LIVRE TROISIÈME
Tésin, du Mincio, pour faire triompher la cause commune, songez qu’en sauvant Venise vous sauvez les droits les plus sacrés de votre terre natale.... L’Europe admirera et récompensera votre persévérance, et, le jour où l’Italie pourra se dire ciiGn délivrée , elle élèvera au milieu de tant de monuments attestant la valeur et la gloire de nos pères, un autre monument où elle inscrira ces paroles :
» En défendant Venise, tes soldats italiens ont sauvé l'indépendance de l’Italie entière, »
Le lendemain, 13 août, Venise s’éveilla dans la joie. La Gazette officielle annonçait, d’après deux Vénitiens arrivés de Turin et de Gênes, la nouvelle de l’intervention française et du prochain passage des Alpes par le général Lamoricière h la tête de cinquante mille hommes.
Ce fut sous cette impression que s’ouvrit rassemblée provinciale vénitienne. Manin exposa, avec force et simplicité, les événements de l’avant-veille, et conclut par la nécessité (le former un gouvernement purement provisoire pour maintenir la paix au dedans et la défense au dehors.
« Si les choses viennent h changer, alors l’assemblée sera » de nouveau convoquée i>our décider quel sera l’avenir de » Venise, quelle forme du gouvernement elle devra choisir, » ou bien a quel État italien elle devra se réunir-, mais, pen- » dant le Gouvernement provisoire , notre seule opinion poli- » tique doit être de repousser l'ennemi... Nous ne devons » connaître que deux partis; ou Italiens ou .Autrichiensl... » Nous sommes tous Italiens, ici! Restons unis toujours et » puis toujours {semprè e poi semprè). »
On lui offrit de garder la dictature. Il n'accepta pas, moti-
vaut son refus sur son ignorance des choses de la giia re. On pro|)osa de lui adjoindre pour collègues un militaire et un marin. Il accepta.
« Puisque vous témoignez avoir confiance en moi , » dit-il , « eh bien! je vous demanderai, j'exigerai de vous des n preuves docetlc confiance, de très-grandes preuves. Notre » cause ne pourra triompher que par d'immenses sacrifices; » ces sacrifices, je devrai vous les imposer; si vous ne voulez Il i>as vous y soumettre, vous ferez bien de me destituer tout Il de suite.
« Pour sauver son pays, » ajoutait-il un moment ajirès, « il faut savoir s'ex]u«cr 'a tout, même aux malédictions <le Il ses contemporains. »
Parmi cri d'adhésion unanime, l'assemblée s’engagea. h le suivre jusqu'au bout.
Le triumvirat tut composé de Màiiiu, président, de l’amiral Graziani et du colonel Cavcdalis : ces deux derniers, d’une grande activité, malgré le poids de l'ilgc; tous deux respectables et dévoués, et le second, le colonel, ayant toute la vigueur de caractère nécessaire pour maintenir dans l'ordre une armée composée d’éléments divers et difliciles 'a manier.
Un député demanda que le président fût tenu de convoquer l’assemblée toutes les fois qu’il en serait requis par un certain nombre de représentants. Manin réjiondit que ni lui ni ses collègues ne resteraient un moment au pouvoir s’ils s'apercevaient que la confiance de leurs concitoyens disparût ou s’affaiblit; mais que, puisqu’on avait voulu une dictature, il fallait en vouloir les conditions cl laisser le gouvernement juge de l’opportunité du recours à l’assemblée.
LIVUE TROISIÈME.
l/asscrablée acquiesça, puis vola la ratification de l’appel adresse à la France et l’envoi d'un message spécial à cet ell'et au gouvernemcDl français. Manin déclara que, si des négociations venaient 1> s’ouvrir, Venise y devait arguer non point du titre légal de la capitulation signée par un commandant autrichien le 22 mars, mais uniquement du droit de son imprescriptible nationalité, du droit que tous les peu|des oui de ressaisir leur indépendance envahie. « Les nations, aujourd’hui , ne veulent plus des vieux arguments de la diplomatie. »
Il termina la séance en faisant voter, au nom de Venise, comme un devoir plus indisjicnsable que jamais dans les circonstances présentes, de chaleureux reraerciments h ce peuple piémontais dont la brave armée avait répandu tant de sang et supporté tant de souffrances pour la cause commune.
Il avait déjà auparavant provoqué une déclaration d'affeclion et d’estime en faveur des commissaires piémontais, comme un juste dédommagement des épreuves qu’ils avaient •subies.
Du sein des revers, sources acconlumées de la discorde, il travaillait ainsi à faire sortir l'union et la fraternité ' .
Les commissaires étaient dignes des sentiments que Icjir témoignait Manin. Le 12 août, de grand matin, le commandant d'un bâtiment sarde mouillé devant l’arsenal étant accouru offrir au général Colli ses services et ceux de scs hommes pour le protéger contre l’hostilité populaire : « Nous nous
■ « Cet liomiuc est vraüneut admirable et tient tète à toot. » Journal de M. Vasseur, 12 août.
DANIEL MAMN.
sommes entendus avec Maniu, répondit Colli; Manin m’a donné sa parole, ecla suQit
L’amiral sarde Albini , de soft côté , écrivait que tant qu’il ne recevrait pas de son gouvernement un ordre formel de départ , il continuerait de défendre Venise.
Manin chargea le commandant de la garde civique, Mcngaldo, de porter h Paris le message de l’assemblée vénitienne : « Citoyen ministre, » écrivait-il au ministre des affaires étrangères Bastide, « notre péril est extrême; notre nationalité, » notre indépendance reposent désormais sur les prompts se- » cours que nous accordera le libre peuple de France » (14 août). »
Il écrivit en même temps à l’ambassadeur de France h Rome |K>ur le prier d’obtenir que l'amiral commandant l’escadre de la Méditcrraniie , qui était dans les eaux de la Sicile et qui s’était récemment interposé entre le roi de Naples et les Siciliens , envoyât quelques bâtiments ’a Venise.
A l’intérieur, le triumvirat débuta par la réorganisation des comités de vigilance et de défense; un décret du 10 août ordonna de remettre , dans les quarante-huit heures, â la Monnaie tons les articles d’or et d'argent, en échange d’un reçu )>ortant intérêt à îî j)Our 100; les contrevenants encourraient la confiscation des objets non présentés, plus un jour de prison pour chaque valeur de cent livres non déclarée. La mesure était rigoureuse; Manhi voulut qu’elle restât morale et refusa d’encourager les délateurs par une récompense.
' A. (Ip La Forge, t. Il, p. I3i. — La séance dans la ttaccolla, etc., t. Ill,p. SIO.