‹ Daniel ManinChapitre 62 sur 185 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Sicile le second fils de Charles-Albert , était sons l’influence piémontaisev Les partis moiarcliiques ou constitutumnels, par peur de la république et du socialisme , et le parti républicain majuûnien, par orgueil national et par esprit de système, étaient d'accord pour repousser la seule cluuice de salut de riUlic

Maiiin dut céder douloureusement à cet esprit de vertige , et ajourner toute démarciie décisive vis-h-vis de la France.

Le silence que le gouvernement vénète garda ainsi , bien malgré lui, sur la pétition de la garde dvique, commença d’amener dans ce corps , c’est-h-dirc dam la bourgeoisie vénitienne ', une réaction dans le ^ns piéraontais : puisqu’on n'appelait pas les Français , il fallait h tout prix dédder Charles- Albert aux derniers efforts en faveur de Venise j tel fut l'argument spécieux que firent vailoir avec succès les partisans de la fusion. La chute de Palma-Nuova, cette forteresse renommée, dont la résistance a^ait jusque-lk rendu prticaire l'occupation du Frioul (tar les Autrichiens (27 juin) , renouvela l'émotion de la catastrophe de Vicence et jeta la panique dans Venise. Le gouvernement, sacliant qu'onc démonstration tumullueust^ SC préparait dans les rangs de la prde civique en faveur du Piémont , fit décommander une revue ordonnée |KMir le 29 juin. L'état-major de la garde civique désobéit; la revue eut lieu^ il y eut beaucoup de cris pour Otaries- Albert, quelques cris

' Ce n'était pat leuteinent k Venise qoe le bon sens populaire protestait contre i'avengletneat des partis ; il y eut k Mitau , dans les premiers jours de juillet , un vir mouvement d’opiniao en faveur de llnteryention frantsisc.

’ La garde civique était de 7,000 lionimes , pour une po|iulation d'environ 110,000 kmea (Venise, sans les dépendances); à peu pris la proportion de la garde nationale de Paris avant le 24 Février.

lia

<-,)ntre Manin et Tommasco, motivés sur ce qu’on venait d’envoyer, comme par défiance de la garde civique , des troupes de ligne partager ses postes avec elle. L’état-major se transporta an palais du gouvernement, et donna avis au président V qu’il s’était produit une manifestation imiiosante en faveur >1 de la fusion. — Qu’est-ce que la garde civique entend avoir » fait par l'a? demanda Manin. — Elle entend par lii avoir voté » pour la fusion. — Il en sera tenu compte -, mais je ne puis 1) m’empêcher de faire obsener à la garde civique combien » il est regrettable que , tandis que les dernières classes du » peuple se laissent persuailer d'attendre avec calme et de » respecter le vote de l’assemblée si prochaine , le noble corps » de la garde civique donne le mauvais exemple et devance » illégalement le vote ; ce n’est pas à lui de mettre en péril la U tranquillité publique, dont le maintien est l’objet même de » son institution. »

.Manin descend aussitôt sur la place Saint- Marc et déclare que l’ordre d’envoyer de la ligne aux jiostes de la ganlc civique (ordre imprudent, en effet) ne vient pas de lui : la foule l’entoure , en redoublant scs acclamations ordinaires comme pour le dédommager^ un enfant du peuple se jette ’a son cou et J’embrasse en sanglotant. « J’aime mon pays plus que tout, » s’écrie-t-il, et je suis prêt à lui sacrifier tout, jusqu’à mes » convictions les plus chères. »

Le peuple le reconduisit jusqu’à San-Paternian '.

L’assemblée de la province de Venise (l’ancien Dogado) se réunit le 3 juillet dans la salle du grand conseil, an palais

• Cailla di Venezia, î9 giugno, a sera. — Notes manoscrUes de Mania.

UVRE DEUXIÈME. 'lit

ducal. Le malin, Mauiii avait envojé a sa femme le billel suivant :

« J'entends qu'aucun membre de ma famille ne manirestc U ni approbation, ni désapprobation, ni impatience. Si vous » croyez ne pas pouvoir vous contenir, abstenez-vous d'assister » à la séance. Je suis certain que vous ne voudrez pas, dans. » ce moment soleimel , ajouter à mes amertumes la douleur » d'être désobéi par les miens; »

l.a première séance se passa en opérations préliminaires : .Manin exposa les motifs et le triple objet de la convocation : i* déculer si la question relative à la condition ]K>liti<|nc doit être discutée actuellement ou à la lin de laguèrre; 2’ décider, dans le cas d'une discussion immédiate, si Veiiist; doit rester État indépendant, ou s'incorporer au Piémont; 3" remplacer ou confirmer les membres du Gouvernement provisoire. Manin empêcha ses amis, comme ses adversaires, de sortir du cadre ass’gné b une assemblée toute spéciale, qui n'était point une Constituante. Au eommencOment de la séance du 4, il fit, comme ministre des affaires étrangères, un rap|)ort sur la situation extérieure : en ce qui regardait l'intervention française, demandée par de nombreus(‘s pétitions, il dit que le goùverncmeiit avait voulu « préalablement interpeller les autres » gouvememenls d'Italie, afin qu'ils eussent à déclarer si réel- » lement Jes forces de l'Italie sont suffisantes jiour chasser les » Autrichiens de l’Italie, et, dans le cas contraire, pour qu'ils » SC joignent b nous , et que le secours de la nation française » soit réclamé au nom de toute la nation italienne. »

Castelli , ministre des finances par intérim , lut ensuite un rap|K>rt très-sombre sur l’étal financier : partisan de la fusion ,

la

il n’adoucit point ses couleurs. Un magnifique discours de Tommaseo, en faveur de la république, remua l’assemblée, sans ramener un parti fermé non {Uir des convictions politiques contraires, mais par le sentiment bien ou mal fondé de la nécessité. Un autre ministre, I^leocapa, répondit b Tommaseo en appuyant avec énergie la fusion. 1^ gouvernement était ouvertement partagé. L’assemblée était partagée, comme le gouvernement-, la fusion avait encore la majorité dans la garde civique, majorité moins décidée peut-être que quelques jours auparavant^ elle ne l'avait )>as dans les classes populaires '. Si Manin maintenait son opposition b la tête de la moitié de l’assemblée, la fusion, volée on rejetée b quelques voix de majorité, désorganisait Venise*.

•Manin monte b la tribune.

■ J’ai aujourd’hui la même opinion que j’avais Je 23 mars , » lorsque, devant la porte de l’arsenal et sur la place Saint- » Marc, je proclamai la république. Je l’ai; tons, alors, » l'avaient; aujourd’hui, tous ne l’ont pas! (Agitation.) — Je » viens pitmoncer des paroles de concorde et d’amour, et je )i demande b ne pas être interrompu. — C’est un fait qu’au- » jourd’hni tons ne l’ont pas; c’est un fait aussi que l’ennemi » est b nos portes-, que l’ennemi attend et désire la discorde » dans ce pays, inexpugnable tant que nous sommes d’acconl,

' « Le peuple commence à se demander quel avaot^ résultera de runioa le Piémont « puisque le roi Charles- Albert ne peut Tenir k son secours (les contrées intermédÎAires étant dans les mains des Antriehiens). *> Lettre du «onsul anglais Dawkins, du 3 juillet, ap. A. de La Forge, t. U , p. 341 .

Des secours cependant étaient annoncés ; mais ils étaient peu considérables | et ne pouvaient gagner Venise qu’en faisant un détour par PÉlat romain.

3 Motes iiuinuscrites de Manin.

Page 1