LIVRE TROISIÈME
rAnglelerre et l’Europe ne devaient pas livrer de nouveau l'Italie ou une partie quelconque de l’Italie an pmg autrichien. La conclusion était : « Nous ne capitulerons pas avee l’Autriche -, nous ne lui donnerons point l’apparence de légalité qui a toujours manqué à son usurpation. A la dernière extrémité, nous protesterons et nous sauverons le droit de l’avenir. « Il réfutait en même temps l’opinion suggérée 'a lord Palmerston sur la prétendue impuissance de Venise à se défendre.
Les instructions données aux vaisseaux français , le grade de contre-amiral conféré au commandant de la station navale, M. Ricaiidy, on approbation de sa conduite énergii]ue’, les explications de Cavaignac, la déclaration du ministre Itaslide à la tribune, avaient déjà répondu a la question posée nettement par Manin h M. Bastide sur l’abandon de Venise ; M. Bastide ùt, le 17 novembre, une ré|)onse directe fort émue et fort digne.
« J’ignore quel avenir Dieu réserve b mon pays^ mais, tant » que je dirigerai ses aiïairos au dehors, la France naban- » donnera pas la cause de Venise, car vous êtes de braves
» gens qu’une nation de cœur ne peut laisser périr Il y a,
» je le sais, une politique qui voudrait faire de Venise la » rançon do la Lombardie; cetœ politique n-’est pas la mienne ; )i jamais je n’accepterai un traité de Campo-Formio. »
I^ politique de la France .s’améliorait; mais c«tte amélioration se soutiendrait-elle? La France touchait b une crise dont il était impossible de prévoir l’issue. Ce gouvernement,
' !>■ 14 novembre, le bateau à vapeur français le Solon donna chasse à un vajieur autriclilon qui capturait les barques d'approvisienuementi {Jovnml de M. Vasseur.)
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dont le langage devenait plus amical el plus ferme , où serait-il demain?
L'âme de Manin restait inébranlable -, mais son corps ployait sous les anxiétés morales et les souffrances physiques. 11 continuait de partager scs veilles entre les soins de l’État et ceux de son enfant malade! Plusieurs fois surexcité gravement depuis quelques semaines, son mal habituel, à la fin de novembre, s'irrita au point de faire craindre pour sa vie. Durant plusieurs jours, il sembla que toute famille vénitienne fût menacée de perdre son père. Tout un peuple se pressait aux abords de la maison de San-Pateruian. C’était â qui imaginerait des recettes pour le soulager et le sauver.
Il SC releva pour combattre, pour souffrir et pour grandir encore.
Des événements considérables reportaient en ce moment sur l'Italie centrale une partie de l'intérêt qu'absorbait depuis plusieurs mois la Haute Italie. La Toscane, après bien des agitations et des luttes stériles, prenait, sous l'impulsion de Montanelli, revenu de sa captivité, une initiative toute nouvelle dans les affaires générales de la Péninsule, cl provoquait la formation d'une Constituante italienne qui se subordonnerait les gouvernements locaux et qui dirigerait la lutte nationale (fin octobre).
Manin ne se bâta pas de se prononcer sur l’opportunité do cette proposition, conforme, dans le fond, â ses principes; mais il recommanda instamment aux représentants de son gouvernement 'a l’étranger de ne point attaquer un projet qui, écrivait-il, rencontrait beaucoup de faveur cl pourrait être accepté par la majorité de la nation italienne.