LIVRE DEUXIÈME
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» mais non dans le gouvei-nement. J’ai fait un sacrifice; je n’ai U pas renié un principe. Je suis, d'ailleurs, épuisé par les n fatigues et par les joies mêmes de ces trois derniers mois, B je n’en puis plus , ma tête n’y tiendrait pas. »
Tontes les instances furent raines, et l'assemblée dut élire le nouveau gouvernement parmi les députés qui avaient soutenu la cause de la fusion.
Hanin, descendu du pouvoir, se retira, dans une attitude d’observation et d’attente. Comme aux jours de sa captivité, les événements lui imposaient une sorte de balte, un repos nécessaire, afin de rétablir, pour la seconde fois, ses forces brisées, et de le préparer aux efforts d’une lutte plus longue et plus héroïque. La fusion (Manin et Tommasco l'avaient bien prédit) ne remédia ni aux dangere de la guerre ni ii la détresse des ûnanccs-, une faible somme d’argent et une poignée de soldats (1,800 hommes) envoyés par Charles -Albert ne témoignèrent de sa bonne volonté qu'en témoignant de son impuissance. Le corps d’observation autrichien s’enhardissait, et commençait à pousser vivement les approches. De vigoureuses sorties, qui ruinèrent scs travaux et dégagèrent les abords du fort de Malgbcra, cette graud’garde avancée de Venise, montrèrent ce qu’on pouvait espérer de la petite armée formée sous le gouvcniemcut de Manin (6-9 juillet).
L’ennemi n’était point eu étal d’attaquer à fond, jusqu’il ce que le sort de la campagne fût décidé entre Radetzki et Cliarlcs-.\lbert. La position du roi de Sardaigne devenait de plus en plus périlleuse. Il avait repoussé les éléments et les procédés de la guerre révolutionnaire, et les éléments et les procédés delà guerre régulière commençaient 'a lui manquer;
DANIEL MAMN.
les recrues lombardes ne pouvaient faire dos soldats avant (rois mois ; les réserves piémontaises ii’étaieiit guère plus aguerries ' , et le noyau solide de Tarmée était maintenant notablement inférieur en nombre aux Autrichiens renforcés. Dans ces conditions, il était indispensable de se concentrer. Charles-.\lberl , tout en continuant le blocus de Mantoue, qu'il ne pouvait plus sérieusement espérer de prendre, resta déployé depuis Rivoli jusqu’à Mantoue et en d(>çà de Mantoue. Il ne faisait rien pour se tirer du péril, et ce|>endant il sentait le péril , et son âme était pleine d’angoisse. De tous les remèdes extérieurs, un seul irouvait être clTicacc : l’appel à la France, et Charles-Albert aimait mieux courir â sa perte que d’invoquer ce remède. On doit avouer que la direction des affaires étrangères , en France, pouvait lui servir d’excuse. Il ne la sentait pas assez bienveillante â son égard, ]X)ur que scs craintes et ses préventions pussent s’effacer’. D’une part, il voulut renouer avec les autres princes italiens cette ligue
' Lettre du général Bara , cher d'élat-in^or de Charles-Allwrt , du 19 juin , dans MontanelU, Memorie, t. II, ch. xlii.
’ II résulte cependant de la |M>1émique qui s'est élevée en 1858 entre RM. Bastide et de Cavour1[V. le Siècle du 8 mal 1858 ), que, dans le courant de juillet , rintervention française fut oITerte une dernière fois à Charles- Albert; mais, d'après ce qui avait précédé et ce ([ui suivit, on |ieut croire que cette intervention, suite de celle qu'avait préjarée M. de I.amarline, aurait eu pour but, non de chasser |>ar les armes l'Autriche de toute l'Ilalie, mais de négocier au delA des Ailles au lieu de négocier eu deçà. Ce n'en lut pas moins un grand malheur que cette descente des Français en Italie n'ait |ias en lieu; elle eût prévenu les revers des Piémonlais et la chute de Milan; les énergiques protestations qui eussent éclaté A Venise contre tout projet Ce traité laissant une autorité quelconque à l'Autriche sur la Vémdic , et les bonnes dispositions du cabinet anglais pour Venise eussent indubitablement modifié et rarrenui la politique du gouvernement français.
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qu’il avait éluiltV en avril, ot qii’cn juillet le roi de Naples et le pape repoussè'ient à leur tour^ de l’autre part, il montra plus d’embarras que de joie lorsque les députés des provinces véiiètes vinrent lui présenter l'acte de fusion. Ces provinces qui se donnaient a lui, il n’avait pu les défendre, et il ne se sentait plus en état de les délivrer. Il renvoya les députés "a ses ministres, et, au lieu de leur répondre, il fit communiquer, parmi tiers, à l’ambassadeur anglais Abercromby, une triste lettre où, revenant sur ses généreuses déclarations, il se disait prêt à accepter la frontière de l'.Adige avec Parme et Modèue, si r.\utriclie lui en faisait la proposition directement ou par l’intermédiaire de l’Angleterre (7 juillet).
Les défiances de Manin semblaient donc trop justifiées. Charles- .\lbcrt , toutefois, s’e.vcusait 'a ses jiropres yeux par la pensée que Venise, délaissée du Piémont, se réfugierait sous la protection de la France, et jamais il n’entra dans .scs intentions de la livrer k l’Autriche '.
M. Aliercromby, très-favorable k la cause italienne, et qui, le 2 juillet, écrivait encore k lord Palmcreton sur la nécessité de l’abandon de toute l’Ilalie par les Autrichiens, voyant l’état des choses empirer et pressentant les conséquences du 23 Juin en France, a.vait provoqué k regret cette démarche du roi de Sardaigne, en l’engageant k examiner sérieusement sa situation et k voir ce qu’il devait et pouvait faire. Sans exprimer aucune opinion sur les vues personnelles du roi , il se borna k répondre qu’il en ferait part k son gouvernement*.
* C’est ainsi que Manin lui-m{ine interprétait la conduite du roi de Sardaigne.
> Voyez sa lettre du 10 juillet & lord Paimerston , ap. Corretpomlence, etc., part, ni, p. 62 .
I>AMEL MAN IN.
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La lettre de Cl)arlcs-.\lberl, il faut le dire, n’eut aucunes suites : scs ministres protestèrent-, son cœur protestait avec eux contre lui-mème, et la négociation ne fut pas entamée. L’.Autrichc, d'ailleurs, eût refusé à son tour. Elle espérait mieux maintenant. Charles-Albert était affaibli; elle, renforcée. Les journées de Juin avaient blessé au cœur la Réimblique française, et la Hongrie, par un calcul de fausse habileté qui devait lui coûter cher, la Hongrie, en vive querelle, mais non pas encore en rupture ouverte avec. l’Autriche chez elle, soutenait encore l'Autriche en Italie'. Radetzki reprit l'offensive pour la seconde fois, dans des conditions bien meilleures qu'îi la fin de mai. .\près cinq jours de combats (22-26 juillet) où les soldats piémontais et leurs princes soutinrent généreusement jusqu'h la fin l'honneur des armes italiennes , la supériorité manœuvriere d’un ennemi habilement massé décida la victoire : la longue et faible ligne des Piémontais fut coupée et toutes leurs positions perdues. Cbarles- Albcrt dut ordonner la retraite. -
' Ce Alt la (tlus grande faute de la vie de Kossutli, et que tant d'actions éclatantes n'ont pu réparer. La chambre des représentants hongrois voulait reAiser ses secours à TAutriche, et rappeler d'Italie les troupes appartenant au royaume de Hongrie ; Kossuth « alors ministre , s'y of^josa , et en fit une question de cabinet. « On nous dit de rap|>eler nos trou|>c8 d'Italie; niais songea donc que, pour 12,000 Hongrois qui y sont, nous verrions revenir 35,000 Croates ! » Gazette de Vienne du 2 août. La pensée de Kessuth était donc d'occuper en Italie les troupes slaves de Hongrie, afin de consommer avec moins d'obstacles la n'volution magyare. I^ Heng'ie a reconnu trop tard que ce n'est pas en violant le droit international qu'on fonde une révolution de nationalité, et que la solidarité des peuples eût pu seule ics affranrhir. — Nous ferons observer qu'on a accusé Kossuth d'avoir perdu la Hongrie en rompant avec la monarchie autrichienne, tandis que c'était du contraire qu'il fallait l'accuser, c’est-à-dire d'avoir rompu trop lard.