LIVRE TROISIÈME
» rclice b l’appel aux armes, cependant, si le gouvernement » français changeait de ton et déclarait que la négociation a » échoué et que l’intervention armée est devenue nécessaire » pour la délivrance de ritalie et pour l'honneur de la France, » il 11’} a pas le moindre doute qu’un pareil appel aux passions » populaires serait reçu avec acclamation, et que le gouverne- » ment, qui n’est supporté dans son système actuel (pie par ce » ([u'il y a de froide raison dans la nation française , serait » porté en triomphe au milieu des applaudissements jiopulaires » dans un tel changement de politique ' . »
La France sc mettait doue en mouvement, et l'Angleterre approuvait, soutenait moralement. L’ambassadeur anglais k Paris demanda seulement qu’oa attendit encore deux ou trois jours la réponse de l’Autriche k la sommation que la France lui avait ailresséc (i septembre) *.
Le ministre des affaires étrangères d’Autriche répondit, le 3 septembre, au chargé d'affaires de France k Vienne' :
« Le gouvernement impérial accueille l’offre de médiation » qui lui est faite par le gouvernement de la République fran- » çaise et par celui de la Grande-Bretagne..,, m sc réservant » de convenir avec les puissances médiatrices des conditions qui » devront servi- de base n la négociation.
» Je dois toutefois faire observer d’avance.... que la négo- » dation qui va avoir lieu ne saurait être basée sur l’état des » choses qui existait lorsque le gouvernement impérial prit n l’inilialivc jiour mettre un terme aux hostilités
' Corresponâencr , etc., pari. III, p. î4l.
> Corresponelence, etc., WUI., f. 585.
’ Il n’avait revu la sommation que le I" septembre.
» L’Aulrichc a la conscience d’avoir l’ail loul ee qu'on pou- » vait désirer raisonnablement de sa part pour le maintien de » la paix en Europe.... en limitant ses succès.... strictement ’a » l’état de possession des parties intéressées , tel qu’il est défini » par les traités ' . »
Ainsi , r.'Vutriche acceptait la médiation , moins les bases de la médiation, et en établissant qu’elle s’en tenait aux traités
delSlo*.
Une telle acceptation était un refus. Malheureusement on ne l’interpréta pas ain.si ‘a Paris, et l’ordre d’embarquer les troupes pour Venise fut révoqué.
Si cette illusoire acceptation ne fût point arrivé“c à temps, si l’expédition eût été partie , tout changeait de face. Une fuis les troupes françaises à Venise , personne ne les eût retirées. I.e iO décembre arrivant, le nouveau gouvernement eût trouvé la France engagée, et ce même point d’honneur militaire qui eut plus tard des suites si fatales après la première reconnaissance du général Oudinot devant Rome aurait eu , en sens inverse, les plus heureuses conséquences à Venise; le drapeau n’eût pas reculé I
Le 7 siqitembrc, le gouvernement vénitk-n reçut du consul de France ’a Venise l’avis oITiciel , arrivé par la voie de Vienne, que la médiation était acceptée.
Manin expédia aussitôt des instructions nouvelles h l’agent qu’il destinait à représenter Venise dans les futures conférences. Il appuyait, par-dessus tout, sur la nécessité de don-
' Corrrspondence , |nrt. III, p. »20.
> Dans plugipurs autrrs piiK;!-» , ell« ariimie audarleus 'inrat <|uc le gouveriii'iiieat lie la Ri^puhlique rraiiraise, .*i 8>a début, a rrron'iu as traités.
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lier à l'inlervcniron dirccle ou iudirecle de Pasiiii dans ces négociations le caractère qui appartient au représeulant d'un gouvernement indépendant et libre, d'un gouvernement légitimement élu par le peuple et rentré en pleine jiossession du |)Ouvoir souverain par l'annulation de l’acte de fusion avec le Piémont. 11 fallait, en effet, sur toute chose, empêcher qu’on traitât de Venise sans elle et malgré elle.
Il revenait sur les comhinaisous ’a exclure et sur celles à accepter : parmi celles-ci , il admettait la royauté constitutionnelle du duc de Lcuchtenberg, dont on avait parlé comme |)ouvant concilier la France et la Russie, pourvu qu’il n’y eût là aucun protectorat russe, direct ou déguisé. Parmi les autres, il excluait l’indépendance isolée de Venise, comme ville hanséatique. Les revenns de Venise ne sullisaicnt point pour entretenir une marine en état de la défendre et de protéger son commerce -, elle serait obligée de se réfugier sous une protection étrangère; et snrtout « cela éloignerait de plus en plus cette confédération des États italiens, qui peut seule faire de l’Italie une nation indépendante.... » — « Le but principal que vous aurez toujours en vue, » écrivait-il, «doit être la réalisation d’une confédération qui fasse de l’Italie une puissance une et indivisible, qui la constitue en individualité politique, qui fonde toutes les dirersc’s familles ou Étals italiens en une seule |)crsonnalité morale, laiiuelle puisse prendre et prenne de fait sa place parmi les autres nations. »
Parmi les combinaisons acceptables, la meilleure est pour lui la république démocratique vénèle, dont on soumettrait le rétablissement au vote libre des provinces; la moins bonne, le royaume de la Haute Italie, parce qu'il rendrait !a confédé-
ration italienne très -difficile, en rompant l’équilibre dès le principe (8 septembre) ' .
Le même jour, Manin écrivit b Tommasco, afin qu’il protestât, auprès du gouvernement français, contre la conduite des Autrichiens, qui, en même temps qu’ils acceptaient la médiation , profitaient du départ de l’escadre sarde pour entamer les hostilités par mer , et pour capturer les bâtiments et les barques de Venise dans le golfe. Il le chargeait de demander b la France ou un prêt ou la garantie d’un emprunt qu’on liyl>othéquerait sur les trésors d’art de Venise.
Le iO septembre, b la suite d’une revue de la garde nationale, le peuple se porta sous les fenêtres du gouvernement : il avait soif de la parole de son chef. Manin remercia simplement et grandement le peuple , la garde civique , les volontaires italiens de leurs sacrifices et de leurs courageux efforts : « Si les » deux puissances médiatrices, » dit-il, « venaient b offrir (chose » impossible b supposer.) des conditions indignes d’un peuple » grand et libre , Venise ferait ce qu’elle a fait le 1 1 août : elle » ne les accepterait jamais I
M — Jamais! jamais! » répondit, comme un immense écho, la place Saint-Marc tout entière.
« C’est peut-être, écrivait Manin b Tommasco, la première joie véritable que j’aie ressentie depuis le 22 mars. »
Toutes les classes rivalisaient de zèle; l’ancienne -aristocratie, si elle n’était plus b la tête de la cité ni par l’autorité traditionnelle ni par la science ]M)litique, y gardait une place
‘ Nous devons faire remarquer ici que Manin savait le gouvernement français très-peu favorable au royaume de la Haute Italie, et très-enclin à la confédération des États italiens. Cette considération dut agir sur son opinion.