LIVRE nEUXIËUE. 4tl
de Milan, « Quand il n’y aura plus un Autnrhicn sur le sol de l’Italie (30 avril). »
I.onI Palmerslon était déjà prévenu de cette réjwnse; avant même ces pourjarlers à Turin, le 19 avril, M. de Ilartif;, au lieu d’offrir des conditions île |»aix, avait publié tout simplement une proclamation aux peuples lomliardo-vénètes pour les inviter à rentrer sous l’obéis-sance de leur légitime souverain-, loni Palmerston, averti de l’étrange procédé des Autrichiens, écrit à lord Ponsonby, le 3 mai, que, dans de telles circonstances, le refus d’armistice fait |»ar le roi do Sardaigne est bien fondé.
Le mémo jour (3 mai), lord Normanby écrit à lonl Palmerston qu’il vient de voir M. de Lamartine : « J’ai fait allusion >* à la question de l’intervention française en Italie. Je lui ai » demandé s’il n'était pas vrai que le comte de Fiquelmont lui Il eût communiqué, |iar l’intermédiaire du comte d’Appony, U sou intention d'entrer en négociation quant 'a la I.ombardie. » M. de Lamartine en convint , et m’expliijua comment cette » communication lui avait été faite*. »
l.a veille (2 mai), l’envoyé vénitien Zanardini était sorti consterné d’une conversation avec M. de I.amartiue. Le ministre français lui avait dit^qu'il croyait que Charles-Albert trabis.sait la cause italienne; que l’Autriche, à ce qu’il venait d’apprendre de M. d’.\ppony, renonçait à Milan, mais qu’elle sacrifierait son dernier soldat et son dernier écu plutût que de renoncer b Venise. « Je cousidère Venise, ajoutait-il, comme
' Sur (V qni prM-dr , du 2 avril an S mai , voy. CormpmdoKe reapaUnf the af/airt of llahj, part. II , p. 290-400 , paaaim.
DANIEL MAMN.
» perdue pour vous!... Nous sommes trop pauvres pour faire » la guerre »
Quelques jours après (6 mai) , M. de Lamartine avouait aux ageuts vénitiens que des considérations tenant à sa politique extérieure ne lui permettaient pas de consentir que les fusils demandés par eux, et dont le prix était prêt, fussent envoyés directement à Venise
Les agents vénitiens, s'imaginant entrevoir un pacte conclu entre l'Autriche, l'Angleterre, le Gouvernement provisoire de France et le Piémont, pour sacrifier Venise, conjuraient dans leurs dépêches leur gouvernement d'expédier 'a Paris un représentant ofliciel avec mission de réclamer publiquement la l’ecouuaissance de la rcpuhlique vénète : « Si le gouvernement français, écrivaient-ils, ne le v eut pas, l'Assemblt'e’ le voudra. » Venise, alors, eût été sous la protection de la nation française.
Quelle était donc la pensée véritable de M. de I.amartiue, et eu quoi consistaient les ouvertures oiales que lui avait faites M. d'Appony, ouvertures qui ne sont pas expliquées dans la dépêche de lord N’ormauby?
‘ Zanardiui k Miuio , 4 mai. L'Autrkbe était pUu pauvre encore ! — Quant au dernier soldat et au dernier écu , ne le» dépense pas qui veut ; cela est bon pour la France de 92 ! Il faut pour cela l'enthousiasme désespéré d'une nation qui combat pour son existence ; la raison d'état a'jr sullt pas , ni oes intérêts peu keroiques dont la CazeJte tCAugdnurg exposait sur ces entreraites la manifestation. « Une assemblée des plus riches banquiers a instaniiiient prié le gouvernement viennois de ne jamais abandonner les provinces italiemies.... Pour les fabricants de r.Vntrichc et de la Bohême , l'idée de perdre la Vénétie et la Lombardie, coiiiMie marchés, les jette daus la cousteruatiou. » de la Forge, t. I , p. lii.)
' Zanardini à Xtaniu , 7 mai.
^ Elle se réunissait le 4 mai , date de cette lettre.
LIVKK UKUXltME.
M. (le Lamartine nous apprend , dairsson Hutoire de la JîA»olution de 1848, que « les envoyés de l'Autriche le faisaient juge des offres que le cabinet de l’empereur était disposé à faire h la Sardaigne. » 11 s’agissait ; de l’abandon de la Lombardie et des duchés de Parme et de Modene; « d’une constitution donnée h Venise, sous la vice-royauté indépendante d’un prince de la maison d’Autriche »
n M. de Lamartine n’hésita pas à reconnaître que ces propositions satisfaisaient largement aux légitimes ambitions d’affranchissement de l'Italie, et k encourager le cabinet autrichien à poursuivre les tiégociations sur ces bases. Deux fois ', ces ouvertures lui furent faites semi-officiellcment, et deux fois il tint le même langage. 11 n’eût été ni liomme d’Ëtat ni patriote s’il les eût repoussées, car la conclusion d’un arrangement pareil permettait à la France de rectifier une de scs frontières élwéchécs après les Cent-Jours ’
Ainsi la conclusion de la Révolution d’Italie, c'était la Lombardie réunie au Piémont, la Savoie réunie k la France, et Venise, non pas livrée sans conditions, mais enfin rendue k l’Autriche, rattachée k l’Autriche!
Nous le répétons avec un profond regret, mais notre devoir est de le ri’pétcr, cette politicjuo est pour nous incompatible
' D’après Ica saurrnira de M. de Lamartine, M. d’Apponj aurait même été plus loin que la vice-royauté indépendante , c'est-i-dire relevant de l'empereur seul et non du cabinet de Vienne ; il aurait parié de la Vénétie comme pouvant rormer une seconde Toscane , sous un prince antriebien indépendant de l’Empire , et seulement allié sans doute. M. d’Appoii) a pu s’avancer en paroles plUs qu’il ne Cedt fait par écrit ; c’est plus facile à désavouer.
■ An commencement de mai et au commencement de juin.
’ Histoire de la Révolution de 184s , t. U , p. 182.
DAKIEL MANIN.
avec les prineipes internationaux , avec la politique de la Révolution ; même avant la Révolution, il faut bien le dire, aucun des i.ommes d’État de la vieille tradition française , depuis Henri IV <■1 Richelieu jusqu'à Cliauvelin et d’Argenson, n'eût supporté l’idée de laisser Venise et Vérone ’a l'Autriche lat France ne <loit ni exercer ni souffrir de domination étrangère en Italie.
Cette politique était, nous le répétons, l'erreur d'un grand esprit, non lajaiblesse d'une âme timide. Tandis que lord Palmerston, ne recevant aucune communication de l'.Autriche, (icrivait à lord Ponsonby d'inviter le gouvernement autrichien à [U'cndrc en sérieuse considération s’il ne serait pas conforme Il ses intérêts de traiter avec la Lombardie ’ , plutôt que de compter sur des succès militaires douteux et de s'attirer le» Français sur les bras (8 mai), à Paris, le Gouvernement provisoire, transformé en Commission exécutive par l’Assemblée constituante, tenait eonseil sur les affaires d’Italie, et peu s’en fallait que l'inlerveution immédiate ne fût décidée sans tenir compte des n’fus du Piémont et de la Lombardie, On ixisolut tout au moins, sur la proposition de M. de Lamartine lui-
' Cette politique est systématiste dans un article du journal le Bien public , du 14 août IHiH, où Ton ex|> 08 e le plan de transaction que M. de I^aniartine avait projeté de soutenir dans un congrès européen qu'il Toulait faire assembler à Dente. On y dérlare que Venise devait faire l'appoint de l'indépendance itatienne et être neufralisée sous l'administration d'un archiduc. M. de Lamartine lie voulait pas laisser Venise et Vérone à l'Autriche, poreinent et sini|dement ; mats on pouvait compter que, si l'on y laissait pievl à l'Antriclie sous un titre quelconque, elle s'en servirait pour reconquérir à tout |>ri\ sa pleine domination lassée.
* ÏA>rà I*almerston entend-il par I^robardle le seul Milanais ou la Lombarde - Vénétie ? Nous sommes conTaincu que cette seconde iotorpréiation est la vraie; on en verra bientôt la raison.