‹ Daniel (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

Il tendit son gobelet à h jolie lille, qui ol)éil en rougissant; elle remplit jusqu'aux bords la large coupe d'étain, et il la vida d'un seul trait.

— Vive la hanse des tisserands , dit-il , el vivent lès accusations qu'elle porte!... Cela fait boire sec de pérorer ainsi î

Une telle conduite n'était point de nature à calmer les esprits et à faire disparaître le mécontentement; un murmure sourd et sinistre parcourut la table, et plus d'un regard étincelant de colère se leva sur l'imprudeni qui bravait la corporation.

Christian feignit de ne rien remarquer ei Ue ne rien entendre. Pendant tout le repas.

il ne cesso ni de manyer ni de plaisanter cou Ire son liabitude, ni déboire, et beaucoup. Il en résulta que, vers la fin du banquet, le visage du jeune homme s'était empourpré, qu'il parlait très haut et que tout annonçait en lui une grande exaltation. Quand le Maître frappa trois coups de son couteau sur la table et se leva, imité par chacun des convives, seul Christian resta nonchalamment étendu sur sa chaise; il fallut l'ordre exprés du Maître pour qu'il se tînt debout.

— Compagnons, dit le vieillard qui présidait la fête, nous allons boire à la santé de notre nouveau frère lans Crumbbrugghe ; il a subi les épreuves de notre hanse et prouvé qu'il était honnête homme, habile tisserand et garçon de cœur. A la santé de notre frère lans Crumbbrugghe !

An milieu des acclamations générales et (les toasts portés à lans, on entendit un bruit sourd; c'était un gobelet qui allait frapper la muraille et qui l'avait couverte d'une large tache rouge.

— Je ne bois à la santé que de mes amis, cria Christian, qui ajouta cette nouvelle insulte à celle dont il s'était déjà rendu coupable.

lans, indigné d'un acharnement que rien de sa part n'avait provoqué, saisit dans ses bras Christian , et par un mouvement qui décelait une force peu commune, le jeta sur la table au milieu de la vaisselle , des verres et hanaps. Des applaudissements, des éclats de rire, des sarcasmes contre Christian accueilliirnt l;t rjuilo bouffonne de ce dernier.

Il se releva le visage couvert de vin et ses vêtemenis souillés. Les plus hardis se sentirent émus à voir l'impression de rage qui décomposait sa figure. Il porta autour de lui des regards menaçants; puis, d'un seul bond, comme un tigre, il se rua sur lans; mais lans l'attendait avec courage, lui saisit le bras, et arracha des mains de Christian le poignard dont celui-ci avait voulu le frapper.

— Merci, camarade, ciit-il avec sang-froid, je n'avais pas de cure-dent, voici que tu m'en procures un.

Sans lâcher, de son poignet de fer, le bras qu'il élreignait, il allait se porter à quelque violence contre le Danois, quand lout-à-coup

Page 1