LIVRE TROISIÈME
» et de saisir l'occasion favorable qui sc présente pour leur » faire payer leur séparation d'avec la couronne impériale, » par un juste et équitable arrangement pécuniaire.
» Il n’existe aucun motif raisonnable de supposer que le » mécontentement (si la domination autriebienne est aujour- <1 d'hui rétablie dans ces provinces) ne saisisse pas la première » occasion pour éclater de nouveau en révolte et en insurrection. » Un grand déploiement de forces au prix de grandes dépenses » deviendra de nouveau nécessaire poui* dompter cette révolte ; » le seeours étranger sera de nouveau imploré pour empêcher » ces provinces de succomber encore, et, après cette nou- » velle expérience de l'impossibilité de réconcilier ce peuple » avec la domination de l’Autriche , on ne peut guère douter » que ce secours lui sera accordé.
» Le résultat sera une guerre entre l’Autriche et un adter- » «lire plut formidable que les provinces lombardes, et lors même » que cette guerre deviendrait européenne par la participation * d’autres puissances qui s'y trouveraient entraînées, encore » n’y a-t-il guère motif de croire que le résultat final laissât » l’Autriche en possession d’aucun territoire au delà des » .\lpes.
» Mais l’Autriche devrait en outre considérer que, toutes » disposées que pourraient être les puissances ses alliées et ses » amies de lui porter secours si elle était menacée dans sou » existence propre et légitime en..\llemagne, il existe au sujet » de ses prétentions à imposer son joug aux Italiens un senti- » ment si universel de leur injustice , que ce sentiment pour- » rah avoir pour effet de la laisser avec bien peu d’aide dans » le cas d’une guerre- comme celle dont je viens de parler. »
Le 11 novembre, lord Palmerston revenait sur la même thèse avec une nouvelle force :
« On ne saurait se flatter, dit-il, que des institutions natio- » nales quelconques accordées ’a ce peuple par lempereur » puissent vaincre sa répulsion pour la domination étrangère , » ni produircd’autrcsrésultatsquc de lui founiir de plus grandes » facilités pour secouer un joug détesté. 11 est possible que, si, » il y a dix ou quinze ans , de telles institutions avaient été » accordées h ce peuple , l’indépendance de fait eût pu , jusqu’à » un certain {>oint, le réconcilier avec sa sujétion nominale. » Mais aujourd’hui les choses sont allées beaucoup trop loin « entre les Italiens et l'Autriche, pour qu’aucun arrangement » de ce genre puisse être durable.
» Il serait très-désirable , dans l'intérêt général de l’Europe , » que le gouvernement autrichien ne se laissât pas aller à des » illusions sur l’état réel des choses; qti’il calculât froidement, » sans préjugés; les chances de l’avenir, et qu’il consentît à » prendre les conclusions auxquelles il pourra ainsi arriver » pour régla de sa conduite dans le présent.,.. Sous plus d’un » rapport, les choses peuvent changer avant peu.
» Des citangements importants se préparent en France; » l’élection qui va avoir lieu le mois prochain peut amener » d’autres hommes au gouvernement , et avec d'autres hommes ■ une antre politique.
» Des principes de politique traditionnelle , impliquant une » action pins énergique à l’extérieur, pourront devenir la « règle de conduite du nouveau gouvernement français ; le » sentiment populaire dans ce pays, favorable en ce mo>
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» ment a la paix, pourra facilement tourner dans un sens » opposd.
» La gloire (car la France le considérerait ainsi) de délivrer a toute l'Italie jusqu’aux Alpes du joug des Autrichiens com- » penserait aux yeux du peuple français bien des sacrifices et N de grands efforts..
» L’occasion pour rappeler l’intervention française en Italie » ne manquerait pas longtemps -, les Lombards s’empresse- » raient.de la fournir dès qu'ils sauraient que le gouvernement » et le peuple français sont disposés b répondre ^ l'appel.
» Or, il est à peine possible d’imaginer qu'une armée autri- » chienne, telle que l'empire pourrait la destiner k une guerre » en Italie, puisse résister k une nombreuse et puissante armée » française , secondée et soutenue par le soulèvement général » des Italiens-, il est plus que probable que l’Autriche, dans » ce cas, perdrait absolument toutes ses possessions italiennes » jusqu'aux Alpes. Ce conflit, k la vérité, pourrait faire naitre » une guerre plus générale; d’autres puissances pourraient se » ranger du côté de l'Autriche ; toutefois le gouvernement ». autrichien est-il bien certain que même la sympathie de a l’Allemagne le suivrait dans ses efforts pour appesantir en- X core son joug sur la nation italienne ? . ,
a Le principe des nationalités, aujourd’hui le cri de rallie- » ment de toute l’Allemagae , ne viendrait-il pas protester * hautement contre l’Autriche dans une pareille lutte?
a Le principe de la prescription ne lui serait pas plus favo- » rabic; car, bien qu'elle pût s'en prévaloir pour certaines » parties de la Lombardie, qui, compte le duché de Milan, » ont longtemps été fiefs de l’Empire , ces mêmes principes
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» seraient bâillement invoqués contre elle par la République de » Venise. Cet Étal a joué un rôle considérable dans l'iiistoire » pendant prés de quatorze siècles de liberté, tandis que le ir titre de plossession de rAulriebe ue remonte qu'au traité de » Campo-Formio , par lequel le général Bonaparte lui livra » Venise, et aux traités de 181ii, qui la remirent de nouveau » en possession ' . »
En résumé, la jiolitiqne de lord Palmerston était double, mais dans un sens tout opposé k ce qu'on appelle communément dupticiié : c’esl-a-dire que, d’une part, il manifestait fort nettement h rAiitriche ce qu'il pensait d’elle et lui faisait peur de la France, afin de l’obliger k traiter aux moins mauvaises conditions pos.sibles pour l’Italie; d’autre part, ne croyant jias le gouvernement français disposé h la guerre, et trompé par les rapports du consul anglais Davvkins sur la possibilité où était Venise de résister h une attaque sérieuse, il dissimulait k Venise le bon vouloir qu’il avait pour elle, afin de la ]H>usser k une transaction qui lui évitât le sort de Milan.
Dans une situation si complexe, et où les apparences étaient si différentes de la réalité , Manin ne pouvait , de Venise, pénétrer le vrai fond des sentiments sous les obscurités de la surface ; mais un œil sagace regardait pour lui k Paris et k Londres, n J’ai fait voir, écrivait plus tard Manin , que notre sainte terre natale, qui a donné les premiers exemples de toutes les sortes de grandeur, produisait encore non-seulement des soldats qui combattent virilement sur le champ de bataille et des martyrs qui meurent avec héroïsme sur les échafauds, mais des hommes d’Étal et des diplomates de premier ordre. »
I Correspondenee respeclinç tke af/airs of llalf, part. III , p. 472, 586.