LIVRE TROISIÈME
chef scs propres qualités portées au plus haut degré , sa personnification puissante et pnrc; rien ne serait plus contraire & la vérité qne de voir dans le dictateur de Venise un homme d’Étal éclos par hasard au milieu d'une populalion qui lui obéit avec une docilité aveugle , et que de faire de Manin une espèce de prodige solitaire; il n'était que -le premier entre les siens.
Le 18 janvier, anniversaire de la Captivité de Manin et de Tomma$eo, donna lien aux démonstrations les plus passionnées des sentiments populaires envers le dictateur. 1^ veille, dans une visite que Manin fit à l’arsenal, ces anenaloui (ouvriers de l’arsenal), si farouches quand ils étaient régis for la froide et dure écrivaiserie autrichienne, mais devenus dociles h la parole vivifiante du chef national , l’entourèrent et l’écoutèrent avec de tels témoignages d’ affection , « suspendus 'a scs lèvres » comme des fils h celles d'nn pi-re », qu'il en pleura et foillit s’évanouir.
Le 18, Manin terminait ainsi une niponse à une aubade du peuple devant la maison de San-l^atemian : « Cet emprisonne- » ment, dont vous célébrez la commémoration, a donné le » grand enseignement qne bénis sont ceux qui souffirent pour » la cause populaire; il a inauguré cette émulation dans le » sacrifice qui fait de vous un peuple modèle , n<m-seulement » en Italie, mais en Europe. — Répétons maintenant les cris » i]ui, couvant dans tontes les poitrines depuis le lo janvier, » s'en échappèrent le 17 et le 22 mars •
» Vive l’Italie! Vive Venise! Vive saint Marc! »
Un autre cri avait alors accompagné ces cris patriotiques ! mais il ne devait plus sortir d’un cœur italien!
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Les éicclions s'accomplirent dans le plus grand ordre.
Manin fut élu dans huit circonscriptions électorales sur onze. Plus des deux tiers des électeurs avaient pris part au scrutin, proportion très-forte en tout pays de vote universel. Le 2o janviei' au soir, lorsqu’on sut le résultat général des élections, une foule -immense se rassembla sous les fenêtres du Gouvernement pour féliciter l'élu de la cité entière. « La magnifique place Saint-Marc, éclairée, sur ses quatre longues faces de palais, de dômes et de tours, par une de ces illuminations vénitiennes qui font de la nuit un jour éclatant, le gigantesque campanile s’élevant dans les noires profondeurs du ciel comme une colonne de feu , offraient le plus beau spectacle qu’on puisse voir dans le monde '. »
■Aux cris mille fois répétés de Vire Manin! Vire la Constituante italknnel Vive saint Marc! Manin parut et répondit par une de ses brèves et précises harangues :
« Je remercie cet intelligent et brave peuple. Vous avez )i élu des représentants |)our faire des lois sur les intérêts de U Venise. D’autres représentants iront, plus tard, traiter k » Rome la grande question de l’unité italienne. I.-ors<]u’k l’oc- » casion de l'annexion de Venise au royaume de Charles- » Albert, j’ai dit : Tout eeei est provisoire : l’assemblée qui siégera » à Home décidera tout en définitive; ma propllétie a été reçue » peut-être avec dédain j mais maintenant ma prophétie est Il bien près d'être une . réalité.... Les destinées de l’Italie Il s’accompliront par la confédération italienne. »
Âuisi, le politique, chez Manin, pouvait discuter l’opportu-
I Flagg, t. Il , p. 179-180.
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