Trévise , les provinces voisines de Venise semblaient sauvées pour le moment; mais l'ennemi n'en atteignit pas moins son principal but, la jonction de Nugent avec Radetzki. Durando ne se trouva point assez fort pour livrer itataille eu rase campagne à A'ugent et pour l'emieêcher de tourner Viccnce et de gagiK'r Vérone. Le péril n'était iK>int encore passé pour Vicence. Radetzki , furieux que son lieutenant se fût laissé re|)ousser de cette place , fit retourner immédiatement sur ses j»as le corps de Nugeiit, avec un renfort, un autre général, La Tour-ct- Taxis, et l'ordre d'emporterà tout prix Vicence, qui lui importait Iteaucoup à cause de sa position entre les routes du Frioul ctdii Tyrol. Dans la nuit du 23 au 2i mai , Vicence fut assaillie pour la troisième fois; mais les assiégés, animés par leurs premiers avantages et bien dirigés par Durando, déployèrent dans la défense une énergie contre laquelh? se brisa la violence de l'attaque : quarante-deux luHiches à feu canonnèrent et Iwm- Itardèrent inutilement la ville , depuis minuit jiis<|u'au h'iidcmain treis lieuri's de l'après-midi, et li's seize mille soldats

* La plui art étaient dos Suit^sos au service du rapo.

<le I-a Tour-ct-Taxis iw forcèrent pas les faibles barrières de Viccncc. Le corps de Nugenl se relira de nouveau, le 24 au soir, vers le camp de RadeUki

L'espérance cl un légitime oi^eil gonflaient les cœurs k Venise. Le gouvcmemcnl avait augmente ses armements et décrété un impôt de dix millions de livres (buit millions et demi de francs), k répartir entre les provinces non occupées par l'étranger, sous forme d’emprunt forcé, garanti |)ar celles des actions de la compagnie du chemin de fer de Venise k .Milan , qui étaient devenues propriété nationale (15 mai).

La population allait au-devant des sacrifices léclamés par le gouvernement. Tandis que le pape luttait contre son peuple |)Our sortir de la voie où il avait lui-même engagé l'Italie, de pauvres moines, ses sujets, continuaient k prêcher avec une éloquence enflammée la croisade de la nationalité, et les bamabites Ugo Rassi et Gavazzi, aumôniers des volontaires romains, étaient, k Venise , les plus utiles et k>s plus dévoués auxiliaires de Maniu. Une seule de leurs prédications avait valu k la caisse de la guerre plus de vingt mille francs en argent et une somme bien su(>érieure en ai^enlerie, en |>rovi8ions, en armes, en vêtements. Les femmes du peuple donnaient leurs boucles d'oreilles, leurs jaserons (chaînes d’ork la vénitienne) , jusqu’aux grandes épingles d'argent dont elles attacbenl leurs longs clieveux noirs. De pauvrt's gens apportèrent jusqu’k leurs matelas, pour les donner aux soldats. Les condamnés mêmes envoyèrent une oflrande k la patrie ’. Cliacun faisait selon ses ressources : Manûi

■ Riifcnlla, t. II, p. 67-119, passiin.

> manusrrüos de Maiiin.

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