I.IVIII- DKIXIKME
— Nous voulons Maniii! — Vive Manin! vive le sauveur de la pairie! »
Le palais est envahi. Les plus ardents des hommes du peiijile et des volontaires lombards, romains, napolitains, pénètrent jusque dans la salle où se tiennent les deux commissaires piémontais-, on les entoure, on les menace. Brave devant l'émeute comme sur le champ de bataille, le vieux Colli s'exalte et s’irrite a son tour. En ce moment, Manin parait. Il appelle Colli et lui tend la main. « Qui êtes-vous? dit Colli. — Je suis Manin. — Que me voulez-vous? »
Manin n'a pas le temps de répondre. I.a foule répond |)our lui : « Nous voulons que vous déposiez le pouvoir! nous ne voulons plus de roi! — Je me ferai mettre eu pièces plutôt que de donner ma démission avant les nouvelles oflicielles! »
Les volontaires saisissent Colli et Cibrario, et les poussent vers la fenêtre pour les- forcer à donner leur démission du haut du balcon. Manin arrache Colli de leurs mains. Le troisième commissaire, Castelli, arrive et se montre au balcon. « Votre démission! votre démission! — Je suis Vénitien! je ne suis plus commissaire du roi! — Les autres! les autres! » Castelli se retourne vers Manin et l’adjure de parler, du haut du balcon, au peuple. « Oui, parlez-leur! » dit Colli. Castelli entraîne Manin k la fenêtre.
« Les commissaires ne nous ont point trahis! » crie Manin k la multitude. « Je réponds sur ma tête de leur patriotisme. » Calmez-vous et accordez-moi quelques minutes pour me » concerter avec eux. »
Un tonnerre d’applaudissements lui répondit.
Manin tint conseil avec les trois commissaires et avec le
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consul de France, qui s’élait rendu avec empressement à un appel attendu'. Les deux Pidmontais |)crsislèrent à refuser leur démission officielle, mais consenlirent à déclarer qu’ils s'abstiendraient désormais en fait, et que Manin pouvait apir comme bon lui semblerait. .Manin leur oiTrit de faire partie avec lui d’un nouveau gouvernement. Ils jugèrent cet honneur incompatible avec leur mission non légalement terminée.
.\u bout d'une demi-heure, .Manin reparut au balcon.
(I Je viens vous donner l’assurance que la France écoutera » plus volontiers l’appel d’un peuple que celui d’un roi. Les » commissaires royaux déclarent s’abstenir dès ce moment » du gouvernement : après-demain se réunira l’assemblée de » la ville et de la province de Venise -, elle nommera le nou- » veau gouvernement. Jusque-la,, pendant ces qiiarantc-bnit » heures (et sa voix prit un accent qui vibra jusqu’au fond de «toutes les âmes); jusque-là, c'est moi qui gouvernerai >1 [goceriicro l'o/)! »
Un immense cri de joie fit retentir la place Saint-Marc. Ce peuple se croyait déjà sauvé, parce que c’était Manin qui allait veiller sur Venise *.
« Vive ManinI — Aux forts ! — Des armes! » cria le peuple.
Manin reprit :
Cl On va battre la générale : que la garde civique se mette sous les armes; on choisira dans chaque bataillon un certain nombre de citoyens; iis se rendront, cette nuit même, aux
' M. Vass4-ur. après son entretien avec Manin , avait eu une eiitrev ue avec le général Colli.
’ Ce sont les propres paroles d’un témoin étranger, d’un Allemand. Gazette ^Augtbourg du 26 août 1848.
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