LIVRE DEUXIÈME
pécheurs surent que ces mouvements tumultueux déplaisaient à celui qu'ils nommaient si bien /eiir Manin.
Pendant ce temps, Vicence tombait ; l’escadre napolitaine repartait sur les ordres réitérés de son roi , et le général Pepe entrait à Venise avec les deqx mille braves qui avaient repoussé ces ordres odieux (10-13 juin).
Le cri de Venise éclata : en vingt-quatre heures, la garde civique signa 'a l’unanimité une demande de recours aux armes francises (12-13 juin). Le gouvernement vénitien prorogea au 3 juillet l’assc^mbléc qui devait se réunir le 18 juin pour décider de la fusion, donna le commandement de la petite armée vénitienne au général Pepe, invita, par un touchant appel, toutes les villes d’Italie 'a secourir Venise d’armes et d’argent, par des dépêches adressées k tous h^ gouvernements italiens, le roi de Naples excepté, remit nettement en question le funeste Fora da sc. .
Dans la dépêche expédiée au cabinet piémontais, le gouvernement vénitien faisait allusion k un « bruit sinistre » qui elfrayait Venise, au bruit d’un acte « tellement abominable et impossible ifu’il se ferait un crime d’en admettre la supposition », c’est-k-dire au renouvellement de Campo-Formio ; il rapp<*lait les actes et les promesses du roi de Sardaigne, demandait, au nom des populations vénètes, quels moyens avaient été pris par ce prince pour assurer leur salut , et protestait que si Charles-Albert affirmait de nouveau, par une parole solennelle, que l’Italie pouvait se suffire k elle-même , l'Italie et Venise le croiraient; C’était, sous des formes délicates et rtîspcctueuscs , mettre le roi de Sardaigne en demeure , ou de renouveler, sous le coup d’une effrayante responsabilité ,
DANIEL MAMN.
uue aflitmatiou que les ëvéncmeats montraient chaque jour plus téméraire, ou de renoncer à sa politique antifrançaisc (13 juin).
Dans la circulaire aux calnuets de Rome , de Toscane et de Sicile ' , le gouvennunent rénète était plus explicite : « Nous » appelons les peuples italiens comme arbitres de nos desti- » né(*s... et nous demandons à chacun de leurs gouvernements >• s'ils croient possible que l’Italie se soülse maintenant ù » elle -même. Bien des gens de la Vénétie pressent notn* > gouvernement d'appeler le secoai^ étranger b d’Iionorables » conditions. Mais nous, qui... ne voulons pas décider, de ce » coin de l'Italie ^ une question qui intéresse toute la commune » patrie, nous vmms demander b chacun des Étals de la •> Péninsule une réponse claire et prompte (14 juin). »
Le Piémont ne répondit pas. Charles-Albert n'osa prononcer la parole qu'on lui demandait et ne voulut pas reconnaître la nécessité de l’appel a la France. Le gouvernement toscan était faible et divisé : contrairement b l’opinkm du principal ministre Ridolfi ’ , le ministre des at&ircs étrangères Corsini , d’acconl avec le grand-duc , rejeta le projet d’appeler V étranger, b moins que « d'irréparables désastres de l'armée italienne n'eussent » rendu ce secours indispensable (18 juin) ». Les gouvernements romain et sicilien répondirent aussi négativment (21 juin.) ’ ; ce dernier, qui songeait b appder au trône de
* La Sicile re^t de Xaples et en guerre avec Ferdinand.
’ Le marquis Ridolfi donna aa démission |ieu de Joore après, sur celte même question de rialcrsention franfaise.
’ Le pape envoya aa bénédiction à Venise : cela ne compensait pas une armée française!