‹ Daniel ManinChapitre 86 sur 185 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

malheur qu’on n’cfil pas fait l’avenir au lieu de Vauendre. Il y a des choses qui, une fois faites, sont irrévocables. Il eût fallu que l’élu du 10 décembre, quel qu’il fût, trouvât la France cn action.

Quant b l’Angleterre , les apparences , nous l’avons assez fait voir, trompaient Manin sur les sentiments véritables de l'homme d’État qui dirigeait le ministère britannique. Si le gouvernement français eût signifié b l'.Autrichc qu’il retirait les bases proposées k la médiation , puisque l’Autriche lui avait rcmlu toute liberté en ne les acceptant pas , et qu’il l’eût placée entre l'entière indépendance de l ltalie et la guerre, lord Palmerston , lohi de protester, eût appuyé moralement ' ; et, si l’Autriche en fût revenue à invoquer la médiation anglaise, il eût tout au plus consenti b demander pour elle une indemnité pécuniaire, b demander sans prétendre rien impoier. Son énergique nature se fût volontiers accolnmodée d’une marche plus décidée de la part du gouvernement français , et il n’avait fait, dans sa réponse b Manin, que lui apprendre crûment la vérité, qu’b Paris on n’expliquait pas jusque-lb avec tant de netteté, vérité qui, d'ailleurs, ne lui était point du tout agréable b lui-même. Ses lettres sont pour nous très-pénibles b lire,

' Sc« conversations avec l'anibassadenr français à Londres ; M. Gustave de Beaumont, étaient, suivant le témoignage de celui-ci, absolument dans le même sens que sa correspondance a Vieune et a Turin. Quelqura mois après (21 janvier), lord Normanby, de son cdté, |iarlait en ces termes a Ibisini : « Le gouvernement anglais n'aurait pu vous promettre de faire la guerteTionr vous , attendu que le peuple anglais ne vent pas faire la guerre. Néanmoins , il avait l’intention de Vous aider indirectement en s’associant an gouvernement français dans les voies pacifiques , et en ne l’empêchant nullement d’employer, dans un moment donné, des moyens plus efficaces. » , ,

mais lellcmeiit pleines (renseignemenls, que nous croyons de notre devoir d’en citer les passages les plus caractéristiques. Voici deux dépéclies qui ûe démenlenl pas la lettre si remarquable du 31 août :

Lord Palmerslon à lord Poiuouby.

« Foreign-office , « octobre I84s.

» J’envoie ci-joint à Votre Excellence copie d’une dépêche O que je viens de recevoir du vice-consul de Sa Slajesté li » Milan , relatant l’état des choses en Lombardie. Je charge Il Votre Excellence de donner lecture de cette dépêche à » M. le baron de Wessemberg, et de liii dire que le gouver- » nement de Sa Majesté le |irie de considérer sérieusement » cl sans passion si l'existencfr d’un pareil état de choses, » lorsque la Haute Italie est occupée par cent vingt mille » hommes de troupes , et que toute résistance matérielle de » ta part des habitants est imintssible, si, dis-je, un pareil » état de choses |)cut être considéré comme donnant lieu de » croire qu’il y ait aucune chance jiour l'Autriche de pouvoir « conserver d'une manière utile et permanente ce pays (dont >> tous les habitauts sont proromb-inent imbus d'une invincible » haine contre la domination autrichienne), alors que l'armée » sera réduite au pied de paix , ainsi qu’elle doit l’être néces- » sairement dans un temps donné.

» Il serait certainement infiniment plus sage de la part du » gouvernement autrichien , et plus utile h la force réelle et » propre de cet empire, d'affranchir ces populations de sa » domination , qu’elles considéreront toujours comme un joug ,

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