‹ Daniel ManinChapitre 99 sur 185 · LIVRE TROISIÈME. ï · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. ï

Des débats d’une nature assez délicate s’élevÎTenl ainsi entre des hommes qui marchaient au même but par des voies différentes.

Le premier vote, rendu le 17 février, sur la proposition du député Benvenuti, décida que la réunion d'une nouvelle Assemblée souveraine avait fait cesser de fait le Gouvernement dictatorial institué par une autre Assemblée ; ce n’était pas l’opinion de .Manin, qui admettait bien que l’Assemblée pût ôter au Gouvernement ses pouvoirs, mais non pas (jue ces pouvoirs eussent disparu ip»o facto. Le même député |>roposa, en attendant que l’Assemblée fût régulièrement constituée, de conférer provisoirement le pouvoir exécutif aux citoyens Manin, Graziani et (^vedalis.

Il y avait là intention évidente de transformer en magistrature ordinaire l’autorité dictatoriale. Manin, en son nom et en celui de ses deux collègues, demanda qu’on définit avec plus de précision ce qu’on entendait par pouvoir exécutif, afin qu’ils pussent dire, la main sur la conscience, si ce pouvoir leur paraissait suffisant pour prendre, meme quelques jours, la lourde responsabilité de sauver le pays, que tant de périls continuaient d’environner.

Sur un amendement proposé par le représentant .Minotto et modifié par Tommaseo ', et qui accordait aux triumvirs plein pouvoir pour tout ce qui est relatif à la défense de Venise,

' « Je prie », dit Tomnuueo, « le président Manin et le gonTernenient d’ae- » cepter, au nom de toute l’Assemblée, l’expression de notre confiance; je le » prie de ne pas se lasser de senrir de toutes ses forces la patrie ; Je l’en prie « au nom de notre commune capUvité, de nos communs devoirs , de nos com- > munes espérances. » Raceolta, etc., t. VI, p. I&9.

BANIEL MANTK.

s'cn{>agea une assez longue discussion, durant laquelle Manin dut reprendre trois (bis la parole, il réclama simplement, grandement , sans circonlocution et sans détour, la somme de pouvoir qui lui semblait indispeasable à son œuvre.

« En twit pys , dans les cas extraordinaires, on accorde au

» Gouvernement des pouvoirs extraordinaires Sommes-

» nous, oui ou non, dans un cas extraordinaire? — Depuis six » mois , nous n’avons pas osé souvent de tous les pouvoirs qui » nous étaient confiés; mais l'idée que nous les avions nous » donnait de la force. — Je prie l’.Assemblée d'accepter la » proposition du représentant Minotto; autrement, si l'on vou- » lait à chaque instant interpeller le Gouvernement et discuter » si rc qu’il a fait est bien dans les limites d’une formule non » encore définie (poiuwtr exécutif), notre position deviendrait

* intolérable. Nous devons agir beaucoup et avec rapidité ; il y> ne faut donc pas que nous soyons obligés de penser beaucoup » aux formes et aux limites. Vous voyez bien la tranquillité

• publique , mais vous ne voyez pas tous les soucis, toutes les U fatigues, tous les périls qui surgissent k cbtM]ne heure, non » pas un.... mais cent! Chaque jour le péril nous monte jus- » qu’à la gorge! .. Je vous le dis franchement, ouverteunent , » comme a des amis, k des frères, il m’est impossible d'ac- » ce|)ter ces fonctions sans des pouvoirs étendus. — Si l’ex- » périenoe de six mois de pouvoir absolu , sans que peramme » ait pu dire : On a abusé de ce ))Ouvoir ! peut décider l'.Vs- » semblée k me conférer, non la dictature, mais un pouvoir » étendu , je ne crois pas que ce soit demander un acte de » confiance excessif. »

Et il ajouta, au nom de ses collègues et au sien, que, dans

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