LIVRE DEUXIÈME
Plaisance-, puis, informé que les Milanais avaient expédié à Paris le marquis Guerricri , membre de la minorité républicaine de l’ex-gouvcrnement provisoire, pour réclamer le secours de la France, il se décida k aller couvrir Milan, désavoua auprès du gouvernement français la mission de Guerrieri, et dépêcha le marquis Ricci k Paris avec charge de poser l’éventualité d’une intervention, mais sans en faire la demande formelle'. Ce fut seulement le 3 août qu’il se résigna a faire demander l’entrée immédiate d'une armée française , k condition n que la France ne réclamerait pas la Savoie comme compensation » , c’est-k-dire que la France verserait son sang et son or pour aider l’Italie k se constituer eu vertu du principe de nationalité , et laisserait en même temps un lambeau de la nationalité française dans les mains d’un prince italien, en vertu du principe de l’hérédité féodale *.
I.a communication eut lieu le 7 août. Avant que la France l’eût reçue, la catastrophe s’accomplit.
Le 4 août, Charles-Albert était sous Milan, suivi par Radelzki. L’aspect et l’esprit de Milan étaient absolument les mêmes qu’aux grandes journées de mars. Un comité de défense, organisé le 28 juillet, avait substitué son énergie k la mol lesse de l’ex-gouverncmcn t provisoire -, les hommes de mars avaient reparu, et au milieu d’eux, un héroïque chef de partisans, récemment arrivé d'Amérique, et qui semblait le génie même de la guerre révolutionnaire, Garibaldi. Milan était prêt
V Lettre de M. Abercromby à tord Palmertton , da 29 juillet . ap. Corrupondence, etc., part. III , p. 86.
> Lettre de Tomntaso Car (agent de A'eniae à Paria) à Maiùn , du 17 août , iraïuscrite. ^ Idem de Paleorapa k Caatelli, du 8 aTdt.
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DANIEL XIANIN.
Il une défense de Saragosse, et d'une Saragosse soutenue par une armée!
L'esprit de l'armée , malheureusement , n’était plus le même que l’esprit de la ville. Les Piémontais ne comptaient plus que vingt-cinq mille hommes épuisés et découragés, et ils étaient suivis par trente-cinq mille ennemis victorieux , qui , en deux jours, pouvaient être soixante mille. Attaqués par les Autrichiens en vue de Milan, les Piémontais se défendirent avec courage , mais sans élan ; on les ramena sur la ville. Le roi y rentra dans l’après-midi, hésitant, troublé, bourrelé d’angoisses. Il tint conseil de guerre. On vint lui dire que les Milanais ne se battraient pas, que les munitions de son armée étaient épuisées, et qu’il n’y avait a Milan ni argent, ni munitions, ni vivres Or, y avait plus de deux millions de livres dans le trésor, sans compter l’argenterie des églises et des riches familles apiwrtée en masse 'a la Monnaie; il y avait des vivres réunis en abondance par le comité de défense, et des munitions de guerre pour plusieurs mois*!...
Le malheureux roi envoya dans la nuit un parlementaire h Radcizki. Celui-ci ne voulut promettre que de respecter les personnes cl les propriétés des Milanais. A la nouvelle de ce pacte déplorable, le conseil de défense éclata en cris d’indignation. Le 5 au matin, le peuple furieux, délirant, se souleva (>n masse et envahit le palais où logeait le roi. Charles-.\lhert
‘ Prodaiiiation do Charlos-AlLorl , de Vigovano, 7 août.
• Lotlro du vlcc-oonsuî anglais Campbell à lord Palmerston, du |4 août; Corrtxponâfncê rtspecdng the affairx of Ualg y part. III, p. 193. — Après la rentrée des Autriclilens, leurs généraux disaient à M. Campbell qu’ils trou- ^ aient tant de munitions qu*ils ne saTaient qu’en faire , et qu’ils étaient obligés d'en jeter dans les canaux !
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promit de décliirer la capitulation. Mais, pendant ce temps, l'anarchie était dans la ville et dans l’armée. Les troupes commençaient à quitter la ville, d’ellcs-mêmes ou 'a l’instigation des auteurs du pacte-, l'émeute continuait avec les cris de trahison; le comité de <léfense, si vigoureux, et la municipalité, composée d'hommes au-dessous des circonstances, qu’on avait eu le tort de laisser en jdace, agissaient en sçns contraire l’un de l’autre. Le roi, dans ce chaos, perdit la tête : il partit |tendant la nuit avec l’armée.
Tout était bouleversé^ dissous; le conseil de défense ne put pas même tenter de réorganiser la lutte. La municipalité avait fait annoncer que Radetzki accordait jus(]u'k huit heures du matin à ceux qui voudraient sortir de la ville (G août). On vit alore un spectacle inouï dans le monde moderne : la moitié de la population, femmes, enfants, vieillards, abaiulouua sa patrie, emportant scs malades pour qu’ils ne mourussent point parmi les ennemis. Beaucoup de Milanais perdirent la raison l
Charles-Albert avait repassé le Tésin.
Le 10 août, dans l'après-midi, un détachement du corps de Welden ouvrit le feu contre le fort de Malghera ; la garnison vénitienne démonta quatre canons aux ennemis et lit taire les batteries autrichiennes.
Le 1 1 août au malin , le général Welden ' signilia aux commissaires piémontais a Venise un armistice signé le 9, h
' Il rPTcnait de Ilologar, où il avait Tait une pointe, du 7 au 8 août : Bologne, soroiix'e, avait rTsiati* : Welden la canonna des tiauteurs de Moiitagnola ; le peuple Ut nne sortie , et , secondé par les paysans , emporta d'assaut les hauteurs et força le corps autrichien à la retraite. Cette offensive victorieuse d'une population inaguerrie contre des troupes régulières est un beau et rare fait d'histoire militaire.
Milan, par lequel Charles-Albert s’engageait à évacuer toutes les places situées en dehors de ses anciens Etats, v compris L v VILLE DE Venise et la terre ferme vénitienne. Les personnes et les propriétés, dans les lieux précités, étaient « mis sous la protection du gouvernement impérial. »
Les rétrogrades piémontais l’emportaient. On avait amené Charles-.VIbcrt à sacrifier l’Italie iiour éviter l’intervention française et garder la Savoie.
Manin avait vu ses tristes prévisions réalisées, .\yant tout prévu , il était prêt h faire face à tout.
Le 8 août, on connut avec certitude la chute de Milan; le {] au matin, .Manin reçut du chargé d’aifaires de Venise h Rome, Ca.stcllani, une lettre, en date du 5, où cet envoyé le prévenait (juc le bruit s’accréditait d’un armistice qui livrait Venise '. « Tenez-vous prêts, » lui disait ce brave Vénitien, « si la nou- » vellc se confirme, h proclamer la trahison, à vous constituer » en république et k appeler le secours de la France. »
Manin se transporta aussitôt chez un des trois commissaires de Charles-.\lbert, l’écrivain piémontais Cibrario.
« Si le roi Charle.s-.Vlbert était obligé, l’épée sur la gorge, » de céder Veiii.se k r.\ulriche, que. feriez-vous?
» — L’hyimthèsc est absurde et im|tossiblc!
» Absurde et impossible, soit', j’aime k le croire; mais nous » vivons ilans un temps où il n’est pas inutile de prévoir l'ab- » surdc et l’imixissible ; veuillez donc répondre k ma question.
» — Venise s'est réunie au Piémont jwur être gouvernée et » défendue. Si le roi n'a pas les moyens de la gouverner et de
• Ainsi l'armisti«> Satisco élait préTU A Rome quatre jours arant dYtre s'gnd.