‹ Daniel ManinChapitre 68 sur 185 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

» fusion est non avenue, et la souveraineté de la République » devra être considérée comme n'ayant jamais cessé. »

Les deu\ commissaires piémontais adhérèrent k 1a déclaration du Vénitien , proposèrent quelques mesures de précaution militaire, et il fut décidé que l’on convorjuerait l’assemblée de la province de Venise le lendemain du jour ou l’on aurait reçu l’avis officiel do l'armistice ‘ .

La question de droit était décidée; tous avaient montré d’eitcellcnts sentiments; mais en fait, avec ces lenteurs, ces scrupules de légalité , cette attente d’un avis officiel qui pouvait tarder quelques jours, on était k mille lieues de ce qu’exigeait une de ces cris<!s où l’on compte non les jours, mais les minutes!

La réunion le sentit, et, entrant dans le vrai de la situation , clic dépêcha Castelli chez Manin.

L’ex-chef de la fusion aborda le chef républicain en annonçant qu’il venait s’entendre avec lui pour des mesures promptes et énergi(jues. Qui tenait nn tel langage s’entendait vite avec Manin. La journée avançait; ils se donnèrent rendez-vous au palais du Gouvernemeut pour huit heures du soir.

Manin se concerta secrètement avec le consul de France, M. Vasseur, caractère ferme, esprit ouvert et fin tout k la fois, qui ne séparait pas la cause de la France de celle de l’Italie, et qui donna k Venise, jusqu’au dernier jour, les preuves de la plus vive et de la plus active sympathie.

La ville et l’armée grondaient comme une mer soulevée. L’armistice avait traiisjiiré. Le peuple, dont les instincts

* Procès-verbal de la séance de la Consulte , etc.

étaient toujours d'accord avec la raison de sou chef préféré, se porta par masses h plusieurs reprises sous les fenêtres du consul de France. M. Vasseur répondit aux députations du peuple et de la garde civique, comme il avait fait a Manin et à d’autres jæi'sonnes notables, qu’il ne doutait pas du bon vouloir de son gouvernement

Entre six et sept heures du soir, la place Saint-Marc s’encombra d’une foule frémissante. Manin surveillait avec anxiété le mouvement i)opulairc , craignant que l’explosion ii’emj)ortât tout avant qu’on eût pu s’entendre pour la prévenir, b Des nouvelles! des nouvelles! » criait la multitude d’une voix toujours plus irritée. Et elle s'efforçait de pénétrer dans le palais du Gouvernement. I.a garde civique la contenait à grand’peine. Un secrétaire du commissaire Colli parut au balcon du palais ; scs paroles évasives redoublèrent les clameurs. Colli et Cibrario se montrèrent. Colli déclara qu’il n’y avait point de nouvelles officielles , mais avoua qu’il était à craindre que les malheurs annoncés fussent réels.

Il Quoi! l’armistice est vrai.’ — Et les conditions? — Et la flotte? — Et nous-mêmes? »

Colli hésita, puis laissa échapper ces mots : « Quoi qu’il » arrive , la flotte sarde restera sarde : la flotte vénitiemie res- » tera vénitienne*. »

C’était avouer que le roi de Sardaigne abandonnait Venise.

Une effroyable clameur s’éleva. « Nous sommes trahis! — Mort aux commissaires! — A bas le gouvernement royal!

' Journal de M. Vasseur.

• Plusieurs bâtiments étaient achOTés ou en chantier à Venise.

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