‹ Daniel ManinChapitre 65 sur 185 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Dès le 27 juillet, le commandaot du corps d’observation autrichien devant Venise, le général Welden, exagérant encore une vérité déjà si triste, écrivait au nouveau gouvemcnicut provisoire de Venise que l'année de Charles-Albert était complètement détruite, et que « c'était le moment, mais le dernier, pour discuter une cause avant qu’elle fût entièrement perdue. » A cette proposition de capituler, le gouvernement vénitien, présidé par l’avocat Castelli, répondit, en termes dignes de Manin , que « lors même que cette cause se trouverait réduite à la seule ville de Venise , » il espérait « prouver qu’elle serait encore loin d être perdue »

Dix jours se passèrent, pleins de nouvelles confuses, de troubles et d’alarmes. Le peuple fermentait; l’armée s'ébranlait’. Le parti républicain commença de se réunir et de se concerter. Manin provoqua la réunion d'une assemblée populaire, pour demander au gouvernement provisoire d'organiser un comité de défense. Le gouvernement différa de répondre, et annonça qu'il en référerait à l'assemblée provinciale de Venise ; mais il se mit secrètement en rapport avec Manin pour un autre objet de la plus haute importance; Manin fut chargé d'aller consulter le consul français sur de graves démarches que projetait le gouvernement auprès de la République française (2 août). « La Franccl la France! » était le cri universel.

' Kaecolla, t. III, p. 259-2R0.

• Les souffranres maWricIle* surexcitaient encore les agitations morales. Depuis quelque temps déjà , les denrées étalent rares et cltères , et Targent manquait. Joitnial de M. le consul Vasseur. Dès le 18 juillet, M. Vasseur écrit dans son journal que, sans les puits artésiens creusés par uii ingénieur franrais, M. Degoust c, on aurait capitulé faute d'eau , puisqu'il est itni>ossible de rien tirer de terre fenne.

DANIEL MAMX.

f.e -i août, le président du pouvernemenl cl un de ses collègues, MM. Castelli et Paolucci, vinrent annoncer au consul français la remise d'une adresse par laquelle ils allaient invoquer le secours de la France, sans attendre l'autorisation de Charles-Albert. Si l'union avec le Piémont ne jwuvait être maintenue, ils préparaient un second acte par lequel Venise se donnerait b la France, et, au refus de la France, 'a l'Angleterre, plutôt que de retomber sous le joug autrichien '.

Le 27 juillet, tandis que Charles-Albert se retirait devant l'ennemi victorieux, les chambres piémontaises avaient vole l'acceptation de l'union de Venise à la Couronne : l’union avait été promulguée, le 29, 'a Turin, sous forme de loi des Etats réunis. Le 7 août , le gouvernement provisoire de Venise résigna scs fonctions, et, les commissaires du roi de Sardaigne prirent possession de la ville au nom de Charlcs-.VIbert.

Dans quelles circonstanci s , hélas! et devant quelle sombre attitude de la population et de l'armée eut lieu la fête ollicielle de la fusion nord-italique! Les soldats napolitains, qui avaient témoigné du mauvais vouloir depuis la fusion, demandèrent pour la plupart 'a être renvoyés dans leur pays. Il fallut les rcmbai’quer le 9 août •, il n'en resta qu’un petit nombre avec les volontaires. Ceux-ci , au contraire , s’exaltaient et s’exas|>éraient. Des rumeurs sinistres remplissaient la ville : les plus lugubres étaient au-dessous de la réalité.

La bataille perdue, (Üurles-Albert avait pense d’abord k mettre le Pô entre lui et l'ennemi, ce qui était le meilleur parti stratégique, et il avait fait filer sa grosse artillerie sur

' Jour: al lîi* M. !o cf>nsul Vasseur.

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