‹ Daniel ManinChapitre 95 sur 185 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Cot incident n’ent pas d'aulrcs suites, et les querelles sociales ne divis^^ent |)oint Venise'. '

Les élections donnèrent lieu à des ineidents trèsHntéressants pour l’dtude du caractère vénitien. Les gomloliers , jiar exemple, se réunirent en assemblée préparatoire le 16 janvier. Tout se passa chez eux avec une décence et une dignité <pi'on ne trouve pas toujours dans les réunions d'hommes appartenant aux elasses supérieures de la société. L’un d’eux, appelé fialli, leur fit, en dialecte populaire, un discours d’une verve sans emphase et d’un sens moral très-élevé. Il leur exposa rapidement les fastes de l’ancienne Venise, leur rappela ([u’avant la Venise aristocratique il y avait eu une Venise démocratique, et que c’était celle-ci qui avait jeté les fondements de la grandeur vénitienne. « Notre Venise actuelle, >1 c’est la Venise des premiers temjis, adonnée k la pèche, » pauvre , démocratique ; elle fut alors grande dans les armes , 1) dans le commerce, dans les vertus civiques-, il en doit être » de même aujourd’hui ... J’ai parlé de démocratie et d'aris- » tocratie, mais savez-vous ce que signifient ces mots? — >1 Démocratie, c’est V égalité des droits pour tous les citoyens I) sans distinction ; aristocratie , c’est la prépondérance de la » classe des nobles, au détriment du droit commun.... Nous, » nous voulons avoir tes mêmes droits, les mêmes devoirs que les » autres citoyens. — Mais ne croyez, pas pour cela, pour » Dieul ne croyez pas que le mot démocratie renferme la » pensée ni l’action de nous approprier ce qui n'est pas à

' Cavairi échappa anx bourreaux de son béroïqne cooftéte l’go Basai. Après avoir soutenu jusqu’au bout la cause nationale, il passa en Angleterre, où il se rendit populaire par son grand talent oratoire et par des lectures publiques.

iîi ' DANIEL MANIN.

» nous! — Iæs riches! qu'ils restent riclies jwur nous ibnrnir » du travail! Nos patrons respeclons-les, car ils nous procu- » rent les moyens de vivre avec honneur, et ils consentiront » volontiers h |>erdre (|uelques heures de notre travail , sachant » que cos heures seront consacrées par nous aussi au bien » public J ils prendront part k nos discussions^ ils écouteront, » ils suggéreront des projets d'amélioration pour nous, pour » nos enfants, iH>ur les générations futures.

» Tout ce que nous allons faire aujourd'hui démocratique- » ment.... nous devons aussi être prêts k le. modifier pour le » bien général de l'Italie-, car nous sommes Italiens avant » tout! »

Galli fut acclamé par toute l'assemblée comme candidat k la représentation nationale, avec un de scs camarades, nommé Grossi. De ces deux pauvres bateliers, le premier, l’orateur, occupait scs loisirs de musique et de poésie^ l'autre se restreignait au plus strict nécessaire [lour se faire une petite collection d'objets d'art. Ceci peut donner une idée du niveau élevé de ces classes populaires.

^4>a patrie étant tivi]) pauvre pour indemniser les représentants, les gondoliers, avant de choisir des candidats, s'étaient cotisés afin d'aider ceux de leurs camarades qui seraient obligés de négliger leur travail pour senir la patrie dans l'Assemblée *.

Ce peuple intelligent et ferme, sensible et sensé, n'était si passionnément attaché k Manin que parce qu'il voyait dans son

' Une partie des gondoliera louent leura lervicei penuanenti aux rainillet aiaées.

’ Baccolla, t. V, p. 489.

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