LIVRE TROISIÈME
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Les prêtres êlaient donc, à Yciiise, un appui plutôt qu’un obstacle : ce fut d’ailleurs qu'il s’éleva, sur ces entrefaites, un embarras qui pouvait devenir un péril. Des discussions socialistes furent soulevées dai>s un club récemment formé à Venise, le Cercle populaire. Xes chefs de ce club voulurent se couvrir de la popularité du jwre Gavazzi, le collègue et l’ami d’Ugo Bassi, et faire prêcher dans le sens de leurs doctrines cet éloquent moine romagnol, un peu enclin au socialisme, comme il arrive parfois aux prêtres qui embrassent la démocratie et y mêlent certaines traditions du'chrislianisme primitif. Le Comité de vigilance interdit la prédication, et Gavazzi quitta Venise en écrivant à Maniu {>our se plaindre de la manière dont on reconnaissait son dévouement.
Mania répondit par une lettre remarquable.
« Venise, 14 janTier.
» Cher G.vvazzi,
» Je regrette ce qui est arrivé ; mais vous devez considérer que nous avons assumé i’engâgcmeni sacré de défendre Venise h tout prix, et que Venise ne peut être défendue, si l'on n'y maintient la tranquillité et la concorde; or ces conditions nécessaires auraient pu être compromises par le Cercle populaire
k cause des théories socialistes
qu'on commençait 'a y prêcher. Vous savez bien que ces séduisantes théories pourraient facilement entraîner des artisans ardents, énergiques et peu instruits, k des applications pratiques terribles qui mettent la société en péril, et portent la ruine dans ces mêmes classes pauvres dont on dit vouloir améliorer le sort. La France en a fourni naguère un bien solennel et effroyable exemple.
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» Or, si ces théories ont pro<loit des effets si redoutables h Paris, qui n’est menacé par aucun ennemi extérieur, réfléchissez combien ils pourraient devenir plus funestes ’a Venise, bloquée, assiégée, ayant l'ennemi h ses portes.
>1 Je vous prierai de prendre garde, en outre, que nous avons ici bien certainement bon nombre d’émissaires autrichiens, tout prêts à attiser le feu de la discorde, pour peu qu’il vienne ‘a se manifester, parce qu’ils savent parfaitement que c'est le seul moyen d’arriver b ce que la ville cesse d’être inexpugnable. Bon nombre de ces émissaires s'affublent du masque d’un ardent patriotisme et font les démagogues : il y avait donc danger réel.... Le Gouvernement ne pouvait se dis]>enser de remplir son devoir en coupant le mal dans la racine, et de se servir pour cela des pouvoirs extraordinaires qui lui ont été conférés pour le salut du pays. Je suis affligé, je le répète, que ces mesures aient pu vous froisser; mais toute considération, tonte affection quelconque doit se taire ■<lcvant le devoir de sauver la patrie. Exciisez-moi de vous rapjieler aussi que ce dont vous vous plaignez ne serait point arrivé, si vous m’eussiez témoigné la confiance dont je ne crois pas avoir démérité; si vous m’eussiez consulté sur l’opportunité de votre projet.... Nous nous serions bien vite entendus.... Vous auriez ainsi évité h vous un désagrément, b moi une douleur. Quels que puissent être, du reste, b l’avenir vos sentiments b mon éganl, je continuerai toujours b estimer en vous tni des plus fervents apôtres de la liberté et de l’indépendance italienne, et resterai toujours votre bien aflêctionné
M Daniel Manin. »