LIVRE TROISIÈME. M
goavemcmcnt français ^ une trop rude épreuve, et, après avoir plusieurs fois préparé le siège de Venise, elle n'osait encore l’enlamer. Son jeu était de se faire attaquer, en poussant k bout le Piémont et Venise par l'eicès de la tyrannie qu’elle exerçait sur les populations lombardo-véuitiennes, et contre laquelle Manin protestait auprès du gouvernement français le 19 février. C’était h pro|K)s des sauvages prodamalions du général Haynau h Padoue; Haynau, comme avant lui Welden, ordonnait de fusiller quiconque aurait la moindre relation avec les habitants de Venise, et remlait responsables des déserteurs les familles et les communes. Manin demandait en même temps b la France d'empéclier l’Autriche de couper les vivres k Venise du côté de la Itomagne, comme elle le faisait déjk à l’est de la Piave et du côté de l’Istrie et de la Dalmatie.
Lanouvelle .Assemblée vénitienne s’était réunie le lo février. .Manin en avait fait l’ouverture par un discours où il annonçait que les représentants du peuple seraient appelés k se prononcer sur l'idée qui agitait en ce moment la Péninsule entière, k savoir : de concentrer les volontés et les forces de la nation sous la direction d’une assemblée unique; et qu’ils auraient k décider, et quant au principe et quant k l’opportunité, si Venise devait adhérer k la Constituante italienne provoquée par le gouvernement toscan. .
« Citoyens représentants, dé vos résolutions dépendra la » destinée de notre glorieuse Venise, que ses malheurs, sa » gloire récente, nos propres sacrifices mômes nous ont rendue » plus chère encore. — Pénétrés d’un amour sincère pour notre » grande et commune mère l’Italie, vous saurez résister cou- » rageusement k tous ses ennemis; vous^ saurez concilier les
» intérêts locaux avec les intérêts de la nation -, vous saurez » repousser aussi bien les excitations d’une démagogie in- » sensée qu'évker les pièges des transactions perfides. Vous » saurez peser avec une sage maturité toutes vos résolutions, » et vous maintiendrez Venise b cette hauteur de respect et » d'honneur où l’ont élevée les actions de nos pères , et nous » pouvons aujourd'hui ajouter : nos propres actions «
Manin, sans être aucunement opposé au principe d'une Assemblée nationale italienne , était frappé à juste titre du péril de subordonner Venise h. une direction lointaine, dans sa situation si exceptionnelle et dans l’extrême incertitude de ce que serait et de ce que pourrait cette assemblée, h laquelle une si grande partie de l'Italie serait dans l'impossibilité de prendre part. Beaucoup de patriotes, les mêmes qui réclamaient incessamment des sorties contre rennemi , sans tenir compte de la situation du gouvernement vénitien vis-à-vis des puissances médiatrices, poussaient avec plus d’ardeur que de prudence à fusionner immédiatement Venise avec Rome et la Toscane sous la Con^aituante, dont l’acceptation par le Piément n'était ni assurée, ni même probable. D'une autre part, Tommaseo, de retour de Paris, était plus d'accord avec Manin sur les principes que sur la pratique du gouvernement, et se plaçait à la tête de ceux qui inclinaient à ramener le régime de discussion et de publicité des temps réguliers dans cet état de crise {>ermanente où la patrie ne cessait pas d’être comme un navire en perdition.
' On remarque encore dana ce discours l’assertion que , durant l’snn^ de révolution qui vient de s’écouler, les délits en général n’ont pas augmenté , et même que les délits contre la propriété ont considérablement diminué.