LIVRE DEUXIÈME
volonté du peuple au moyen d'une a&scnibiée de la province de Venise convoquée pour le 18; en attendant, il autwisait son représentant à Milan à participer aux délibérations de la <^tmunission mixte qu’on lui annonçait
C’était de la modération, assurément, et I’<hi ne pouvait employer des formes plus conciliantes-, mais, pour être modérés, Manin et ses amis n’étaient pas résignés et n’entenda'ient {tas céder sans résistance légale et sans discussion approfondie et solennelle. Pour juger équitablanent la politique de Manin , il importe de Incn comprendre les motifs de l’opposition qu'il 6t, en 1818, à cette même fuskui qu’il appelait de ses Vieux, quelques années plus tard, dans des circonstances tontes diflërentes. Ré(>nblicain de principes et de sentiments , mais {«atriote avant d’étre républicain , il n’eût pas plus hésite alors, qu’il ne le lit plus tard, à sacrifler ses afiectionsà l’intérêt de l’Italie; mais il n’admettait pas que ce fût alors l’intérêt de l'Italie. Politique et pratique avant tout, il (lartait du présent pour aller à l’avenir; or, quel était le présent de l’Italie au printemps de 1818? Quels que fussent les sentiments intimes des |)rinces, le lait présent était la coalition des divers États italiens contre la domination étrangère. Fallait-il donner k L’un de ces princes une (irépondérancc accablante sur les autres, par la constitution d’un royaume de la haute Italie, et leur fournir aûisi une raison, s’ils étaient sincères, un prétexte, s’ils ne l’étaient {vas, d’abandonner la cause commune '? Ne valait-il {as mieux reconnaître k Pie IX une espèce de siipré-
' <t Venise voulait èccéàer à l*Unité oo à la Fédération, mais non & uo État qui ne comprenait \m toute r Italie, et qui aurait été trop grand pour entrer conveoaMefoent dans une (edération. m Notes mss. de Manin.
malie honorifi(|iic ou de présidence italienne qui n’inquiéterait |)ersonne? N’était-on pas aussi , avec une ou deux n'‘puhliqnes dans la haute Italie, bien plus assuré de l’appui de la France, à laquelle il faudrait sans doute linir par recourir, et que Charles- All)ort blessait par son attitude de défiance presque hostile?
Si le roi de Sardaigne avait eu la force et la capacité du rôle audacieux auquel il aspirait , s’il y avait eu chance que son génie et la victoire fissent de lui non un duc de Milan, mais un roi d’Italie^ on eût pu passer par-dcs$as toutes considérations; mais Manin était (tersuadé du contraire.
Telle avait été la pensée de Manin aux premiers jours de la Révolution. Depuis, des faits graves avaient modifié la situation, La contre-révolution avait ressaisi Naples; Manin avait jierdu toute illusion sur le concours de Pie IX , quoique le gouvernement vénète invoquât encore officiellement le nom du Saint-Père ; ce n’était plus la crainted aliéner les autres princes qui détournait le libérateur de Venise de la laisser accepter CharIcs-.Mbert, mais une autre crainte plus poignante. Si Venise renonce à se gouvenier et ’a se défendre elle-même, ' si elle se remet dans les mains d’admjnistrateurs et de commandants piémontais, que des revers arrivent! que Charles-Albert, |K)ur ganler Milan, renonce k Venise par un nouveau traité de Cam|H)-Formio; la noble cité ne sera-t-elle pas désarmée et livrée comme en 1797?
La convocation d’une assemblée au 18 juin, pour décider la question de la fusion, agita vivement Venise : il y eut, dans la garde civique et dans le |>euple., d'énergiques manifestations en faveur delà république (4 juin); mais les démonstrations de la place Saiut-Marc cessèrent aussitôt que les gondoliers et les